‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 21 sur 179 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tout quand au fond de tout cela il y a quelque chose qui n'est pas à dédaigner, »

Je crains de blesser les membres de la commission des monuments historiques ^ ceux du comité de Thistoire de France^ etc., si j'essaie de démontrer qu'Hoffmann pouvait s'intituler historien.

V historien passe sa vie à étudier des parchemins et des chartes; il en prend les faits saiilants, les coordonne et les présente sous un jour convenable avec un style quelconque.

Le romancier ne procède4-il pas comme Fhistorien? seulement là où celui-ci compulse^ celui-là crée.

Chaque être enfanté par le romancier est vrai, indiscutable, et ne peut êtreremplacé par aucun être; ses actions, ses pensées, ses habits sont vrais aussi; il n'est permis à personne de l'habiller, de le faire parler, agir ou penser autrement.

Chaque jour Vhistorien voit son système tomber pierre à pierre ; il est peu de livre historique qui n'ait son lézardement, sa crevasse agrandis de minute en minute, soit par le temps, soit par la pioche des fureteurs qui découvrent de nouveaux documents : la moindre lettre trouvée dans une vente d'autographes peut montrer un grand personnage historique le contraire de ce qu'on l'avait peint jusque-là.

Un héros de roman prend à jamais place dans la mémoire des hommes; il devient aussi réel qu'un grand capitaine, qu'un empereur dont les portraits et les statues foisonnent, et souvent il est plus populaire.

Personne ne niera que Don Quichotte est plu^ connu

que CharleS'Quint. Ce système de parallèle pourrait se prolonger longuement et choquerait trop de personnes ; mais c'est là, ou je me trompe fort, ce qu'Hoffmann entendait par compositions histo7nqueSy essayant, par une malice armée de raison, de se moquer des pédants et des Potmartin de TAUemagne.

Les Anglais , plus froids et plus analytiques , jugent mieux ces questions que nous. Us attachent une extrême importance au roman, et sont loin de traiter de frivolités ces drames qui s'adressent à toutes les classes de la société. On m'a conté qu'à un dîner important, un Français invité fut très-étonné d'entendre sir Robert Peel discuter les nouveaux romans en critique distingué. Il connaissait mieux notre littérature de romans que le Français invité, et celui-ci, quoiqu'il fut lettré et curieux de nouveautés, n'en avait jamais autant entendu parler en France que dans le salon du lord anglais. Plus tard, la discussion s'engagea sur un roman anglais qui venait de paraître sans nom d'auteur, Jane Eyre, un livre plus remarquable que celui de miss Stowe , quoique nous le connaissions peu en France. L'auteur de ce roman avait gardé l'anonyme, et la conversation s'engagea sur ce terrain, à savoir si le romancier était un homme ou une femme. Sir Robert Peel entama une longue discussion avec un célèbre historien anglais, et montra combien il avait étudié ce roman : c'était une analyse fine, spirituelle, autrement utile que celle des critiques de revues, et le charme n'en était que plus vif dans une conversation.

En face de Robert Peel mettez M. Guizot, et voyez

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