‹ Contes populaires malgaches: recueillis, traduits et annotésChapitre 68 sur 117 · LES SEPT FRERES I I I · texte numérisé non relu

LES SEPT FRERES I I I

cendra nous le laisserons dans le trou pour qu'il serve de pâture au caïman. » Faralahy ignorait ce qui se tramait contre lui. Lorsque les sept frères furent arrivés au bord du trou, l'aîné descendit le long d'une corde. Le grand caïman n'était pas là : il ne vit que ses petits et chercha vainement les objets qui devaient se trouver là. Puis on tira sur la corde, et il remonta à la surface. Les cinq autres frères firent de même. Quand ce fut au tour de Faralahy, ils le firent tomber dans le trou et l'y laissèrent. Ils allèrent ensuite dire à leur père et à leur mère que Faralahy était mort mangé par un caïman.

Ils répétèrent la même chose à Ramitoviamandreniny, sa femme. Celle-ci en fut très chagrine. Elle versa d'abondantes larmes et prit le deuil. Faralahy, que Dieu avait protégé, découvrit le chemin par lequel le caïman sortait de son antre. C'est par là aussi qu'on arrivait aux richesses que l'animal avait entassées. Faralahy s'en empara, les mit dans une peau de bête et les emporta. En retournant vers sa case, comme il approchait de son village, il s'enveloppa dans la peau de bête pour que ni ses parents ni sa femme ne pussent le reconnaître; et il attendit le soir pour pénétrer dans le village. Il se présenta chez son père et sa mère. Ni eux ni ses frères ne le reconnurent. La peau de bête dont il était enveloppé le faisait nasiller

*m j ' y ■«■' — »— i i<i iw f » « g , « ,

en parlant. Lorsqu'il fit bien noir, les six frères lui dirent : « Etranger, va-t-en chez Ramitoviamandreniny ; tu y reposeras bien. Il n'y a pas d'homme chez elle. » Faralahy accepta et arriva chez sa femme qui ignorait avoir affaire à son mari. Au moment de se coucher, l'étranger lui dit : « Regarde-moi un peu. » Puis retirant sa peau de bête : « Ne me reconnais-tu pas, maintenant, Ramatoa *? » Étonnée, mais tout heureuse, Ramitoviamandreniny enleva immédiatement ses vêtements de deuil et attacha ses cheveux épars. Le lendemain, Faralahy alla chercher les objets qu'il avait pris au caïman et dont il s'était séparé pour pouvoir revêtir la peau de bête. Quand il fut près du village, la musique et le tambour se firent entendre. Ses frères furent atterrés de le voir non seulement vivant, mais riche, lui qu'ils avaient voulu tuer. Le père, la mère et la femme de Faralahy étaient dans la joie; mais ses frères qui avaient mal agi à son égard avaient peur que leur trahison ne fût découverte. Le sixième frère de Faralahy avait pris sous sa protection Ramitoviamandreniny pendant l'absence de son mari.

Lorsque le jour de la circoncision de tous les enfants fut arrivé, Faralahy fit à cette occasion des fêtes qui dépassaient tout ce qu'on avait vu

l. Terme de respect en s'adressant à une femme.

LES SEPT FRÈRES Il3

de pareil. Il le pouvait étant très riche. Ses frères tombèrent dans la misère la plus profonde. De là est venu ce proverbe : Quelque expédient qu'on emploie pour devenir riche, rien ne prévaut contre les desseins de la Providence.

De ses sept frères, Faralahy fut le seul qui ne méprisa pas les animaux. De là ce proverbe : L'orgueil du pauvre éloigne de lui les richesses.

Faralahy qui avait été bon pour les animaux en fut récompensé par l'appui qu'ils lui donnèrent pour arriver à épouser sa femme.

D'où ce proverbe : Un bienfait n'est jamais perdu, et cet autre : L'amitié réciproque favorise les bonnes relations, et ce dernier : L'homme juste surmonte toujours les épreuves \

i. * Le fond de ce récit, c'est-à-dire l'appui prêté par des animaux à un homme pour surmonter des difficultés, se retrouve dans plusieurs autres contes malgaches : Andriamihamina (extrait des Spécimens of Malagasy Folk-lore par M. J. Sibree et publié dans The Folk-lore Journal, t. II, n° 5, Mai 1884), sur les conseils d'un vieillard, veut épouser Rafara, fille d'un de ses voisins. Mais la jeune fille est absolument semblable à sa mère, et Andriamihamina ne parvient à la reconnaître que grâce à une guêpe que lui avait donnée le vieillard. Dans un autre conte (J. Sibree Junior — Malagasy Folk-tales, ch. VI, Folk-lore Journal, i883, p. 207-208). Andrianoro ne parvient à distinguer sa belle-mère de sa femme et de ses deux sœurs et reconnaître dans un troupeau les vaches des veaux qu'à l'aide d'un taon et d'une mouche. » (R. Basset, Bulletin de Correspondance africaine, t. II, 1884, p. 334.)

Page 1