‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 24 sur 179 · CHAPITRE ill · texte numérisé non relu

CHAPITRE ill

la source la plus fraîche , mais assurément pas toujours la plus pure^ de tout moment de sa vie qui pût lui fournir Toccasion de noter un récit charmant ^ une anecdote frappante une fine observation un bon mot piquant. Mieux que lui tout autre pouvait le faire, qui y avait assisté ou qui s'était habitué de démêler, si je puis dire ainsi, le simple dessin des tableaux largement exécutés et vivement coloriés dans les récits d'Hoffmann.

Et ce qui est plus : Hoffmann a été tout particulièrement un produit et en même temps un acteur assez important d'une période excessivement remarquable de l'histoire moderne, telle qu'elle se manifestait particulièrement vers le nord de l'Allemagne. Il est donc aussi le miroir de cette période , dont il reflète l'image, du moins dans quelques-uns de ses traits principaux, plus vivement et d'une manière plus saisissante que des réflexions abstraites et des descriptions générales ne pourraient le faire. Cette période, elle vient à peine de s'écouler, quelques suites en existent seules; il s'agit de la juger avec calme et d'en comprendre l'enchevêtrement; elle n'est ni trop loin ni trop près de nous; sans une étude sérieuse de cette période, nous ne profiterions, au reste, ni de nos expériences graves , ni de l'enseignement salutaire du temps présent.

Les œuvres d'Hoffmann se sont en peu de temps élevées, devant un public nombreux, à une* hauteur considérable, ressemblant à ces fusées sifflantes et brillantes, qui lancent avant de mourir des gerbes de feu tantôt gracieuses , tantôt bruyantes ; en peu de temps aussi on les a oubliées, ainsi que les fusées, quand elles ont éclairé

leur chemin brillant ; quelques enfants peut-être quittent

leurs jeux pour courir ramasser les morceaux de papier fumants, tombés par terre. Ce dédain , les œuvres d'Hoffmann ne le méritent pas, surtout les meilleures d'entre elles. J'espère, en rappelant Fauteur, pouvoir rappeler les œuvres.

Enfin, je me permettrai une observation générale : de même que tout le monde croit reconnaître dans un tableau les traits principaux en général , sans pouvoir se mettre d'accord sur les détails, de même on envisage d'une manière différente les tableaux vivants, les hommes avec leurs particularités, leurs caractères, leurs mœurs et leur vie. Il ne faut cependant pas craindre que les critiques et les descriptions se multiplient à l'infini ; on cesse enfin de raconter quand il n'y a plus personne qui puisse bien écouter...

Si j'ai eu besoin de me justifier devant le lecteur, je crois y avoir réussi.

Du reste, quelque facile qu'il eût été de compléter mon essai à l'aide de la biographie excellente d'Hitzig, et de m'étendre davantage sur la jeunesse et sur certaines tendances de l'esprit qu'Hoffmann a manifestées plus tard, je préfère donner mon sentiment propre. J'ai été vivement ému et inspiré par la nouvelle de la mort prématurée d'Hoffmann; en un pareil moment les œuvres grandissent. J'ai ajouté ici, pour compléter le tableau, certains traits secondaires que j'ai puisés dans mes souvenirs , et que j'avais mis de côté pour ne pas froisser l'intérêt que l'on porte à un ami décédé depuis peu.

Ernest-Théodore-Guillaume Hoffmann naquit en 1775,

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