‹ Contes populaires malgachesChapitre 78 sur 114 · LE GOURMAND · texte numérisé non relu

LE GOURMAND

(Antambahoaka)

Il y avait, dit-on, un vieillard très gourmand qui avait une nombreuse famille. Un jour, il acheta du sel 2, le fit piler en cachette, et renferma dans une calebasse qu’il cacha ensuite sous le bord inférieur du toit, au-dessus de la porte. A chaque repas, avant de manger son riz, il se tenait, pour prendre du sel, debout devant la porte; puis disait en s’étirant : « Oh 1 que je suis fatigué ! » Il prenait en même temps qu’il étendait les bras, un peu de sel dans la calebasse. Retourné près de son riz, il promenait une première fois la main au-dessus et frottait le pouce contre l’index, en disant : « Si

t. J’ai recueilli ce conte chez les Antambahoaka du village de Mananjary.

2. Le sel est un des principaux articles d’importation à Madagascar.

j’avais du sel, j’en mettrais comme ça, j’en mettrais comme ça. » Puis, faisant le même geste une seconde fois, il assaisonnait sa nourriture, en laissant tomber le sel qu’il avait pris. Sa femme et ses enfants qui ignoraient sa supercherie, croyaient que le chef de famille faisait seulement semblant de mettre du sel dans son riz. La femme finit cependant par s’apercevoir de cette tromperie. Un jour que le mari travaillait aux champs, elle enleva le sel qui se trouvait dans la calebasse et le remplaça par du sable. Le soir, au moment du repas, l’homme alla prendre du sel comme il avait l’habitude de le faire. Puis, sans s’apercevoir de la substitution il dit en joignant le geste à la parole : « Si j’avais du sel, j’en mettrais comme ça; j'en mettrais comme ça. » Mais lorsqu’il se mit à manger, xle sable craqua sous ses dents. Il regarda sa femme; puis lui cria, en colère : « Ne peut-on pas vanner le riz de façon à ce qu’il ne contienne pas de sable ?» — « C’est le riz, répondit la femme qui contient du sable? Estil possible que tu te trompes à ce point. Ce n’est sûrement pas un grain de sel qui est tombé dans ton riz; peut-être est-ce un morceau du toit. » L'homme s’apercevant qu’il était deviné, avoua tout: « Pardonnez-moi, dit-il; je croyais que vous ignoriez ma supercherie : mais vous vous en êtes aperçus. »

KOTOKOFAFA ET DINGADINGANA 1

(. Betsimisaraka )

U n jour, Kotokofafa 2 errait dans la campagne, cherchant à apaiser sa faim.

Voyant que le riche Dingadingana faisait labourer ses rizières, il se joignit aux travailleurs pour gagner sa nourriture. Son travail fut si bien fait et si rapidement terminé que Dinga- I dingana lui dit : « O Kotokofafa, tu es un excel- ' lent laboureur, et je veux t’en récompenser : je I te donne la main de ma fille. » Kotokofafa accepta avec joie, car il n’aurait jamais prétendu à devenir le gendre d’un homme si riche.

De retour chez lui, Dingadingana dit à sa

I. Le texte de ce conte m’a été dicté par un Betsimisaraka ; de Tamatave.

2. Nom propre composé de Kolo (nom d’homme) et Kofafa (balai).

femme et sa fille : « Je viens de trouver un homme sage, de bonne conduite et très travailleur. Ma fille, je te le donne pour mari. C’est Kotokofafa. Voici une bonne case dont je vous fais cadeau. Vous l’habiterez quand vous serez mariés. » — « Que faites-vous, Dingadingana, répondit la femme? vous donnez votre fille à Kotokofafa, un pauvre diable sans sou ni maille? » — « Mon père, ajouta la fille, je n’épouserai jamais un pauvre diable comme Kotokofafa; dussiez-vous me maudire et me déshériter. » — « Ce pauvre diable, je le préfère à tous ceux qui peuvent prétendre à ta main, reprit, le père. La misère dans laquelle il a vécu lui a donné de l’expérience pour l’avenir. » Kotokofafa qui assistait à cette scène, se rendit dans la case que lui avait donnée son beaupère. Il y fit appeler sa femme, mais celle-ci persista dans son refus.

A quelque temps de là, les affaires de Dingadingana l’obligèrent à s’absenter. Kotokofafa demanda à le suivre. Son beau-père s’y opposa d’abord; puis finit par céder. Dingadingana lui fit donner des porteurs et ils partirent tous

i. Les voyages ne peuvent s’effectuer à Madagascar qu'en pirogue ou en filanjana, espèce de chaise à porteurs. Ce dernier moyen permet de voyager plus rapidement qu’en pirogue; mais il est aussi beaucoup plus dispendieux.

KOTOKOFAFA ET DINGADINGANA I 6 1

deux. En arrivant dans un village, Dingadingana envoya ses serviteurs chercher du poisson pour en manger avec du riz. Chacun des esclaves prit une direction différente. Kotokofafa qui était aussi allé à la pêche, trouva des perles, de l’argent et des vêtements. Tout heureux d’avoir fait cette trouvaille, il revint vers son beau-père et lui demanda la permission de retourner près de sa femme, prétextant un grand chagrin d’en être séparé. Dingadingana se rendit à son désir et Kotokofafa retourna chez lui. Aussitôt arrivé, il envoya chercher sa femme pour qu’elle lui fît cuire du riz. Celle-ci ne voulut rien entendre. Kotokofafa lui fit dire une seconde fois. : « Femme, ton mari a faim. Viens lui faire cuire son riz. » Nouveau refus. Kotokofafa qui avait mis les perles, l’argent et les vêtements dans trois jarres, fit prier alors sa belle-mère de venir le voir : « Où est ton riz, dit cette dernière en arrivant, je vais te le faire cuire. » — « Cherche dans ces trois jarres, répondit Kotokofafa. » Elle regarda dans la première, et vit les perles : « Il n’y a pas de riz dans cette jarre, Rakoto, dit-elle. » — « Il est probablement dans la seconde, répondit l’homme. ,» La seconde était pleine d’argent : « Je n’en trouve pas davantage dans celle-ci, reprit la femme, surprise de voir tant de richesses. » — « Regarde dans la troisième, dit Koto-

Page 1