‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 147 sur 179 · LE CHARME DE LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LE CHARME DE LA MUSIQUE

Le baron avait formé le projet d'aller yoir^ en quittant Freienwald^ un vieil oncle qui restait à Mecklembourg; mais dès qu'il se trouva mieux ^ Tenvie lui prit de retourner à la Résidence. Vers les derniers jours de septembre il était à Berlin. Maintenant qu'il avait fait une excursion^ sinon jusqu'à Patras^ au moins jusqu'à Freienwald^ il se sentait le courage de s'exposer aux regards des mauvais plaisants. Il avait lu tous les ouvrages qui traitent de la Grèce , et était en état de disserter savamment sur le voyage qu'il avait ^ on ne peut pas dire fait^ mais du moins voulu faire. Il espérait bien regagner tous ses avantages^ mettre un terme aux quolibets et se faire adorer encore de plus d'une femme.

Un soir^ au moment où le soleil allait disparaître de l'horizon^ le baron ^ se rendant au jardin des plantes^ traversait la place de Paris , il s'arrêta court à la vue d'un couple qui marchait devant lui.

Un vieillard tout petit, tout contrefait^ aux jambes torses^ aux vêtements surannés et grotesques^ avec un

gros bouquet sur la poitrine , un grand jonc espagnol à la maiU;, conduisait une dame voilée d'une taille majestueuse^ et dont le costume annonçait une étrangère. Une des choses qui frappèrent le plus le baron ^ ce fut la queue que portait le petit vieillard; elle sortait comme un serpent sous son chapeau et descendait jusqu'à terre. Deux petits polissons^ de ceux qu'on trouve à toute heure au jardin des plantes^ qui s'occupaient à faire partir des pétards dans les jambes des passants ^ cherchaient à marcher sur cette queue. Peine inutile ! par des tours et des détours d'anguille, elle leur échappait constamment. Du reste^ le petit homme ne semblait pas s'en apercevoir.

Le cœur du baron battait violemment^ un pressentiment l'agitait... et il faillit se laisser choir au milieu de la poussière de la place de Paris ^ lorsque la dame^ s'étant retournée, lui lança ^ à travers son voile qui laissait entrevoir deux yeux magnifiques^ un regard semblable à l'éclair perçant la nue sombre.

Cependant le baron revint de son trouble^ et comprit que la malice des enfants lui fournissait une occasion d'aborder le vieillard et sa compagne. 11 chassa les polissons à grand bruit;, se rapprocha du petit homme^ et dit en le saluant poliment :

— Vous ne prenez pas garde. Monsieur, que ces méchants drôles allaient écraser sous leurs pieds une pièce importante de votre coiffure.

Le personnage se retourna, considéra quelque temps le baron sans répondre à sa politesse, puis partit d'un bruyant éclat de rire. Les petits polissons qui avaient trouvé du renfort en passant devant la porte de Bran-

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