BROUGTHON AU GOUVERNEUR DE LA NOUVELLE-GALLES DU SUD
Hanaruru,le 20 décembre 18,..
Le capitaine Bligh a informé Votre Excellence de notre heureux voyage, et il n^aura certainement pas manqué de louer la manière amicale avec laquelle le roi Téimotu nous a accueillis. Téimotu est ravi du riche cadeau que Votre Excellence lui a fait, et répète à chaque instant que nous pouvons disposer comme de notre propriété de toutes les productions utiles ou agréables de File qu'il gouverne. Le manteau rouge brodé d'or a fait une si profonde sensation sur la reine Kahumanu, qu'elle en a perdu sa sérénité habituelle pour tomber dans de singulières pratiques. Elle va de grand matin dans l'endroit le plus profond, le plus solitaire, le plus épais de la forêt, et s'exerce à des poses théâtrales en drapant son manteau, tantôt sur une épaule, tantôt sur l'autre; ces poses, elle les répète le soir, devant la cour assemblée. En même temps elle tombe dans des accès d'étranges désolations, qui ne causent pas peu de soucis au bon Téimotu. J'ai cependant réussi quelquefois à égayer la reine désolée par un déjeuner de poissons grillés qu'elle aime beaucoup, et si elle boit après ce repas un bon verre de gin ou de rhum, sa douleur est vraiment soulagée d'une façon marquante. Il est singulier
que Kahumanu court partout après notre Menzies^ et quand elle se croit inaperçue^ elle envoie des baisers en l'appelant des plus doux noms. Je suis tout disposé à croire qu'elle Taime en secret.
En outre ^ je suis très-fâché d'avoir à mander à Votre Excellence que Menzies^ dont je n'attendais que de bons offices, me gêne plus qu'il ne m'aide dans mes recherches. Il ne parait pas vouloir répondre à l'amour de Kahumanu ; au contraire, une folle passion, même condamnable, s'est emparée de lui et l'a entraîné à me jouer un tour trèsabominable qui peut, si Menzies ne revient pas de son erreur, nous brouiller à tout jamais. Je regrette maintenant d'avoir prié Votre Excellence de lui permettre de suivre l'expédition à 0-Wahu ; mais comment pouvais-je croire qu'un homme que j'avais éprouvé depuis tant d'années pouvait tout à coup changer de la sorte par un étrange aveuglement. Je me permettrai de donner à Votre Excellence des détails plus circonstanciés de cet événement si blessant pour moi, et si Menzies ne devait point réparer sa faute, je prierai Votre Excellence de m'accorder votre protection contre un homme qui se permet d'agir en ennemi là où il fut accueilli avec une amitié sans bornes.
Avec un profond respect*.... Ai Brougthon*
MENZIES A BROUGTHON*
Nôn, jene puis le supporter plus longtemps; tu m'évites, tu me jettes des regards dans lesquels je lis la colère et le