‹ Contes populaires malgachesChapitre 77 sur 114 · Cinquante francs · texte numérisé non relu

Cinquante francs

ses esclaves furent émerveillées en voyant ses champs et ses rizières. Tout ce qu’elle pouvait désirer avait été préparé d’avance et se trouvait à sa disposition. Au moment où ses esclaves devaient piler le riz pour le décortiquer, ils dirent au jeune homme : « Quelle espèce de riz faut-il piler, maître? dans quel silo faut-il le prendre? du riz à gros grain, ou du riz rojo ? » — « Pilez le meilleur, répondit-il. » La jeune fille était de plus en plus étonnée. Au bout d’une semaine, le jeune homme lui dit : « Mademoiselle, je cherche à devenir votre mari. Que pensez-vous de cela? si vous acceptez, nous irons devant votre père et votre mère, et je vous demanderai en mariage. Je vous donnerai l’arrière-train du mouton 1 , et nous serons mariés. » La jeune fille accepta. Ils allèrent ensemble chez les parents de la jeune fille pour donner l’arrière-train du mouton. Les parents consentirent volontiers à cette union qui devait rendre leur enfant heureuse. L’arrière-train du mouton offert, on célébra le mariage conformément aux us et coutumes du pays. Le jeune homme alla ensuite réclamer aux riches du village la somme qu’ils lui avaient promise en cas de réussite auprès de leur belle compatriote. Ceux-ci s’empressèrent de verser les cinquante

i. Voir la note i, p. 1 10.

LA JEUNE FILLE ORGUEILLEUSE

piastres promises. Le paysan alla ensuite retrouver sa femme : « Retournons chez nous, lui ditil ; il y a longtemps déjà que nous sommes chez tes parents. » Et ils partirent. (D’autre part, le riche propriétaire des terres louées au paysan était aussi retourné chez lui). Chemin faisant, le mari fit part à sa femme du subterfuge qu’il avait employé pour l’épouser : « Ce n’est pas notre maison celle dans laquelle tu as habité. » — « Où est-elle donc? demanda la femme étonnée. » — « Tu le verras quand nous y serons. » L’étonnement de la femme redoubla en voyant une petite cabane en mottes de terre, sans aucune natte ni ustensiles de cuisine à l’intérieur. Ils arrivèrent vers le soir, et l’homme dit à sa compagne : « Va chercher de l’eau et du bois à feu pour faire cuire notre nourriture. » La femme tombait de surprises en surprises; mais hélas! elle était mariée. Elle se lamentait et se mit à pleurer. Les larmes ruisselaient sur son visage : « Pourquoi m’as-tu ainsi trompée, dit-elle à son mari? Je suis malheureuse maintenant ! » Elle supplia le paysan de faire prononcer le divorce; mais il refusa. Elle partit chez ses parents, et leur raconta la supercherie dont elle était victime. Sa mère en fut très chagrine. On fit demander encore au mari s’il voulait divorcer. Il refusa de nouveau, mais il consentit cependant à divorcer à con-

dition qu’on lui donnât beaucoup d’argent et d’autres choses. Les parents de la fille acceptèrent ce marché; et notre paysan devint riche de pauvre qu’il était. La jeune fille autrefois si orgueilleuse auprès des riches fut ainsi trompée par un pauvre diable. Cette histoire a donné naissance au proverbe suivant : Celle qui est orgueilleuse envers ses semblables sera punie de son orgueil.

Page 1