‹ Contes populaires malgachesChapitre 79 sur 114 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

kofafa. » La troisième jarre était remplie de vêtements. S’apercevant que son gendre était devenu riche, la femme dépêcha quelqu’un auprès de sa fille pour lui dire de venir faire cuire le riz de son mari : « Il y a, ajouta-t-elle, chez Kotokofafa quelque chose de nouveau qui t’intéressera beaucoup. » La fille ne se fit pas attendre. Dès qu’elle se présenta, Kotokofafa lui dit : « Toutes ces perles t’appartiennent. » Elle consentit alors à épouser Kotokofafa, mais seulement lorsqu’elle eut vu les richesses qu’il possédait.

Pendant qu’elle comptait les perles et l’argent de son mari, arrive une femme dont le mari était très jaloux. Cette dernière regarda longtemps les richesses de son amie; puis elle rentra chez elle : « Pourquoi quittes-tu ma case, lui dit son mari? Tu es restée longtemps chez Kotokofafa; tu as dû te donner à lui. » — « Non, répondit la femme. Tu sais bien que la femme et la belle-mère de Kotokofafa habitent dans sa case. Il me serait donc impossible d’être à lui, même si j’étais assez dévergondée pour oublier mes devoirs d’épouse. » — « Tu m’as trompé, reprit l’homme; nous allons divorcer. Tu pourras ensuite épouser Kotokofafa. » La femme accepta avec joie cette transaction sachant que l’autre était riche. Son mari la conduisit immédiatement chez Kotokofafa et la lui offrit pour

KOTOKOFAFA ET DINGADINGANA

épouse devant tout le village. Celui-ci tout heureux d’être recherché pour mari, dit à la fille de Dingadingana : « Que penses-tu de cela? un homme vient de m’amener sa femme pour que je l’épouse? J’en aurai donc deux. » — « Épousela, répondit la femme. Prends-en trois, quatre, si tu le désires. » Kotokofafa était on ne peut plus heureux. Dingadingana arriva sur ces entrefaites, et apprit avec plaisir que le ménage de de Kotokofafa était très uni malgré la présence de deux femmes. Celui-ci avoua son second mariage à son beau-père : « A ton aise, lui dit Dingadingana; tu peux en épouser d’autres si tu le désires. » Kotokofafa était heureux; rien ne lui manquait; richesses, esclaves, jolies compagnes venaient à lui : « Si j’étais pauvre, disaitil, personne ne voudrait de moi ; comme je suis riche toutes les femmes veulent m’avoir pour époux. »

De là est venu ce proverbe : le riche et le pauvre peuvent changer de situation : le riche peut devenir pauvre, et le pauvre, devenir riche.

LA FEMME GOURMANDE 1

( Betsimisaraka )

n homme avait épousé une femme très

gourmande dont il eut beaucoup d’enfants. Un jour qu’un mort se trouvait dans le village, sa femme lui dit : « Va-t-en à la maison mortuaire. » (La femme pensait que son mari lui rapporterait de la viande du festin des morts; le mort en lui-même ne l’intéressait pas.) — « J’y vais, répondit le mari; mais j’ai à travailler un peu auparavant. » Et il prit sa bêche et partit pour la rizière. Arrivé là, comme il avait apporté deux lambas, il enveloppa dans l’un d’eux sa bêche, et la planta au milieu du champ de riz, en guise de mannequin représentant un homme occupé à travailler. Il s’en alla ensuite

i . Le texte de ce conte m a été dicté par un Betsimisaraka.

