‹ Contes populaires, prejuges, patois, proverbesChapitre 22 sur 39 · LES TRESORS · texte numérisé non relu

LES TRESORS

Cependant, de temps en temps , quelques personnes plus heureuses trouvent de véritables trésors sans les chercher. C'est ainsi qu'au mois de novembre i83o, un journalier trouva dans un jardin , à Sainte-Honorine-des-Pertes , un pot de terre renfermant deux à trois cents pièces d'or des rois Charles VII, Charles VIII, Louis XII et François Ier. Dans le même temps, on trouva à Planquery , plus de huit cents pièces de billon , frappées en France , par les Anglais, vers i43o. Enfin, tout récemment, des ouvriers , en défrichant une portion du bois de Saint- Vaast, près de Tilly, ont trouvé une assez grande quantité de pièces d'or du roi Jean et de ses successeurs; presque toutes étaient à fleur de coin. Quelques-unes ont été conservées par des amateurs, les autres ont été fondues.

ll\ TRÏGNAC.— -LES SEIGNEURS DE CREULLY.

Trignac faisait d'excellens sols-marqués , des sols-marqués de bon aloi , meilleurs que ceux du Roi; mais il n'est pas toujours prudent de vouloir surpasser les œuvres royales. Trignac fut appréhendé au corps par les gens de justice , et mourut de malemort , c'est-à-dire de pendaison.

La mémoire de ce bon monnayeur est restée en vénération parmi le peuple , et les plus beaux, les plus larges sols-marqués sont encore appelés Trignacs. Il vivait sous la régence , et frappait sa monnaie dans le temps que Law faisait son papier. On prétend qu'il avait découvert, aux environs de Bayeux , un filon d'excellent métal dont il se servait pour fabriquer ses pièces.

En parlant des exactions féodales , le peuple ne manque jamais de vous citer les seigneurs

LES COULINES.

de Creully et ceux de Villiers , qui , par passetemps , tuaient les couvreurs sur les toits , enlevaient les filles et commettaient une foule d'autres méfaits, quoique on ne précise aucune époque et qu'on n'indique point auxquels de ces seigneurs en particulier ces actes de cruauté doivent être attribués ; il est probable que cette tradition populaire est fondée sur des faits anciens.

C?0 Centime.

La veille des Rois , dans les campagnes , on allume des torches de paille ou des tiges de molêne enduites de goudron ; et les maîtres , les domestiques et les enfans courent les champs en chantant à gorge déployée :

Couline vaut lolot , Pipe au pommier , Guerbe au boissey.

M en père bet bien ,

Ma mère oco mieux.

Men père à guichonnée ,

LES COULINES.

Ma mère à caudronée , Et mei à terrinée *.

Adieu Noé ,

Il est passé.

Couline vaut lolot ,

Guerbe au boissey , Pipe au pommier , Bieurre et lait Tout à planté.

(Noël. )

( en abondance.)

Taupes et mulots ,

Sors de men clos ,

Ou je te casse les os.

Barbassioné , ( génie malfaisant.

Si tu viens dans men clos Je te brûle la barbe jusqu'aux os.

Adieu Noé , Il est passé.

Noé s'en va , Il reviendra.

< La couline vaut du lait , qu'un seul pommier produise une pipe de cidre ( 700 litres ) , et une gerbe un boisseau. Mon père boit bien , ma mère encore mieux ; mon père à guichonée ( grande tasse de terre ) , ma mère à chaudronée , et moi à terrinée.

NOËL CHANTÉ A l' AUDIENCE.

Pipe au pommier , Guerbe au boissey , Bieurre"et lait , Tout à planté.

Après avoir bien chanté , bien couru , et brûlé la mousse des pommiers , on revient se mettre à table ; le cidre coule à longs flots ; et le repas se prolonge bien avant dans la nuit.

Les gens de la campagne croient que cette cérémonie , qui est évidemment un reste de druidisme, rend leurs champs fertiles.

Cet usage s'est également conservé en Angleterre dans les comtés de Glocester et d'Hereford, sous le nom de waissailing. La cérémonie commence vers les six heures du soir ; alors on allume douze feux dans la partie la plus élevée du champ ensemencé et un feu plus considérable dans le milieu.. {Brands Observations on popular Antiquities, t. i, p. 27.)

Xio'éi c\)anté à Viïvtoience.

A l'audience du bailliage de Bayeux qui précédait les fêtes de Noël , l'avocat qui avait plaidé

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