LES TROIS PRINCESSES
firent la même demande et les gardiens furent du même avis que le paysan. Les deux aînées jalouses, coupèrent les cheveux à leur jeune sœur, espérant l'enlaidir et lui firent porter les bagages comme si elle était leur esclave. Elles changèrent même son nom et l'appelèrent : Sandroy. Un peu plus loin, elles demandèrent encore à des hommes qui battaient le riz, laquelle des trois était la plus jolie : « Toi, l'aînée, et toi, la cadette, vous êtes bien jolies, dirent les hommes; mais la petite Fara l'est encore davantage. » Cette réponse des batteurs de riz ne fit qu'accentuer la haine que ses sœurs portaient à Fara. On augmenta sa charge; et privée de tous soins, elle devint galeuse. Elles arrivèrent enfin au village d'Andriamohamona, et se logèrent dans une case. L!£ soir même, elles firent préparer leur bain par Sandroy : « Nous allons voir le fils du roi, dirent-elles; garde bien la maison pendant notre absence. » Quand elles arrivèrent chez Andriamohamona, celui-ci les invita à danser avec les jeunes filles du village (on dansait tous les soirs chez le fils du roi).
Un rat qui se trouvait dans la case où était restée la plus jeune sœur, lui dit : « O Sandroy, pourquoi ne vas-tu pas danser aussi? » — « Hélas, répondit-elle, je n'ai pas d*habits de
fête; et mes sœurs n'ont pas voulu que je les accompagne. » Immédiatement, le rat lui donna un riche costume, la fit baigner et l'habilla. Ses cheveux repoussèrent au même instant. Elle se rendit ensuite chez le fils du roi qui la prit par la main et dansa avec elle, émerveillé de sa beauté. A minuit, Sandroy retourna chez elle et rendit son costume au rat. Elle tenait à rentrer avant ses sœurs pour les empêcher de soupçonner son escapade. Le lendemain, dès que le tambour battit, l'aînée et la cadette se rendirent chez Andriamohamona et dansèrent comme la veille. Sandroy arriva encore après elles, vêtue de splendides habits et les cheveux admirablement tressés — le rat faisait repousser ses cheveux en lui lavant la tête •— Andriamohamona vint la recevoir comme la veille et dansa avec elle.
Le désir lui vint de l'épouser. A minuit, Sandroy retourna à la case qu'elle habitait avec ses soeurs. Ces dernières ne tardèrent pas à arriver : « Sandroy, lui dirent-elles, il y a une jeune fille qui vient tous les soirs au bal du roi et qui dérange beaucoup nos projets. Le fils du roi ne regarde qu'elle et il la préfère à nous. » — « Serait-ce vrai? dit Sandroy. »
Le lendemain, le soir venu, les deux sœurs se rendirent chez Andriamohamona. Le rat vint