‹ Contes pour les jeunes et les vieux;Chapitre 42 sur 42 · LES SABOTS DE NOËL · texte numérisé non relu

LES SABOTS DE NOËL

Il est sept heures et demie à peine. Un jour blafard pénètre à travers les vitres constellées de givre, dans la ciiambre haute où couchent les marmots. Ceux-ci commencent déjà grouiller sous leurs couvertures et à s'agiter comme une potée de souris. Eux qu'on a du mal à tirer du lit quand sonnent huit heures, sont ce matin tout réveillés par le désir de •savoir ce que le bonhomme Noël a déposé dans leurs sabots, qu'ils ont rangés la veille le long de l'àtre vide. Les voici qui se lèvent en chemise et courent pieds nus vers la cheminée, et alors quels cris de joyeux ébahissement, quand chacun découvre les cadeaux du fantastique bonhomme, qui se promène toute la nuit, de cheminée en ciieminée, avec son bonnet fourré et sa houppelande neigeuse! — Ce ne sont pourtant que des jouets de pauvre qu'un enfant de la ville regarderait avec dédain ; mais, comme tout en ce

monde, la joie est chose relative, et le petit paysan, qui n'est ni blasé ni gâté, contemple avec admiration la pipe de sucre rouge, le moulin à vent qui tourne à l'aide d'une ficelle, les forgerons de bois peint qui frappent en cadence sur une enclume jaune, tous ces jouets campagnards, hauts en couleur qui ont fait le bonheur de nombreuses générations naïves et qui, je le déclare sans fausse honte, ont fait aussi le mien, au bon temps très lointain où je mettais mes sabots sous la cheminée. — J'avoue même que je donnerais

NOËL AU VILLAGE zS)

volontiers tout le splcndidc magasin ; ' , : ictrapcr

rcnthousiastc foi de cette époque enfantine, où je croyais au Bonhomme descendant sur son âne au fond de la cheminée paternelle, et où, dans la nuit, j'attendais avec un battement de cœur la grise lumière de la prime aube, afin d'aller visiter mes sabots pleins de surprises. Avec quelle émotion j'en sondais les creux bourres de joujoux et de friandises à bon marché ! J'y trouvais aussi parfois une verge de bouleau et une belle lettre écrite à l'encre rouge, par laquelle le bonhomme Noël me tançait paternellement au sujet de mes désobéissances. Un matin de ma huitième année, en fouillant mon soulier, je n'en retirai que deux gros sous qui me causèrent une amère désillusion. Où le bonhomme Noël, ce féerique donneur de jouets, avait-il pu dénicher cet affreux billon vert-de-grisé .'' Cette monnaie-là n'a pas cours au Paradis, et je commençais à soupçonner fortement mon père d'avoir mis ces gros sous prosaïques dans mon soulier, pour en finir, avec la légende. — iVIa croyance à l'âne et au bonhomme à la houppelande neigeuse en fut gravement ébranlée, et c'est ainsi que le doute entra pour la première fois dans mon âme d'enfant.

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