‹ Contes populaires [microforme]Chapitre 4 sur 17 · RE ES · texte numérisé non relu

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L'ivrognerie est peut-être le plus grand et le plus méprisable de tous les vices qui deshonnorent l’humanité.

Je vous le dis en toute vérité : un mauvais compagnon est cent fois plus à craindre que la peste.

N'est-ce pas, chers lecteurs, que le St. Laurent est un fleuve magnifique et que tout vrai Canadien doit s'énorguëillir d’être né sur ses bords? Que de fois, pendant les chaleurs de l'été, alors que les rues de nos cités se changent en vastes fournaises, et qu’on y respire une poussière âcre et brûlante, n’avez-vous pas considéré comme une bonne fortune, de mettre le pied sur le pont d’un de nos élégants bateaux-à-vapeur, pour aller jouir à pleins poumons, de l'air pur et embaumé du fleuve ?

Avec quelle franche admiration n’avez-vous pas pro. mené ve regards sur ces rives si peuplées et si sem-

blables que, pendant plusieurs lieues et à mesure que les villages disparaissent derrière lui, l'étranger ravi croit toujours revoir le même village, et la flèche argentée de la même église, qui se mire en tremblant dans le fleuve avec les maisons blanches et rouges qui l’entourent et se balancent dans l’onde autour d'elle ?

Et puis quel spectacle varié et enchanteur que celui de ces campagnes si bien cultivées et d’aspects si divers, avec leurs clôtures aux zigzags fantastiques qui partagent et colorent les cases de ce gigantesque échiquier de !a nature ? Ici des pièces de terre, que la charrue vient de déchirer, étendent leur couleur brune et fument gaiement au soleil, en attendant qu'elles se couvrent de moissons dorées ; là des champs d'avoine et de blé naïssants, revêtent un vert foncé: près de vous, des prairies d’un vert plus tendre, viennent mêler leur herbe joyeuse aux cailloux poudreux de la grand’route, tandis qu’au loin, aussi loin que vous pouvez étendre la vue, la chaîne ondulée des montagnes qui borde l’horizon, confond dans ane même teinte, le ciel bleu et la cime sombre de nos forêts vierges.

Tenez, chers lecteurs, avouezle franchement, à la vue de cette nature si belle et si tranquille, il ne serait pas impossible que votre enthousiasme débordât et que vous vous prissiez tout-à-coup d’une belle et folle envie pour la campagne et la vie champêtre ? ,

Ce ne serait pas un mal, et je vous le souhaite ; mais ne perdez pas de vue que nous sommes assis sur le pont d’un steamer qui glisse au milieu du plus beau fleuve du monde, et que, par conséquent, nous assistons plutôt à une représentation de la campagne, avec cette seule différence que c’est Dieu qui montre la pièce, et que les acteurs sont cachés derrière les décors ou par les accidents du chemin.

Cependant, une fois sur les lieux, peut-être trouve-

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ue rs 4 riez-vous la quiétude de ces tableaux moins saisissante. yen- $ Peut être encore, s’il vous arrivait, voyageur curieux, ans e de pénétrer dans quelqu’une de ées demeures, cachées ’en- : derrière ces arbres touffus, et qui d'ici nous semble le sanctuaire du bonheur,—si toutefois le bonheur a un elui sanctuaire en ce monde,—n'y rencontreriez-vous pas JeTS, | toujours cette félicité calme que s'était forgée votre par- î imagination surprise.

uier à Tout cela est probable ; mais que voulez-vous ? les rrue à siècles se suivent et ne se ressemblent pas ; et il n’y a e et Ÿ certes pas de ma faute si les Tircis et les Tütyres ne s se figurent plus que pour mémoire dans les pastorales de oine | collége.

g de Bien plus, nous le demandons lés larmes aux yeux: { êler Æ qu'est devenue cette foi naïve et robuste de nos bons | and’- * ancêtres ? Pourquoi perdons-nous, chaque jour, leurs | uvez : mœurs austères et la touchante simplicité de leurs | s qui k goûts ? | » ciel À Etrange contradition de cette étrange époque! à { > mesure que l'éducation semble vouloir élever notre “1 à la î intelligence, le niveau de la morale publique tend à | erait nu s’abaisser, non seulement dans les villes, mais encore H que $ dans les campagnes. * | nvie : Il y a deux siècles à peine, nos mœurs étaient si 1 pures, la foi si vive, qu’un homme fut cloué au pilori, mais À pendant plusieurs heures, sur la place publique de le à Québec, pour s’être enivré et avoir blasphémé. beau # Nos places publiques pourraient-elles contenir au- É anis: jourd’hui tous les blasphémateurs et les ivrognes ?..……. VOD Hélas! ce qu'écrivait le bon Horace seraitil donc e la vrai? | cors Damnosa quid non imminuit dies ?

