PAR L'AUTEUR
Soulanges 1er Janvier 1867
BIBLIOTHÈQUE COLLÈGE L'ASSOMPTION
PREFACE DE L'AUTEUR
à | : Tous ceux qui font plus ou moins un livre, | ñ ont coutume de faire plus ou moins une préface | : servant sinon de Justification du moins d’expli- |
cation—quant au but qu'ils se sont proposés d'atteindre.
Assez souvent cette espèce de vestibule que l'architecte littéraire a construit avec tant de soins, disons même avec tant d’orgueil, ne
LA A , . . . £ répond guère aux étroites dimensions de son édifice, et l’on se demande, à bon droit, après
avoir lu ces pages préliminaires qui Proriet- . $ + - L #4
VIII PRÉFACE DE L'AUTEUR
taient tant, et ont tenu si peu, si l’auteur a voulu mystifier tout le monde sans même excepter sa propre individualité.
Or donc, nous pensions à tout cela, et nous allions—nous aussi, —essayer de chanter notre
(CATMA VITUMqUE CUNO D...
lorsque nous nous sommes rappelé, fort à propos, une préface toute faite que nous avions déjà eu l'honneur de lire en public, il y a quelques années, en guise d'introduction à notre premier conte.
Pour couper au plus court, nous ne pourrions mieux faire que la répéter aujourd’hui, car,— quoiqu'elle ne soit pas de nous—elle reproduit de tout point, notre manière de voir, de penser et d'agir.
D'ailleurs, modestie à part, nous ne l’écririons pas mieux.
“ Eclairer les esprits, ennoblir les cœurs, tels doivent être les deux buts de la littérature.
‘“ Tous les charmes de l’art d'écrire, toutes les ressources d’une féconde imagination, tous les ornements ingénieux du langage, qui ne voilent
nos pensées que pour les faire paraître plus belles, doivent être employés à rendre les hommes meilleurs. Abuser de l’éclat du talent
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PRÉFACE DE L'AUTEUR. IX
pour embellir le vice et exciter de mauvaises passions, c’est se rendre coupable d’une sorte de sacrilége. Bercer ses lecteurs sans les instruire, leur plaire sans les toucher, c’est profaner le talent qui est un don du Ciel, c’est refuser la noble mission que l'écrivain doit accomplir ici-bas. Sans doute, l’art est un délassement. La littérature peut, comme la peinture et la musique, servir à reposer l'esprit fatigué par des études difficiles, par les soucis de l1 vie, par les travaux de chaque jour; mais la poésie serait bien frivole si elle se conteutait d’amuser, Si, tout en récréant, elle ne donnait pas de sages leçons que ses attraits rendent plus aimables. Le précepte d'Horace sera éternellement vrai : “ Le parfait littérateur est celui qui est aussi utile qu'agréable.”
“ La doctrine de l’art pour l’art, fausse et funeste, en tous temps, serait aujourd’hui plus fâcheuse que jamais. Lorsque tant d’esprits sont pleins de rêves absurdes et de chimériques
systèmes, lorsque les principes qui forment la base de l’ordre social sont ébranlés, lorsque la Religion perd son influence, la famille sa beauté antique, l’honneur son prestige, l'autorité le respect qu'on lui doit, ceux qui ont recu de
X PRÉFACE DE L'AUTEUR
Dieu les dons de l'intelligence et les talents littéraires, sont coupables s'ils ne travaillent pas de tout leur pouvoir à faire connaître la vérité, à faire aimer la vertu. Quand des barbares armés des sophismes les plus dangereux menacent la société, il faut parler, il faut écrire dans un autre but que celui d’arranger des mots, de pondérer des phrases, de dérouler des images pour caresser l'oreille ou flatter l’imagination. Tout littérateur qui a la conscience de
.sa dignité, doit se regarder comme un soldat.
Son devoir est de combattre le mensonge ; qu'importe que ses armes ne soient pas brillantes, pourvu qu'elles soient slides !
Toute œuvre littéraire peut servir au triomphe des idées morales, 11 poésie aussi bien que les travaux scientifiques, les fictions aussi bien que les travaux d'histoire. Tel lecteur qu'un livre sérieux épouvante se laissera gagner par une attachante fiction qui saura l'émouvoir. La douce voix des poëtes pourra toucher le cœur de éeux qui ne veulent pas écouter la voix grave des historiens. S'ils se proposaient tous la même fin, les littérateurs, animant
d'une commune pensée leurs œuvres diverses, atteindraient toutes les classes, tous les âges et
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