Espèce de huppe. C’est un oiseau de mauvais augure
— « Attendons qu’il y ait un peu d’ombre , répondit le hibou ; le soleil est encore trop chaud. » Une seconde fois, le hibou répondit au takatra qui le pressait de sortir : « Compère, il fait déjà assez chaud dans la maison, je reste chez toi ». — « A Dieu ne plaise, dit le takatra. » Il donna un coup de pied au hibou et s’enfuit en courant, Il attendit en dehors, d’autres oiseaux pour l’aider à battre le hibou qui s’obstinait à rester chez lui. Arrive un papangue h Le takatra lui dit : « Le hibou, seigneur, m’a pris ma maison. Faites-le sortir. Si vous y arrivez, je vous donnerai trois colliers et quatre mères-sauterelles. » — « N’aie pas peur, dit le papangue, je vais le mettre en pièces ». Il regarda par la porte et ajouta : « Qui est dans la maison du takatra? » — « Moi, celui qui a un tambour dans la poitrine; celui qui a de la barbe au bas de la gorge; si je regarde en l’air, le ciel s’effondre; si je tousse, la terre tremble; si je donne un coup de pied dans l’eau, elle se disperse. Ceux qui viendront je les mangerai. » Lorsque le papangue entendit cela, il s’enfuit en disant au takatra : « Eh! il est trop fort ; envoie un autre à ma place. Quand il tousse, la terre tremble ; s’il donne
i. Gros oiseau de proie (Milvus œgyptius). Papangue est la francisation du mot malgache papango.
LE TAKATRA ET LE HIBOU 2D
un coup de pied dans l’eau, elle se disperse. C’est extraordinaire ! »
Peu après, passe un héron z. « Ma maison, seigneur héron, est aux mains du hibou. Faitesle sortir, et si vous réussissez, je vous donnerai trois colliers et quatre mères-sauterelles. » — « Ne crains rien, je vais le mettre en pièces. » Regardant par la porte, le héron se mit à crier : « Qui est là dans la maison du takatra? » — « Moi, répondit le hibou ; celui qui a un tambour dans la poitrine et de la barbe audessous de la gorge; si je regarde le ciel, il s’effondre; si je tousse, la terre tremble; si je donne un coup de pied dans l’eau, elle disparait. Ceux qui viendront, je les mangerai! » A ces paroles, le héron s’enfuit en disant au takatra : « Je ne connais pas tout cela, cher ami. Au revoir, takatra; je m’en vais. Je souhaite que Dieu te protège, car nous descendons d’une même souche; notre nourriture est la même; nos plumes seules diffèrent. Porte-toi bien seigneur takatra. Je ne comprends pas ce que je viens d’entendre. »
D’autres oiseaux vinrent, mais ils reçurent la même réponse et furent épouvantés par les paroles du hibou.
i. En malgache dangoro. On l'appelle langoro sur la côte orientale (Ardea purpurea).
Le takatra perdit la tête. Il n'avait rien à manger, et la faim se faisait sentir pendant qu’il attendait du secours contre le hibou. Ne voyant personne, il se mit à picorer comme les poules dans des détritus, sur la terre mouillée. Il becquetait par ci, par là, lorsque arrive un tsintsina 1 qui dit au takatra : « C’est toi, seigneur takatra, qui es maigre, affligé, malade, chagrin; pourquoi ne te tiens-tu pas droit comme un homme! Tu as l’aspect d’une femme que la jalousie tourmente. Tes lèvres coupées en disent long. Qu’est-ce qu’il y a donc, seigneur takatra? » — « Je suis mort, répondit le takatra; je suis perdu. Le hibou, seigneur, m'a pris ma maison. Il me l’a prise et je n’ai rien de lui en compensation. Cependant, étant frères de sang, nous devrions être en très bons termes. Sa maison ne vaut rien, tandis que la mienne est en bambous entrelacés sur lesquels j’ai appliqué un torchis 2. Elle est bonne et chaude. Il me tuera si je veux y entrer. Je t’en prie, seigneur, fais le sortir. Cela fait, je te donnerai trois colliers et quatre mères-sauterelles. Je te préviens seulement que je ne t’aiderai pas. Je me suis