CHAPITRE ÏI
1er RochlitZ;, qui avait accueilli les premières critiques musicales d'Hoffmann^ et qui ^ en sa qualité de propriétaire et directeur d'une revue musicale^ put connaître assez intimement le conteur.
Je crois Rochlitz comme Funck : tous deux peuvent avoir raison. Hoffmann était homme variable^ irritable surtout; à de certaines heures il a pu changer complètement, s'irriter de ce qui la veille l'aurait laissé complètement indifférent, et dédaigner aujourd'hui une chose à laquelle hier il eût prêté une extrême attention.
L'orgueil perce toujours à un certain moment chez les hommes qu'on croit les plus modestes : il ne s'agit que de les observer, de s'entretenir longtemps avec eux, et de prendre patience. Ce que l'homme pense, il l'écrit. Les mêmes observations prouvent le fait sur n'importe quel écrivain Je citerai encore une fois un passage du Petit Zacharie; et à ceux qui s'étonneraient de me voir puiser si fréquemment dans un seul conte, cela démontre combien une œuvre d'Hoffmann est pleine de trésors, d'observations profondes et de faits.
« Oui,poëte, s'écrie Prosper Alpanus, tu es bien plus parfait que ne l'imaginent la plupart de ceux à qui tu as communiqué tes essais, c'est-à-dire la traduction visible ou matérielle de cette musique intime de l'âme. C'est la moindre des choses que cette poésie écrite. Cependant tu as composé un bon morceau dans le style historique^
* L'iiumouriste Gérard, mort l'année passée si dramatiquement, l'homme le plus humble de la littérature, et qui, en cette qualité, ne trouva que des amis parmi ses irritables confrères , Gérard avait beaucoup plus d'orgueil qu'on ne le croyait ; mais cet orgueil était bien caché. J'approuve hautement l'orgueil , et Gérard a perdu même de la puissance en ne le montrant pas assez.
quand tu as retracé d'un large coup de pinceau^ et avec une fidélité analytique^ Thistoire des amours du rossignol pour la rose purpurine, dont j'ai été le témoin oculaire.
« Prosper Alpanus se tut. Balthazar le regardait tout stupéfait, en ouvrant de grands yeux : il ne savait que penser en entendant Alpanus traiter de composition historique son élégie, qu'il regardait comme la conception la plus fantastique qui eut jamais inspiré sa verve.
— c< Il se peut, reprit Alpanus, que mes discours te causent quelque surprise. Mais fais attention à une chose : c'est que je suis, au jugement de tous les gens raisonnables, un de ces personnages qu'on n'admet ordinairement que dans les contes bleus ; et tu sais , cher Balthazar, que les individus de cette espèce ont le droit de faire et de dire toutes les folies imaginables , surtout quand au fond de tout cela il y a quelque chose qui n'est pas à dédaigner. »
Retrouvera-t-on dans cette citation la véritable pensée d'Hoffmann comme je crois Fy découvrir? Est-ce une simple facétie humouristique que celle de ranger les amours d'un rossignol et à!une rose purpurine parmi les compositions historiques? Je ne le pense pas.
Hoffmann, en intitulant ironiquement ses fantaisies sompositions historiques^ se redressait et répondait vraisemblablement à quelque ami qui avait critiqué son genre de contes. Ce n'est pas une plaisanterie comme on pourrait le supposer quand on médite ces belles paroles : c( Tu sais, cher Balthasar, que les individus de cette espèce ont le droit de faire et de dire toutes les folies imaginables, sur-