LA MÈRE INSOUCIANTE
minée, elle transporta les arachides dans sa case, oubliant sa petite fille qui dormait dans un sillon. Après s’être reposée un peu, le souvenir de son enfant lui revint. Elle regarda au dehors le temps qu’il faisait : le ciel était sombre, la pluie tombait à torrents et le vent soufflait avec violence. Je suis harassée de fatigue, se dit-elle, et le temps est bien mauvais. J’irai demain chercher mon enfant. Il ne reste plus d’arachides à voler, ni hommes ni corbeaux n’approcheront de mon jardin.
La petite fille ainsi exposée au mauvais temps mourut. Le lendemain, quand sa mère vint la chercher, les pieds et les mains étaient gonflés et raides, et ses lèvres écartées laissaient voir ses dents. Sa mère, ne croyant pas qu’elle était morte, se mit à rire en voyant sa fille lui montrer les dents. Elle prit aussi les bras détendus par la raideur cadavérique pour une menace de coup de poing de l’enfant irritée d’avoir été abandonnée la veille, en plein air. Mais lorsqu’elle tint sa fille dans ses bras, elle sentit la puanteur qui s’échappe des cadavres et put se convaincre de sa mort.
Ses amies la poursuivirent de leurs huées parce qu’elle avait préféré quelques arachides à l’enfant qu’elle avait mise au monde.