LA PEAU DE BŒUF
le lendemain; mais l'esclave ne dormait pas davantage : « Pourquoi ne dors-tu pas demanda encore Tsangarira? » — « J'ai peur, dit-elle, de la forêt de bananiers qui est à l'ouest de la case. » Et la forêt disparut le lendemain. L'esclave rapporta à ses maîtresses les entretiens qu'elle avait eut avec Tsangarira et elle les engagea à fuir parce que leur époux était sûrement un ogre. (Ces monstres ont l'habitude d'aller, chaque nuit, demander à leurs femmes si elles dorment. Lorsqu'ils les croient suffisamment grasses et qu'on ne répond pas à leur interrogation, ils entrent dans la case et les dévorent.) Les deux femmes en apprenant cela, mirent dans un sac du riz et des haricots, et s'enfuirent.
La nuit suivante, Tsangarira vint, selon son habitude, voir si les trois femmes dormaient. Ne recevant pas de réponse, il entra dans la case et s'aperçut qu'elle était vide. Il se mit immédiatement à leur poursuite. Il allait les rejoindre lorsque l'esclave le voyant approcher frappa sur un tambour qu'elle portait toujours avec elle. La colère de l'ogre tomba aussitôt et il se mit à danser. Pendant ce temps, les deux femmes continuaient à fuir. Puis, la poursuite continua; mais chaque fois que Tsangarira se rapprochait des fugitives, le tambour résonnait et lui faisait perdre du terrain en le forçant à danser. Grâce
à ce stratagème, les deux femmes purent arriver chez leurs parents avant l'ogre. Ce dernier, qui les suivait de près, demanda à son beau-père de lui rendre ses filles. Celui-ci acquiesça à sa demande, et lui donna une case pour y reposer avec elles et leur esclave. Mais, pendant que Tsangarira dormait, les trois femmes sortirent de la case, après y avoir mis le feu; et l'ogre périt dans les flammes '.
i. Le dernier épisode de ce conte, la poursuite de Tsangarira, se retrouve dans un autre conte Malgache, Ramaitsoanala, publié par M. J. Sibree Junior dans The Folk-lore journal (t. III, n° 5, juin, 1884). L'héroïne mariée à Andriambahoaka, un chef du Nord, échappe à la poursuite de Ravorombe, le grand oiseau-mère de la jeune fille en jetant du riz et du mais qu'elle s'attarde à ramasser et à rapporter à son nid. — Cf. d'autres rapprochements cités par R. Basset, Bulletin de Correspondance africaine, t. II, 1884, p. 333-
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LES TROIS PRINCESSES ET ANDRIAMOHAMONA f
(Antambahoaka)
Il y avait dit-on, trois sœurs, filles d'un roi, qui habitaient dans un village. Le prince Andriamohamona, fils du roi d'un autre pays et dont le père avait acquis une célébrité universelle, vint pour les épouser. Il se présenta chez elles tenant un bâton en or. A sa vue, les jeunes filles s'évanouirent de joie. Le prince les rappela à la vie en les tirant par les pans de leur vêtement ; puis il s'évanouit à son tour. Les princesses le tirèrent par une des extrémités de son salaka a ; et il reprit ses sens immé-
t. Le texte de ce conte m'a été dicté par un Antambahoaka de Mananjary.
2. Bande de toile que les hommes passent entre les jambes et autour des reins*
diatement : « Je vais aller construire une case, dit-il ; et dès qu'elle sera terminée, je viendrai vous chercher. » Après son départ, les trois sœurs se mirent à faire des projets : « Si j'épouse Andriamohamona , disait l'aînée, je ferai avec de petits joncs une jolie natte et je la mettrai sous le matelas sur lequel nous reposerons tous deux. » — « Moi, disait la cadette, si Andriamohamona me prend pour femme, je confectionnerai une natte en paille fine qui nous servira de lit. » — « Moi, disait Fara, la plus jeune, la patate que je mangerai deviendra notre enfant. » Andriamohamona n'arrivant pas, les trois sœurs résolurent d'aller le trouver chez lui. Au moment de se mettre en route, les deux aînées insistèrent auprès de la cadette pour qu'elle ne les accompagnât pas, parce qu'elle était plus jolie qu'elles; mais Fara n'eut garde de les écouter. Chemin faisant, les trois sœurs rencontrèrent un paysan qui travaillait à sa rizière : « Laquelle de nous deux est la plus belle? » lui demandèrent-elles : « Toi, l'aînée, et toi, la cadette, répondit l'homme, vous êtes jolies; mais la petite Fara est plus jolie que vous. » Plus loin, elles rencontrèrent des gardiens de rizières qui chassaient les cardinaux l des champs de riz. Elles leur
i . En malgache fody (Foudia Madagascar iensis. L)i