CHAPITRE Xm
mépris, tu parles d'infidélité, de trahison d'une telle manière que je suis obligé de m'appliquer ces mots ! Et cependant je cherciie dans tout le domaine des possibilités sans y trouver la cause qui pourrait justifier en quelque façon ta conduite vis-à-vis de ton plus fidèle ami. Que t'ai-je fait? qu'ai-je entrepris? qu'est-ce qui fa blessé? Ce n'est peutêtre qu'un malentendu qui te fais douter un instant de mon affection, de ma fidélité. Je t'en prie, Broughton, explique-moi ce malheureux mystère, sois encore à moi comme tu l'étais.
Davis, qui te remet cette feuille, a ordre de te prier de répondre à l'instant. Mon impatience devient pour moi un affreux tourment. Menzies,
BROUGTHON A MENZIES.
Et tu me demandes encore en quoi tu m'as offensé ! En vérité, cette candeur sied bien à qui a forfait à l'amitié. Que dis-je? à l'amitié? à toutes les lois consignées dans les constitutions civiles, ^ d'une façon révoltante. Tu ne me comprends pas : eh bien! je vais te le dire tout haut. Puisse l'entendre le monde entier et frissonner de ton forfait ! Oui, je vais te le dire à l'oreille ce nom qui résume tout ton crime. — Haimatochare ! — Oui, tu l'as nommée Haimatochare, celle que tu m'as ravie, celle que tu caches loin du monde, celle qui est à moi, celle que je tenais à nommer mienne avec une douce fidélité , à nommer mienne dans des annales destinées à liurer éternellement. Mais
non, je ne veux pas encore douter de ta \ertu^ je veux croire encore que ton cœur fidèle saura vaincre cette passion malheureuse qui t'entraînait dans un tourbillon rapide. Menzies^ rends-moi Haimatochare^ et je te presse sur mon sein comme mon plus fidèle ami, comme mon frère de cœur. Toute la douleur de la blessure que tu m'as faite par ton action imprudente sera oubliée. Oui, rends-moi Haimatochare ! Brotcthon.
MENZIES A BROUGTHON.
Ami, quelle étrange démence s'est emparée de toi! C'est moi, — moi que tu accuses d'avoir ravi Haimatochare, elle qui est d'une race qui ne te regarde en rien , Haimatochare , que j'ai trouvée libre , dans la libre nature , dormant sur le plus beau des tapis, moi, le premier qui la contemplai d'un regard amoureux, le premier qui lui donnai un nom, un rang ! — En vérité, si tu me crois ingrat, je dois te croire fou, puisque, aveuglé par une jalousie dévorante, tu oses prétendre à ce qui est devenu ma propriété et qui le sera toujours. Haimatochare est à moi, et je la nommerai mienne dans ces annales où tu te proposes de consigner tes vantardises en t'attribuant la propriété d'un autre. Jamais je ne souffrirai qu'Haimatochare me quitte; je quitterai tout avec joie, pour mon Haimatochare, même la vie, qui ne peut s'embellir que par elle.
Menzies.