‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 108 sur 179 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de Tadversité ! C'est ainsi et pas autrement dans ce bas monde,

J'avais^ comme empereur d'Aromata, une excellente impératrice supérieurement belle, un ange qui savait chanter et jouer des instruments de manière à faire rire le cœur dans la poitrine; cet ange savait aussi danser supérieurement. Je pensai, lorsque les semaines de miel furent passées, qu'il pourrait bien m'appartenir de prendre soin de la perle précieuse, et je la réclamai à mon épouse ; mais celle-ci me la refusa. Je fis semblant d'avaler ma colère, et je manifestai Topinion que mon épouse devait, à cause de son grand amour pour moi, ne pas résister à ma volonté. L'épouse refusa de nouveau ma demande, s'emporta et me regarda avec des yeux étincelants; c'était la première fois que j'avais vu de pareils yeux chez une femme, et cela me remit en mémoire ceux de la chatte noire; pendant trois jours je fis la grimace, et un matin, pendant que Fimpératrice était en train de découper un cochon de lait rôti qui était trop poivré, je répandis les larmes amères de la mauvaise humeur; cela toucha mon épouse, qui me dit qu'il ne fallait pas tant prendre à cœur la perte de la perle, puisque j'avais troqué contre elle le bijou le plus précieux sur cette terre, et qu'elle consentirait à me donner quelquefois la perle pour m'en amuser. Quel honnête et bon caractère que celui de Fimpératrice*.

* On ne sait si c'est par une fantaisie d'Hoffmann que ce conte reste tout à coup suspendu. Il n'y a rien de surprenant à croire que , fatigué, mécontent ou dans un accès d'humeur, ou pour faire au public une de ces plaisanteries qui sont communes à l'auteur de Jean Kreisier^ Holfmann ait terminé brusquement ce récit de la sorte.

HAIMATOCHARE.

Il a fallu une singulière personnalité à Hoffmann pour couvrir les nombreux emprunts qu'il fit de côté et d'autre. Peu d'hommes ont moins inventé que lui, car il s'appropriait non-seulement des sujets^ mais des types avec autant de sans-gêne que Molière. C'est ce qui explique ces lectures perpétuelles^ qu'on peut voir indiquées dans ses cahiers de notes.

Quand son esprit ne se meublait pas en contemplant des carlca^ tures favorites telles que celles de Callot et d'Hogarthj, il allait au butin dans les œuvres de Lewis^ de Gozzi^ de Shakespeare, de Schiller, de Voltaire, de Diderot, etc. ; mais l'homme qui lui était le plus utile était ce Français-Allemand, Ghamisso, dont l'œuvre est inconnue dans sa patrie, la France, et qui aura du moins la gloire d'avoir été un des plus fidèles amis de Théodore Hoffmann, Chacun sait que le fameux type de Pierre Schlemil, l'Homme qui a perdu son ombre ^ appartient en propre à Chamisso; ce poëte avait-il trouvé ce type dans ces nombreuses traditions allemandes recueillies plus tard par les frères Grimm, et qui ne sont qu'un échantillon des richesses popu* laires de la littérature allemande? On ne sait rien là de positif; tou^ jours est-il qu'Hoffmann: s'empara du Pierre Schlemil de son ami et l'intercala avec un grand bonheur dans la Nuit de la Saint-Sylvestre , pour faire pendant à VHomme qui a perdu son reflet. Le reflet perdu n'est qu'une conséquence de l'ombre vendue; sans la création de Ghamisso , Jïoffmann n'eût pas trouvé la sienne; mais aussi avec quel art sont mises en présence ces deux figures étranges. Combien est heureuse la mise en scène de ce petit drame! Et dès les premières lignes, aussitôt que l'entrée de la cave a été dépeinte, comme on se sent pris par ces fumées vagues de fantastique et d'extraordinaire sortant de cette petite cave. On a voulu donner une esthétique du fantastique^ et Ton n'a enseigné que le procédé du fantastique. Un être rangé, froid, les oreilles rouges, ayant du ventre, égoïste et spirituel, si le vent du succès tourne aux œuvres d'Hoffmann , s'assied devant son bureau, taille une belle plume neuve, dispose un certain nombre de cahiers blancs devant lui et dit : La mode est au fantastique, je m'en vais faire du fantastique. En cherchant bien dans les revues,

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