‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 86 sur 179 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Plozk, octobre 4803.

« Avant-hier je m'étais enfin décidé à tenir iin journal régulier; je comptais le commencer d'une manière toute joviale; mais j'ai reçu de Berlin^ le jour même^ la nouvelle de la mort de mon oncle^ décédé dans la nuit du 24 \ au 25 septembre. Je n'ai pas pleuré, je n'ai pas crié d'ef- ' froi et de douleur; mais l'image de l'homme que j'honorais et pmais est toujours devant mes yeux et ne me quitte plus. Tout le jour j'ai été intérieurement en ébullition. Mes nerfs sont tellement tendus qu'au moindre bruit je tressaille. La semaine dernière on a frappé tout d'un coup la nuit à notre porte. Ma femme prétend que c'est l'oncle qui prenait congé de nous. Aujourd'hui je suig tout disposé à le croire et à m'abriter avec tous les exaltés derrière les paroles de Hamlet. »

3 octobre 4803.

a Mon oncle de Berlin ne pourra plus guère me recommander; il est devenu un homme paisible^ comme dit Mercutio dans Shakespeare... Que ne suis-je traité par le président moins en bourrique qu'on surcharge de fardeaux jusqu'à la faire soupirer! Alors tout pourrait très-bien aller entre quatre murs; je jette les actes dans la chambre voisine, et je me mets à dessiner, à musiquer ou à poétiser tout naturellement; sans doute le tout ne vaut pas le diable, mais je n'en éprouve que d'autant plus de plaisir, car c'est un phénomène psychologique que les mauvais artistes et les mauvais poètes se complaisent toujours le plus aux avortons dont ils accouchent...

(( 11 me semble cependant qu'il va surgir bientôt une grande idée^ que quelque production superbe sortira de ce chaos. Sera-ce un livre;, un opéra ou un tableau? Quod Dits placebit. Ne serais-tu pas d'avis que je m'informe auprès du grand chancelier si je suis organisé pour être peintre ou musicien? Mais^, comme renseignement à cet égard, hier j'ai fait un opéra-comique; et ce matin, il faisait encore nuit, vers les cinq heures, j'ai fait la'musique. 11 est vrai qu'il n'y a encore rien d'écrit, et cela tardera bien encore un peu. Autre chose. En lisant dans le Franc- Parleur l'annonce d'un concours pour la meilleure comédie, je me suis mis à en composer une sur la chose même, intitulée : le Prix, et je l'ai envoyée à ces Messieurs. Que je ne gagnerais pas le prix, je le savais, mais qu'on me trouverait un talent décidé pour la comédie, je ne le croyais pas. Tu liras la critique dans le Franc-Parleur

k HITZIG.

Berlin, le 22 août 4807.

« Mon cher ami, v

(( A votre dernier séjour ici, vous m'avez trouvé dans de bien tristes dispositions, mais il vous faut l'attribuer à l'impression terrible des circonstances. Je suis dans une position qui m'épouvante moi-même; je reçois aujourd'hui des nouvelles de Posen qui ne sont pas faites pour me consoler : ma petite Cécile est morte et ma femme est tout près de la mort. Voilà que je me réveille un peu de mon morne

* Cette pièce n'a pas été retrouvée dans les papiers d'Hoffmann.

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