‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 148 sur 179 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

debourg, firent chorus^ et le baron, tout confus, s'arrêta, ne sachant plus ce qu'il devait faire.

Pour se débarrasser de ces mauvais garnements , il leur jeta quelque monnaie, et suivit le couple bizarre, qui s'en alla tout le long de Fallée des Tilleuls. A sa grande joie, le vieillard et la- dame entrèrent dans la boutique du confiseur Fuchs. Le baron en fit autant. Ils prirent place dans un cabinet particulier. Grâce aux glaces qui le décoraient, le baron, assis dans la pièce à côté, ne perdit pas de vue les étrangers.

Le petit vieux baissait la tête d'un air maussade, la dame lui parlait avec vivacité, mais tout bas. Impossible de saisir un seul mot. On leur servit des glaces, des gâteaux et des liqueurs. La dame porta la main à la partie postérieure de la tête du vieillard , et , à la grande surprise du baron, détacha la queue, l'ouvrit comme si c'eût été un étui, en retira une serviette, un couteau et une cuiller.

Elle attacha la serviette sous le cou du vieux, comme on fait aux enfants pour les empêcher de se salir. Celui-ci semblait avoir recouvré sa bonne humeur; il regardait la dame d'un air tendre, tout en mangeant avec avidité les glaces et les gâteaux. Enfin elle releva son voile. Chacun eût été ravi comme Timpressionnable baron d'une beauté aussi extraordinaire. Quelques-uns auraient peut-être objecté que le feu de ce premier regard de Turandot une fois supporté, il manquait à la physionomie de l'étrangère, comme à toute sa personne, cette grâce qui, en dépit des règles, triomphe des plus rebelles; d'autres, qu'il y avait

quelque chose de suspect dans ce front et ces yeux tenant

de risis égyptienne. Qu'importe? Ce n'en était pas moins une merveilleuse apparition.

Le baron s'ingéniait pour trouver un moyen honnête de se mettre en rapport avec le couple. Essayons de toucher le cœur de cette divinité par le charme de la musique^, se dit-il. Et aussitôt il s'assit devant le beau piano qui décore^ ainsi que chacun le sait^ le salon du confiseur Fuchs. Se livrant à son inspiration^ il se mit à improviser. C'était sublime : du moins il le pensait. Pendant un pianissimo mystérieux^, il crut entendre un léger bruit dans le cabinet. 11 jeta un coup d'œil furtif. La dame s'était levée. La queue du vieux sautillait^ bondissait sur la table où elle l'avait déposée. Le petit homme, pour la faire arrêter, la frappa de la main en criant :

— A bas, friponne , à bas !

Le baron, un peu effrayé de la nature étrange de cette friponne de queue, attaqua brusquement un fortissimo^ qui se résolut en mélodies tendres et suaves. 11 crut s'apercevoir alors que la dame , attirée par la puissance de ces sons mélodieux, venait, sur la pointe des pieds, se placer derrière sa chaise. Oh! alors toutes les cantilènes languissantes et voluptueuses des maîtres italiens en ini, elli, ou ichi que Ja mémoire du baron lui rappelait, défilèrent sous ses doigts. Il allait clore sa chaude improvisation par une terminaison éclatante, lorsqu'il entendit un soupir. Voici le moment, se dit-il en lui-même; et il se leva brusquement. Quel désappointement ! 11 se trouva face à face avec le capitaine de cavalerie de B..., appuyé sur la chaise*

— Permettez-moi de vous faire observer, mon cher baron, dit le capitaine, que vous portez préjudice au sieur

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