AVANT-PROPOS
naire de l’argot pour rire de certaines pli rases sans éqpiivalent en français, conviennent que quelques-uns de ses mots comiques manquent leur effet à la simple lecture, quoiqu’ils redeviennent tout à fait plaisants au théâtre, dans la bouche d’un acteur populaire qui les prononce avec l’accent indiqué par l’orthograplie) avec le geste, avec le costume, avec tout ce qui exprime les intentions d’un écrivain qui lui-même est un acteur excellent (sur les théâtres de société). Mais là où Ch. Dickens n’échoue jamais, c’est dans l’art de faire vibrer les cordes les plus délicates du cœur, en nous arrachant des larmes par un langage qui nous fait en même temps sourire.
Son soi-disant Doclevr de cette année est une individualité vivante qui garde son caractère personnel, tout en représentant une classe menacée, comme il le dit lui-même, d’être supprimée par les chemins do fer.
Le Cheap-Jack du règne de Victoria survivra à tous ses confrères dans le Docteur Marigold de Charles Dickens, comme le colporteur du règne d’Élisabeth survit dansl’/lulolÿci/s de Shakspeare. Le Cheap-Jack anglais est notre marchand forain ou ambulant ; nous l’avons rencontré quelquefois dans nos foires et nos marchés de province avec sa boutique roulante, appelant une éloquence de commissaire-priseur au secours de ses enchères fictives. Nous aurions donc pu trouver un équivalent français à l’emphase ironique de Marigold : la blague gauloise vaut bien le humbug britannique; mais nous avons préféré rendre aussi littéralement que possible le style de ce récit, pour lui conserver sa couleur, même affaiblie, là où la traduction eût été élégante en éludant le mot propre.
(ju’il nous soit permis d’ajouter une remarque sur le rôle que Charles Dickens attribue à une sourde-muette dans le Marchand forain, remarque qui s’applique éfialement au conte intitulé la Petite Bebelle.
S’il existait une poétique pour les Contes de Noël, une des premières règles imposerait aux conteurs de ne pas oublier qu’ils seront lus et écoutés par un auditoire composé de tous les âges, par les petits enfants comme par les grands eufanls, car nous devons tous être plus ou moins enfants pour nous asseoir parmi les auditeurs et même pour demander la parole comme narrateur. Charles Dickens s’écarte rarement de cette règle, et presque toujours le personnage le plus intéressant, sinon le héros ou l’héroïne de son récit est un enfant, petit garçon ou petite fille, tantôt admirablement doué de la nature, comme le fils adoptif de Mrs Lirriper, tantôt triomphant, grâce à une éducation intèlligenle, de la privation de deux sens sur cinq, comme la fille adoptive du docteur Marigold. Cette adoration de l’enfance se retrouve dans les grands romans de Ch. Dickens comme dans ses contes; il a donné à son petit Paul une famille nombreuse et variée de petits frères et de petites sœurs qui forment, dans la littérature du roman, un pendant aux Enfants célèbres de l’bistoire et de la biographie.
îsous n’auj'ons sans doute pas été le premier à remarquer le rôle que joue l’enfant dans toutes les branches de la littérature anglaise en ne remontant qu’à Shakspearc, dont la jeune Arthur a des accents si touchants qu'il attendrit son bourreau lui-même. Mais l’enfant a aussi ses interprètes dans la littérature française avant et depuis le jeune Éliacin de Racine.