LA FEMME GOURMANDE

à la maison du mort. La femme voyant de chez elle la bêche entourée du lamba s’écria : « Ah! le sot, qui est encore là au lieu d’aller chercher de la viande chez le mort! » Elle regardait souvent pour voir si l’homme était parti, mais elle le revoyait toujours à la même place. Elle insultait son mari, ne sachant pas qu’il était déjà à la maison mortuaire. Lorsque le soir fut arrivé, tout le monde revenait de la maison du mort. Elle se mit en colère pensant à son mari qui ne lui rapporterait pas de viande. Celui-ci pria un de ses amis de dire à sa femme : « Réunissons ensemble nos parts de viande, à trois ou quatre. Si ma femme demande : Combien y en a-t-il qui en ont eu? Répondez-lui : Chacun a eu sa part. » La commission fut exactement faite; et la femme entra en fureur en apprenant cela, supposant que son mari, resté à la rizière, n’avait rien eu. Elle quitta le toit conjugal en emmenant tous ses enfants. Le soir, le mari arrive apportant de la viande du repas des funérailles. Il envoya emprunter une grande marmite en fer, à son beau-père chez lequel était retournée sa femme. Pour montrer qu’il avait eu sa part, il fit dire : « Prêtez-moi une grande marmite en fer pour faire cuire la viande qu’on m’a donnée. » Le beau-père prêta la marmite. La femme gourmande fut étonnée en entendant ces paroles et se dressa immédiatement en fai-

sant le mouvement d’aller retrouver son mari. Au même instant, ce dernier renvoyait la marmite parce qu’elle était trop petite : « Prêtezmoi une marmite plus grande, fit-il dire à son beau-père; celle-ci est insuffisante pour la quantité que j’ai à faire cuire. » Le beau-père en prêta une seconde. La femme demanda à l’enfant qui venait chercher la deuxième marmite : « Est-ce que ton père a apporté beaucoup de viande? » — « Oui, répondit-il. » Gomme la femme désirait beaucoup retourner auprès de son mari pour en manger, elle pinça son dernier né, qu’elle tenait au bras, pour le faire pleurer; et prit prétexte des pleurs de l’enfant qui, prétendait-elle voulait voir son père, pour retourner au domicile conjugal qu’elle avait abandonné brusquement. Elle dit à ses parents : « Mon enfant pleure de ne pas voir son père, je vais le lui porter pour arrêter ses larmes. » En arrivant, elle dit à son mari : « Père, ton enfant pleure, prends-le. » Et voyant alors la viande que l’homme avait apportée, elle ajouta que son retour était motivé par les pleurs de son enfant : « Femme, répondit l’homme qui découpait la viande à petits morceaux, tu es trop gourmande; notre union ne peut plus durer : nous allons divorcer. La bêche que j’ai entourée de mon lamba et mise au milieu de la rizière, était destinée à te

LA FEMME GOURMANDE

faire croire que je restais à travailler au lieu d’aller au repas des funérailles; et tu m’as insulté toute la journée pour cela. Tu es trop gourmande, je te le répète. Tu n’es retournée que parce que tu m’as vu demander à emprunter une marmite en fer. Notre mariage est maintenant rompu. Ce n’est pas moi que tu aimes, mais la nourriture que je te donne. » En entendant cela, la femme honteuse retourna chez ses parents.

RAFOTSIARIFANAHY ET RANDRIANARISAINA

(Betsileo)

afotsiarifanahy et Randrianarisaina se ma-

rièrent. Les. époux avaient tous deux beaucoup d’esprit. Le mari s’en alla un jour à la pêche, et prit une anguille. Il avait un aide de camp 2 du nom de Ramahatodia. Il l’envoya porter l’anguille à Rafotsiarifanahy, en lui recommandant de dire à celle-ci : « Cette anguille, a dit ton mari, il ne faut pas la faire cuire ni la

r. Recueilli à Fianarantsoa.

2. Ce mot est loin d’avoir, à Madagascar, la signification qu’il a chez nous. L’aide de camp malgache est toujours un fidèle client du personnage auprès duquel il remplit ces fonctions, plutôt civiles que militaires, et qui vont souvent jusqu’à la préparation du repas du patron. Le premier ministre doit en posséder au moins une vingtaine de mille.

