‹ Contes pour les jeunes et les vieux;Chapitre 7 sur 42 · LE VOYAGE DU PETIT GAB · texte numérisé non relu

LE VOYAGE DU PETIT GAB

erraient dans le vide et, sur la vitre claire, ses doigts maigres dessinaient de vagues formes de navires. Puis tout d'un coup ses regards s'arrêtaient sur la croisée où j'étais en observation, et, se sentant épié, d'un geste farouche il tirait le rideau de mousseline. Vers la mi-mars, je ne le vis plus près des carreaux. Ses os le faisaient de plus en plus souffrir, ses jambes trop faibles ne pouvaient plus le porter et ses maux de tête redoublaient. Il passait maintenant des journées entières étendu sur son petit lit, feuilletant pour la centième fois le livre d'images où l'on voyait la mer et les grands navires aux voiles blanches. Il n'avait pas renoncé à l'idée de son voyage : « Quand partirons-nous? » demandait-il à sa sœur; et lorsque celle-ci lui avait expliqué qu'il fallait attendre le beau temps, il reprenait de sa voix grêle : « C'est que je suis pressé, je voudrais me guérir vite, bien vite, afin de ne plus te voir pleurer. » Et il se faisait indiquer les noms des villes par où l'on passerait. Il les connaissait déjà toutes par cœur : Chantilly, puis Clermont, Amiens, Abbcville et enfin la mer... « Une fois que nous serons là-bas, disait-il, je suis sûr que mes os ne me feront plus mal. » En attendant, il voulait avoir constamment près de lui, le grand coquillage rose de la cheminée, et, l'oreille appuyée contre les valves nacrées, il écoutait attentivement le bruit lointain de cette mer qui devait le délivrer de toutes ses misères.

Vers Pâques, je n'entendis plus le sourd tressaillement de la machine à coudre. On ne travaillait plus dans l'appartement de l'entresol, et pourtant une lueur de lampe, dorant l'une des fenêtres très avant dans la nuit, indiquait qu'on y veillait toujours, près du lit de l'enfant malade. — « Il est

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au plus mal, murmurait la concierge en serrant mstinccivement contre ses jupes un gros garçon joufflu, il n'en a pas pour longtemps... Le pauvre, ce sera une délivrance!... » — Un matin, je me croisai sous le porche avec un petit cercueil porté par deux croque-morts et suivi de la famille... C'était le petit Gab qui partait enfin pour son voyage vers la mer insondable de l'Inconnu.

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