‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 52 sur 179 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

nétrer vraiment le grand esprit de Mozart dans la composition. Tu ne pourrais t'imaginer combien de beautés nouvelles se développent à Toreille de Pexécutant. lors même qu'il ne laisse pas échapper la plus petite chose ^ et qu'il cherche, pour chaque mesure en particulier, le sentiment véritable avec une espèce d'étude approfondie. La gradation d'une mélodie douce jusqu'aux mugissements, jusqu'aux coups ébranlants du tonnerre; les sons plaintifs pleins de douceur, l'éruption du désespoir le plus furieux, la majesté, la noblesse du héros, l'angoisse du criminel, la succession des passions dans son âme, tout cela tu le trouves dans cette musique unique. Elle embrasse tout, et elle te montre l'esprit du compositeur dans toutes les modifications possibles. Je voudrais pouvoir étudier encore Don Juan pendant six semaines et te le jouer ensuite sur un forte-piano anglais. Vraiment, ami, tu resterais assis en silence et tranquille depuis le commencement jusqu'à la fin, et tu le conserverais, encore longtemps dans ton cerveau, tout antimusical qu'il est. Car tu en sentirais bien mieux la beauté qu'au théâtre; le théâtre vous distrait beaucoup trop pour vous laisser tout remarquer d'une manière convenable. Si tu viens ici lundi prochain, ce que je te prie de faire avec instance, tu causeras à ton ami qui t'aime de toute son âme et tendrement, un plaisir qui le rendra très-heureux. Pars de bonne heure pour être ici à dix heures ; viens me trouver tout de suite, tu pourras rester jusqu'à midi et demi. Il faut que tu entendes au moins quelque chose de Don Juan. Ne crains pas de m'entendre chanter ; j'essaierai de moduler ma voix de manière qu'elle ne te soit pas désagréable. »

A dix-neuf ans Hoffmann était déjà pris de la furie de la composition musicale^ et tout d'abord il se préoccupe de musique religieuse.

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