CHAPITRE m
à Kœnigsberg^ en Prusse; sa famille était riche et dans des conditions très-favorables au développement d'Hoffmann.
Dès les premières années^ on s'occupa soigneusement de Tinstruction de Tenfant^ mais on négligea son éducation^ il le dit lui-même en ajoutant : « ce qui était précisément le diable ! »
II eut le plus grand malheur qui puisse arriver à un enfant impressionnable : il vit bien du mal avant d'avoir pu apprécier le bien , avant qu'on n'eut éveillé et nourri en lui la foi et l'amour du bien. Et ce qui était bien plus grave : il devait voir le mal constamment et chez des personnes auxquelles il avait naturellement le besoin de s'attacher avec toute la vivacité de son cœur. Les suites de ce malheur se montrèrent dans toutes les périodes de sa vie *. D'une intelligence remarquable et comprenant très-vite^ il saisit facilement les choses les plus disparates de toutes les sciences possibles^ et les garda pendant toute sa vie. Ainsi il arriva que de tout ce qui compose l'instruction fondamentale du savant , Hoffmann avait pris une part assez considérable^ et il devinait les parties qu'il ne pouvait pas encore aborder spécia-
* Un soir de l'hivc r de l'année 1812 , je me trouvais avec lui et avec un de ses amis à discuter longuement et sérieusement iphigènie de Goethe. Entre autres choses , nous parlâmes aussi de l'impression qu'elle nous avait faite dans son ensemble et ses détails. Sans connaître alors la jeunesse d'Hoffmann , je m'arrêtais avec plaisir au beau passage où Iphigénie , soupirant du fond du cœur, s'écrie :
Heureux celui qui aime à se souvenir de ses pères l...
Hoffmann , sans m'interrompre comme il le faisait habituellement, me fixait d'un regard scrutateur, puis il se leva tout à coup brusquement et courut dans l'embrasure de la dernière croisée de la chambre ; surpris, je me tus. Au bout de deux minutes, Hoffmann se retourna, et cachant la colère sous l'air et le ton d'une frivolité légère , il dit : « Nous avons eu aujourd'hui la lecture des « Sœurs de Vrague. » Voilà une absurdité énorme que cette folle pièce 1... »
lement. Ainsi, par exemple, il était assez bon pianiste (le compositeur respectable Podlielsky, organiste à Kœnigsberg, avait été son professeur) ; il chantait très-agréablement, surtout des morceaux comiques. Il était en même temps dessinateur habile et se distinguait par ses caricatures et ses esquisses fantastiques; enfin il montra un vrai talent pour les scènes comiques et burlesques qu'il aimait à représenter.
Tel était Hoffmann quand , dans sa ville natale, il fut reçu parmi les clercs de l'Université; il choisit Tétude du droit, mais sa famille avait perdu une grande partie de la fortune; beaucoup d'autres circonstances firent comprendre à Hoffmann qu'il était obligé de s'arracher à la douceur de sa vie, et de travailler sérieusement pour s'assurer un avenir par Ja science qu'il avait choisie. Il tint parole. A mesure que la nécessité de penser à l'avenir lui avait inspiré le goût du travail, ses habitudes devenaient rangées; il prouva ainsi, mais surtout plus tard, qu'il était un de ces hommes qui savent beaucoup mieux supporter le malheur que le bonheur.
Muni de certificats très-honorables de la faculté de droit, il commença sa vie politique au gouvernement supérieur de Glogau; on remarqua son habileté et son activité, qui l'amenèrent à la place de Référendaire à la cour supérieure de Berlin,. Les nombreuses connaissances fondamentales qu'il avait exercées avec grande persévérance ; la spontanéité, l'inquiétude même et la souplesse de son esprit (et même de son corps, qui était petit et très-mobile); sa passion inaltérable pour ses études ne l'empêchaient point de s'occuper sérieusement des affaires nombreuses