‹ Contes populaires malgaches: recueillis, traduits et annotésChapitre 60 sur 117 · Pied de bœuf · texte numérisé non relu

Pied de bœuf

un étang, si c'était un fils, de peur qu'il ne leur nuisît quand il serait devenu grand.

Peu de temps après, la femme de l'aîné devint enceinte. Le cadet lui fournit, ainsi qu'il l'avait promis, tous les mets qu'elle désira. Elle accoucha d'une fille qui fut nommée : Ratananomby. Le cadet acheta un bœuf et un porc qu'on mangea à l'occasion de la naissance de l'enfant.

L'année suivante, la femme du cadet accoucha d'un fils. D'après l'accord survenu entre les deux frères, l'enfant mâle devait être jeté dans un étang. Le père était désolé d'avoir souscrit un tel engagement; mais il dut s'y soumettre. Le cadet et sa femme mirent leur fils dans une boîte et la donnèrent à un domestique pour qu'elle fût jetée à l'eau. Ils recommandèrent cependant à leur serviteur de faire une marque à cet enfant pour qu'on pût le reconnaître s'il venait à survivre.

Le domestique jeta l'enfant dans un étang, loin du village; et les parents en prirent le deuil '. Tout près de l'étang habitait une femme riche et sans enfants. Sortant par hasard de sa

i. Le bleu est la couleur de deuil à Madagascar. A la mort d'un parent, les femmes défont leurs tresses et gardent les cheveux épars pendant toute la durée du deuil. Lorsque la reine meurt, hommes et femmes doivent se raser la tête.

LES DEUX FRÈRES <j5

case, elle vit avec étonnement une boîte qui surnageait. Elle la fit prendre par un de ses domestiques, l'ouvrit et y trouva le nouveauné : « C'est un être que Dieu m'envoie, dit-elle. » Elle l'embrassa et eut bien soin de lui pour que l'enfant lui en fût plus tard reconnaissant, quand il serait devenu homme.

Celui-ci avait grandi. Un jour, il dit à sa mère adoptive : « J'ai un père et une mère qui habitent loin d'ici ; permettez-moi d'aller leur rendre visite. » — « Combien veux-tu de serviteurs pour t'accompagner, répondit la femme? » — « Trois me suffiront, dit le jeune homme. » Et ils partirent. Chemin faisant, ce dernier butta dans un petit arbre et tomba par terre : « Arrache-moi, lui dit l'arbuste, je t'accompagnerai chez tes parents. » Le jeune homme étonné obéit. Pendant qu'il continuait sa route, l'arbuste, qu'il avait recueilli, lui dit : « Il y a un mauvais village où nous allons bientôt arriver. Si nous devons y faire un repas, le maître de la case dans laquelle nous nous arrêterons, dira : voici du riz qui a été préparé pour vous. Mangez-le pendant que je vais prendre l'air dehors. Il y aura aussi du riz dans une marmite. C'est celui-ci que nous mangerons; et nous mettrons à sa place celui qu'on nous aura offert. » Le jeune homme promit de suivre le conseil de l'arbuste. Il arriva peu

après dans un village habité par des sorciers. Ceux-ci étaient enchantés de voir des étrangers, car ils comptaient les empoisonner et se partager leurs dépouilles. Le maître de la case où le voyageur et ses domestiques descendirent, leur offrit du riz et ajouta : « Mangez-le pendant que je vais prendre l'air dans le jardin, et il sortit. » L'enfant trouvé et ses serviteurs mangèrent le riz qui était dans une marmite et mirent à sa place celui qu'on leur avait présenté.

Le repas des hôtes terminé, le maître de la case rentra et se mit à manger le riz qui se trouvait dans la marmite croyant qu'il était tel qu'il l'y avait mis. Ce riz était empoisonné et le maître de la case mourut du poison qu'il destinait à ses hôtes. Sur les indications de l'arbuste, le jeune homme s'empara de tous les biens des sorciers.

A quelque distance de là, nos voyageurs rencontrèrent une case, au bord de la route, où logeait un brigand qui tuait tous ceux qui entraient chez- lui. Comme le village, but du voyage, était encore loin dans l'Est, le jeune homme entra avec ses serviteurs chez le brigand. La dernière femme de celui-ci était dans sa case ; sa première femme habitait le village voisin. Lorsque le brigand vit entrer les étrangers dans la case, il s'avança au-devant

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