‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 109 sur 179 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

alors que les contes traduits par M. Loëve-Weymar étaient dévorés par la France entière^ on trouverait des rapsodies signées Hoffmannei qui sont de M, **** Mais la puérilité^ le bizarre cherché, rhomme qui se bat les flancs fantastiquement se voient dans chacune de ces hgnes. La manière d'Hoffmann est une de celles qui peut le moins être imitée. Aucune manière ne s'imite, celle-là moins que tout autre. Partout où il y a procédé^ l'oeuvre contient son poison qui la fane et l'accable. On ne manquera pas de me dire qu'Hoffmann a emprunté à Gozzi quelques-unes de ses terreurs, quelques-uns de ses malheurs ou visions qui atteignent souvent les héros de ses contes^ mais c'est qu'Hoifmann avait des analogies de tempérament avec Gozzi, c'est que lui aussi ressentait également ces terreurs, ces visions, c'est qu'elles se décuplaient chez lui, et sa vie en est une preuve. Et il craignait si peu de paraître copier Gozzi, Lewis et d'autres, qu'il les cite à tout propos dans ses œuvres.

Aussi était-il permis à Hoffmann de s'emparer d'?m sujet de conte, d'un type, car il le grandissait, le colorait à sa manière , le rendait sien et l'absorbait comme Sakespeare absorbait les nouvelles de Bandello.

Datura fastuosa * démontre la manière de composer d'Hoffmann. Chamisso lui avait donné l'idée du conte; mais l'idée mère ne suffisait pas encore au romancier qui, dépourvu de grandes connaissances en histoire naturelle, allait quêter des renseignements et des détails auprès du célèbre naturaliste Lichtenstein, professeur à Berlin. La lettre suivante expUque mieux l'affaire :

a Chamisso, écrivait Hoffmann à Lichtenstein en 1818, m'a laissé en legs Tidée d'un conte que je suis justement en train de parachever. Un professeur de botanique meurt et laisse non-seulement une fort riche collection de plantes, mais de plus il a élevé dans une petite terre particulière des plantes et des arbres étrangers tout à fait rares. Dans le nombre se trouve un exemplaire dont on n'a jamais entendu dire qu'il prospérât , même en serre

* Voir le tome XVI des œuvres d'Hoffmann, édition Rendnel.

chaude^ dans notre hémisphère. La veuve (une toute vieille femme) elle-même n'en sait rien, quoiqu'elle ait de profondes connaissances en botanique. Elle refuse même l'entrée de cette serre à Télève du défunt, un jeune botaniste enthousiaste qui ne soupire qu'après cette rare plante exotique. Alors il se décide à épouser la veuve, malgré sa vieillesse.

a Je ne suis pas botaniste, il faut donc que je lise un livre de botanique et que je m'en nourrisse. Pourriez-vous me désigner une plante étrangère à laquelle Ghamisso a peut-être pensé? etc. »

Ainsi donc Tidée mère appartient à Ghamisso; les détails, la technologie à Lichtenstein. Et cependant Datura fastuosa est bien une création d*Hoffmann dont on sent la griffe ^ comme on dit.

Le conte intitulé Haimatochare est moins de son propre fonds; il fut envoyé par Funck à Hitzig, qui entreprenait les œuvres posthumes. En 1819, le libraire de Bamberg, ayant l'intention de fonder un journal littéraire, s'adressa naturellement à Hoffmann le premier; celui-ci, n'ayant aucun manuscrit prêt, envoya le conte d'Haimatochare avec l'avant-propos ci-après :

a Les lettres suivantes, qui donnent des explications sur le sort de deux naturalistes, me furent communiquées par mon ami Adalbert de Ghamisso, à son retour du remarquable voyage dans lequel il avait fait une fois et deniie le tour du globe. Elles semblent bien dignes de la publicité. On y voit avec tristesse et même avec horreur combien l'événement le plus innocent peut quelquefois rompre violemment les liens de la plus intime amitié et convertir en un malheur déplorable les choses qu'on était en droit de regarder comme des meilleures et des plus utiles.

a E. T. A. Hoffmann. «

CHAPiTRK XIJI.

Je crois curieux et important de donner ici cette nouvelle de Ghamisso et de faire connaître en France un échantillon de ce charmant esprit champenois, qui avait porté en Allemagne le naturel français, en le revêtant de formes nouvelles. J'engage les personnes curieuses d' humour isme à lire quelques nouvelles d'Edgar Poe, et à mettre en regard la fantaisie américaine avec la fantaisie franco-allemande de Ghamisso ; de même il serait intéressant d'étudier la parenté qui semble s'étabhr par instant entre le russe Nicolas Gogol et Hoffmann. Haimatochare n'a jamais été imprimé dans les œuvres de Ghamisso et était depuis vingt ans dans les tiroirs du libraire Funck, quand la publication des Œuvres posthumes d'Hoffmann vint tirer ce conte spirituel de la poussière.

HAIMAÏOCHARE,

A SON EXCELLENCE LE CAPITAINE GÉNÉRAL GOUVERNEUR DE LA NOUVELLE-GALLES DU SUD.

Port-Jackson, le 21 juin 18...

Votre Excellence a daigné ordonner que mon ami^ M. Brougthon^ fît partie de Texpédition dirigée sur O-Wahu^en qualité de naturaliste. C'était depuis longtemps mon plus ardent désir de retourner à O-Wahu , car la brièveté de mon dernier séjour ne m'a pas permis de pousser jusqu'à des résultats positifs quelques observations d'histoire naturelle fort importantes. Ce désir maintenant se ravive doublement, car M. Brougtbon et moi sommes étroitement liés par la science et l'ardeur des recherches ; nous avons l'habitude déjà depuis longtemps de faire nos observations en commun et de nous aider réciproquement en nous communiquant à l'instant même nos découvertes. Je prie donc Votre Excellence de vouloir

bien agréer que j'accompagne mon ami Brougthon dans Texpédition d'O-Wahu.

Avec respect^ etc.

J. Menzies.

P. S. J'unis mes prières à mes vœux à ceux de mon ami Menzies pour que Son Excellence lui permette de venir avec moi à O-Wahu. Ce n'est qu'avec lui ^ c'est seulement quand son affection accoutumée seconde mes efforts que je puis réaliser les découvertes que le gouvernement attend de moi.

A. Broïïgthon.

RÉPONSE DU eOUVERNEUR.

C'est avec un vif plaisir que je remarque^ Messieurs, de quelle étroite amitié vous a liés la science, et je ne doute pas que d'une aussi belle union, de tels efforts concentrés, on ne puisse attendre les plus riches et les plus brillants résultats. Aussi par ces motifs, bien que l'équipage du Diskovery soit complet et que le navire ait peu de places , j'autorise M, Menzies à accompagner l'expédition de 0-Wahu, et je vais faire parvenir au capitaine Bligh les ordres nécessaires.

LE Gouverneur.

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