Petit oiseau (Cisticola madagascaricnsis. Hart
2. Ce système de construction est assez commun dans ]çs parties de l'ile où on trouve de la terre rouge. Il n’y en a que de très rares échantillons sur la côte qui est exclusivement sablonneuse.
LE TAKATRA ET LE HIBOU
plaint à beaucoup d’oiseaux; je leur ai raconté mes malheurs comme à toi. Ils m’ont donné de belles paroles, puis se sont retirés. Si tu peux m’en délivrer, dis- le moi; et si tu arrives à expulser le hibou de chez moi, je te donnerai trois colliers et quatre mères-sauterelles. » — « Aie confiance, seigneur takatra, dit le tsintsina, le caïman va venir. » Lorsque le caïman fut arrivé, le serpent vint aussi. Ils délibérèrent sur ce qu’il y avait à faire contre ce gredin de hibou : « S’il vient à voler, dit le caïman , coupe-lui les ailes. » Le tsinsina se montra à la porte et dit : « Qui est dans la maison du takatra ?» — « Moi, répondit le hibou ; celui qui a un tambour dans la poitrine et de la barbe plus bas que la gorge; si je regarde en l'air, le ciel s’effondre; si je tousse, la terre tremble; si je donne un coup de pied dans l'eau, elle disparaît, ceux qui viendront je les mangerai! » Le tsintsina, en colère, entre. Une fois dedans, il saute sur le hibou, lui donne un coup de pied et s’accroche à lui à la naissance des ailes. Le hibou se mit à battre des ailes en sautillant. Mais il avait beau sautiller, le tsintsina se tenait bien. Ce dernier sauta dans la bouche du hibou et sortit de son corps par derrière. Le hibou en mourut sur le coup.
Lorsque l’ennemi du takatra fut mort, le tsintsina s’approcha, et lui dit : « Où sont les
trois colliers et les quatre mères-sauterelles? Ton frère de sang est mort, il faut songer à le mettre dans' un cercueil et l’enterrer. » — « Je te remercie beaucoup, seigneur, de ce que tu viens de faire. Mais je ne donnerai pas de sépulture au hibou, car il a renié le serment de sang qui nous liait. Quand à notre convention, sois tranquille, ô mon maître, je vais chercher ce que je t’ai promis. Je te laisse ma maison en garantie jusqu’à ce que je revienne. » Et il partit. Il revint rapportant les objets en question enveloppés dans des feuilles de songe 1 : « Vivez longtemps, ô mon maître, dit-il au tsintsina et parvenez à la vieillesse 2 avec votre femme et vos enfants. Que Dieu vous bénisse pour le bien que vous m’avez fait. Voici, avec mes remerci • ments ce que je vous ai promis. Je peux facilement, vous donner ce que je vous donne. Prenez, ô mon maître, ces trois colliers et ces quatre mères-sauterelles. »
Le tsintsina prit les feuilles de songe et en les défaisant, trouva les quatres mères-sauterel-
1. En malagache Saonjo (arum esculentum). Les Malgaches, les étrangers même, en mangent les feuilles.
2. C’est la formule de salutation d'inférieur à supérieur. Quand on s'adresse à la Reine, elle se termine ainsi : Parvenez à la vieillesse au milieu de vos sujets. La formule employée pour le Premier Ministre : Parvenez à la vieillesse avec la Reine.
LE TAKATRA ET LE HIBOU
les. Il s’en réjouit. Mais à la place des colliers se trouvaient trois grenouilles : « Où sont les colliers, seigneur takatra, dit le tsintsina? je n’ai trouvé que trois grenouilles. » — « Ce sont les colliers, seigneur tsintsina, dit le takatra; mangez-les. » — « Du tout, répondit le tsintsina ; mon grand-père ni mes ancêtres, n’en ont encore jamais mangé. Ils se sont embrassés, nez contre nez x, avec les grenouilles. Elles sont sacrées pour nous. » — « Ces grenouilles, dit le takatra, fais les cuire ou griller à ta guise. » — « Tu veux me tromper, oh ! toi, dit le takatra en colère ; nous étions convenu que tu me donnerais trois colliers, et tu m’apportes des grenouilles! Ma postérité ne te secourra jamais plus quand tu seras dans le malheur. Je t’engage à ne pas avoir de descendants. »
C’est pour cela, dit-on, que le takatra et le tsintsina ne sont pas amis et ne picorent pas ensemble.
i. Ce mode de salutation est employé, dit-on, par quelques tribus de l’extrême sud de Madagascar.