RAFOTSIARIFANAHY ET RANDRIANARISAINA IÔg

faire griller. Prends-la dans ta main et garde-la jusqu’à ce qu’elle soit cuite. » — « Donne-moi, dit la femme à l’aide de camp, cette semence de canne à sucre. Tu vas la planter aujourd’hui. Elle va pousser à l’instant, et tu me l’apporteras ce soir. Je la ferai manger à l’anguille. » — « Tu es folle, Rafotsiarifanahy, répondit l’homme. Est-ce qu’une semence de canne à sucre plantée aujourd’hui, va croître à l’instant et pourra être mangée dans la journée même où elle a été plantée ? » — « Celui-là est encore plus fou, répondit la femme, qui ne veut pas faire griller une anguille, et qui prétend qu’elle se cuira en la conservant dans sa main. » L’aide de camp fut stupéfait de la présence d’esprit de la femme.

Longtemps après leur mariage, l’homme, qui était roi (ils étaient de la caste noble), partit en guerre avec le même aide de camp. Randrianarisaina fut fait prisonnier par les ennemis et l’un d’eux le prit comme esclave \ Randrianarisaina dit à son maître qui était d’aussi haute noblesse que lui : « Je t’abandonne mon royaume, tous mes biens, en un mot tout ce que je possède, si tu me laisses retourner dans

i. Un grand nombre d’esclaves de naissance descendent des prisonniers de guerre réduits en esclavage par Radama Ier au commencement de ce siècle.

mon pays. » — « Ton corps m’appartient, répondit le maître; à plus forte raison les biens que tu possèdes. » — « Va trouver ma femme, dit alors Randrianarisaina à Ramahatodia , et demande-lui ce qu’elle pense de la libération de son mari, qui est devenu esclave. » Ramahatodia rapporta les paroles de son chef et voici ce que répondit Rafotsiarifanahy : « Le roi ne peut donner ni son royaume ni ses biens : ils ne lui appartiennent plus. Dis à mon mari que l’argent ne s’allie qu’à l’argent, et l’or à l’or. Un esclave ne peut pas donner un royaume et des biens sur lesquels il n’a aucun droit. Qu’on vende à un Hova l’esclave qui t’a envoyé, ou que son maître le garde. « Ramahotadia retourna porter cette réponse au mari qui en fit part à son maître. Ce dernier très mécontent, se mit en route pour le village de Randrianari- >1 saina, où se trouvait Rafotsiarifanahy. Arrivé là, le roi ennemi entretint celle-ci de la libération de son mari : « C’est une question bien délicate, seigneur, répondit la femme. Montons à l’étage supérieur, nous allons la discuter. » Dès qu’ils furent montés, Rafotsiarifanahy enleva l’échelle qui faisait communiquer l’étage avec le rez-de- 1 chaussée : « Que faites-vous, Madame, dit le roi? » — « L’argent, répondit Rafotsiarifanahy, ne s’allie qu’à l’argent et l’or qu’à l’or, seigneur. Si vous ne rendez pas la liberté à Ran-

RAFOTSIARIFANAHY ET RANDRIANARISAINA I 7 1

drianarisaina, je vous fais esclave. Si on le tue, je vous tue. » — « Laissez-moi retourner chez mon peuple, répondit le roi; et votre mari va revenir auprès de vous. Je vais le faire délivrer, et désormais je ne le rendrai plus esclave. » Revenu auprès de sa femme, Randrianarisaina lui dit : « Tu seras dorénavant ma mère et non ma femme. Nous serons comme la main droite et la main gauche; le mal dont souffrira l’un, l’autre le ressentira aussi, nous nous soutiendrons comme les cannes à sucre qui se relèvent mutuellement quand l’une d’elles penche trop vers la terre. Mon royaume, tu le gouverneras, car, par ta sagesse, l’amertume des jours passés a fait place au bonheur et au bien-être actuels. »

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(. Betsileo )

Un jour, un homme qui avait plusieurs femmes attrapa un trandraka 2, qu’il ordonna à une de ses femmes de faire rôtir. Lorsque ce gibier fut cuit à point, l’homme le fit écorcher, et dit à sa seconde femme : « Découpe le trandraka, il est cuit. » Celle-ci obéit, et fit trois parts. Voyant cela, la première femme dit à l’autre : « Laisse- moi faire les parts. Tu ne t’y entends pas. ». Et elle partagea en trois comme l’avait fait la deuxième femme. Elle prit l’un des trois morceaux du trandraka et dit : « Celui-ci

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