LES DEUX FRERES $J
d'eux. Il commanda à sa femme de leur préparer de l'eau chaude et un bon lit où ils pourraient se reposer de leurs fatigues; puis il sortit. La femme dit alors aux étrangers : « Quittez cette case, je vous en prie ; mon époux, dont vous ne connaissez pas la cruauté, vous tuera si vous restez. » — « Nous n'avons pas peur, répondirent les voyageurs. » L'arbuste ajouta en s'adressant au jeune homme : « Cette nuit, placez-moi au-dessus de la porte ; et lorsque le brigand sera de retour et vous parlera, ne lui répondez pas ; mais permettez-moi de le faire à votre place. »
Dès que le brigand fut de retour il demanda de ses nouvelles à l'étranger : « Je vais bien, répondit l'arbuste qui était au-dessus de la porte. » Et le brigand reprit : « Femme, fais chauffer de l'eau pour notre hôte. » — « Bien, répondit l'arbuste. » Le maître de la case s'en alla ensuite chez sa première femme pour préparer l'assassinat des étrangers. Après avoir soupe, il revint à la case et demanda : « Est-ce que nos hôtes dorment bien? » — « Oui, répondit le bois ; laissez-nous tranquilles, nous dormons bien. »
Pendant ce temps, le jeune homme pressait fortement la dernière femme du brigand de lui accorder ses faveurs. Celle-ci refusait : « Si mon époux vous entend, répondait-elle, votre
vie n'en sera que plus en danger. » — « Peu m'importe, reprit le jeune homme. Soyez sans aucune crainte à mon sujet. » Devant cette assurance, la femme céda aux désirs de son hôte.
Peu après* arrive le brigand : « Les étrangers dorment bien, demande-t-il i* » — « Très bien, répond l'arbuste. » Le brigand retourna au village pour préparer la mort de ses hôtes qu'il devait assassiner à minuit. Il fit un petit somme en attendant cette heure, mais il s'endormit si bien qu'il ne se réveilla qu'en plein jour et ne put que constater le départ du jeune homme et de ses domestiques. Sa femme même avait suivi l'étranger. Furieux non seulement de n'avoir pu accomplir son criminel dessein, mais aussi de l'enlèvement de sa femme, il se mit à leur poursuite.
Chemin faisant, l'arbuste dit au jeune homme : « Quand le brigand qui nous poursuit, nous aura rejoints, laissez-le faire, ne lui dites rien; mais tuez-le. » Bientôt le brigand les rattrape. Il crie à son hôte : « Pourquoi m'as-tu enlevé ma femme? » Ratananomby, sans rien répondre, le tua d'un seul coup.
Ils arrivèrent enfin chez les parents du jeune homme. En entrant dans la case des domestiques, ils virent qu'ils portaient des vêtements de deuil : « Pourquoi êtes- vous en deuil,