OŒtas parentum, pejor avis, tulit uve-

Nos nequiores, mox daturos Progeniem vitiosiorem.

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« Que n’altère point le temps destructeur? Nos pères # |} « moins bons que nos ayeux, nous ont fait plus méchants N {| . . A QI #4) {| « qu'eux-mêmes; pour laisser bientôt à notre tour des À ll «enfants plus méchants que nous.» :

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air Au moment où commence cette histoire, un groupe null le curieuses désœuvrées appartenant à la plus basse classe de l'endroit, stationnait devant l’église en face pull d'une douzaine d'élégantes voitures d'été, attendant fl leurs maîtres, et échangeait une conversation du plus [il haut intérêt, s’il faut en juger d’après les fréquents points d'exclamation et d'admiration qui animaient le | dialogue. :

(|| — Est-elle chanceuse, tout de mème? disait une vieille avec une volubilité étonnante et d’une voix aigre Hi et criarde. Quand on pense que j'ai vu, venir ça au quil monde, et qu’au meilleur de ma connaissance ça tou- | jours couru nu-pieds jusqu’à sa première communion, ot que maintenant parceque ça a été au couvent et que va sait jouer de la musique et parler dans les termes, ca va devenir une des plus huppées du village. Vatelle faire la dame un peu! Je gagerais ben qu’elle ne voudra plus, pour beaucoup, visiter seulement ses voisines. Mais voilà comme ça va aujourd’hui, on ne se | reconnait plus : le pauvre monde vire tout à l'envers. ul IL y a vraiment de quoi perdre la tête! Pour ma part, {ll je sais ben que si la petite Martin eut été ma fille propre, (ll aussi vrai que mon nom est la Sans-Regret, elle n’aurait jamais épousé M. Cardon.

— Mon Dieu! ne dirait-on pas que la Sans-Regret est jalouse, objecta hardiment une des femmes qui l'é-

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coutaient pérorer, et dont la langue était aussi bien pendue. On voit bien qu’elle s’est levée de travers ce matin. Le beau dommage, en vérité, que la petite Martin n'ait pas fait comme sa fille qui s’est amourachée d’un pendard, d’un grand bon à rien, qui lui donne plus de coups que de pain, et qui la laisserait crever de faim avec ses pauvres enfants, plutôt que de se passer d’une chopine de rhum.

Ces paroles débitées avec une certaine emphase et d'un air moqueur et insultant, firentsourire la galerie. Seule, la Sans-Regret frappée dans son orgueil de mère et sa dignité de belle-mère, ne trahit aucune émotion sur sa figure anguleuse et parcheminée, mais jetant sur son interlocutrice triomphante un regard menaçant, elle cria d’une voix étranglée par la colère et en gesticulant des mains et de la tête :

C'est bien à toi, Tarlette! de me parler de mon gendre. Il n’y a pas huit jours que ton beau Baptiste a encore fait maison nette et que tu en portais les marques. Ça serait:il l’eau de rivière, par hasard, qui lui donne une haleine à renverser les mouches, et c'est-y à l’église qu’il a attrappé cette figure rouge et bouffie comme une citrouille d'automne ? Tu ferais bien mieux, trigaude maudite que tu es, de veiller un peu plus à tes torchons et à ton gueux d'homme, que de venir invictimer comme ça, sur le chemin d’roi, une pauvre et honnète vieille qui ne te dit rien et ne doit rien à personne.

— Trigaude maudite vous-même, riposta la Tarlette en élevant la voix, de trigauder ainsi, sans rime ni raison, la meilleure fille du village, et de bien loin. Ma bonne vérité !.. c'est bien heureux, la mère, que vous n'ayez plus de dents, car autrement la peau du pauvre monde en verrait des dures avec vous. Je mettrais ma main au feu que Monsieur le Curé n'a

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