‹ Contes. Précédés d'une noticeChapitre 34 sur 42 · QI · texte numérisé non relu

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perdu, sans qu'il me soit resté aucun fruit de notre mariage. Ces deux ans ont été consumés à des affaires, à des chicanes toujours renaissantes, presque toujours sans autre fondement que la grande fortune que mon mari avait trouvé le moyen de me laisser, au grand chagrin des collatéraux. Enfin, pour cette fois, la justice a prévalu, et, dès que je me suis trouvée maîtresse de mon bien comme de ma personne, je n'ai plus songé qu'à me rapprocher de ma noble nourrice et de ma tendre amie. Mon amie, de son côté, pour être plus sûre que nous ne nous quitterions jamais, m'a proposé de m'unir avec son frère : il est d'un premier lit, il a dix ans de plus qu'elle ; il est assez avancé dans le service, il aura de grands biens, et elle m'a persécutée pour me le faire épouser. — Et? — Et j'y ai consenti. Vous paraissez étonné; mais si vous connaissiez mon amie ! — Je l'aurais épousée peutêtre, mais à coup sûr je n'aurais épousé personne par amitié pour elle. — Elle me le peint comme un homme d'un extérieur imposant, qui a beaucoup de dignité dans les manières, beaucoup de fermeté dans le caractère, exact, rangé, sérieux, très-habile en affaires, toujours occupé de choses utiles, et qui paraît destiné à jouer un grand rôle dans le monde. Mais, comme il faut un contrepoids à tout, et que mon amie ne sait rien déguiser, elle ajoute qu'il serait disposé peut-être à un peu de jalousie. — Eh quoil Madame. — Quoi,

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Monsieur? — Mille pardons; je m'étais imposé la loi du silence, j'y reviens. — Ah! je vous entends à demi-mot. Cette jalousie, n'est-ce pas? Cela ne pouvait pas m'effrayer : je ne porte que mon amie dans mon cœur; et la douce pensée de rentrer sous le toit de l'amitié (moi qui n'ai, grâce au Ciel, jamais connu un autre sentiment), de passer ma vie entre celle qui m'a donné son lait et celle avec qui je l'ai partagé , a fait disparaître toutes les autres considérations... — Non, je n'y tiens pas, dit le comte; comment! l'amitié, que je croyais une lumière de plus pour la raison, l'amitié aurait aussi ses imprudences? — Et quelles imprudences? — Quoi ! Madame, vous faire épouser un inconnu ! — On se trouve si mal, en pareille circonstance, de ceux qu'on croyait le mieux connaître, que souvent le meilleur parti à prendre, c'est... — En vérité, Madame, c'en est un tout autre que celui que vous prenez. — Non, Monsieur; c'est de laisser un peu agir le hasard, de s'armer au besoin de quelque adresse et de beaucoup de résignation; d'étudier le caractère de l'homme qu'on vous destine pour y accommoder le nôtre ; de s'attendre à tout, de ne s'effrayer de rien; enfin, de penser qu'une âme tranquille, une humeur douce, une conduite irréprochable, doivent conjurer tous les orages... » M. de Glucksleben reste quelque temps sans parler. « Vous ne répondez pas, Monsieur? — Madame, j'écoute encore. — Et qu'est-ce que vous écoutez?

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— Les pensées qui naissent de vos paroles. — Vous me blâmez? — Oui, Madame, autant que l'admiration en est capable. — Grâce pour les compliments; expliquez-vous. — Vous le voulez? Je commence par applaudir du fond de mon cœur à ce noble et doux sentiment qui règne sur toute votre existence, et qui vous inspire le généreux projet de payer de votre vie entière les soins donnés à vos premières années; mais devez-vous donc à la sœur d'épouser le frère, à la belle-mère de vous donner au beau-fils? Vous ne le connaissez pas, ce frère, ce beau-fils; je ne le connais pas non plus; mais, chère comtesse, dit-il avec un tendre intérêt voilé sous l'air du badinage, laissez-moi vous dire ce que j'en pense, et permettez-moi d'être ce qu'on appelle à Rome l'avocat du diable, pendant que vous vous disposez à faire un bienheureux. — Je vous l'abandonne d'ici à la signature du contrat. — Le croiriez-vous? je le juge d'après .les propres paroles de sa sœur : Un extérieur imposant/ dit-elle, de la dignité dans les manières (ces qualités-là me deviennent suspectes quand elles se font remarquer, et surtout par une sœur. Il faut de cela, sans doute, mais il n'en faut pas trop, et il n'en faut pas en famille). Il est ferme, dit-elle (mais une sœur n'a pas une autre expression pour parler de la rudesse de son frère) ; il est naturellement sérieux ( sérieux, en pareil cas, est un synonyme de triste), rangé (c'est un éloge qui con-

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vient à tous les hommes parcimonieux), ne pensant qu'à V utile (et dès lors méprisant l'agréable), enclin à la jalousie... A la jalousie! ai-je bien entendu, Madame? — Hélas! oui, Monsieur, dit la belle comtesse en souriant ; mais, encore une fois, qu'importe pour qui n'a pas d'autre projet que de se conduire de son mieux? — Et vous croyez que cela suffit contre un caractère jaloux, chère comtesse ? Les vierges sages y perdraient leur peine. Vous ne savez donc pas qu'on est jaloux non point parce qu'on en a quelque sujet, mais parce qu'on en a le défaut. Vous aurez beau être exemplaire avec un homme comme celui-là : il vous suffira d'être belle, d'être spirituelle, d'être franche, d'être aimable, d'être douce, que sais-je? d'avoir tous les défauts que je vous vois et tous ceux dont je vous soupçonne. — Vous me les feriez désirer. — La jalousie se sert de tout pour se tourmenter elle-même, excepté souvent de ce qui pourrait la justifier : car, tout éveillée qu'elle paraît, elle a d'ordinaire les yeux fermés pour la réalité , et s'en tient à ses rêves. — En vérité, comte, vous devriez vous faire un scrupule d'inquiéter une pauvre femme sur un parti pris; et ce malheureux homme, qu'estce qu'il vous a fait? — Comment! ce qu'il m'a fait, Madame? Je le regarde d'avance comme un ennemi personnel : il peut vous rendre malheureuse. — Je devrais peut-être me fâcher, mais je vous remercie. — Je voudrais me tromper, mais je

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crains. — Et sur quoi fondé? — Le voici : il ne vous a jamais vue; il sait seulement depuis quelque temps que vous jouissez d'une grande fortune , et c'est depuis ce temps-là qu'il persécute sa sœur pour vous parler de lui; et vous cédez, et vous consentez, et la chose est comme faite. — Comme vous y allez! Il est vrai que tous les arrangements sont pris, qu'il ne me reste qu'à me rendre auprès de mon amie le plus tôt que je pourrai, et que même le moindre retard pourrait tout faire manquer, puisque celui dont nous parlons est absolument obligé de' partir sans délai pour son régiment. — Eh bien! attendez qu'il en revienne, dit le comte en riant. — J'attendrais longtemps, car il est cantonné aux extrémités de la Transylvanie. — Attendez toujours. — Il est destiné à faire la guerre en Turquie. — Attendez encore. — Non, vraiment, il n'y a pas un instant à perdre; et voilà pourquoi je pressais les postillons de tous mes moyens, craignant de ne pouvoir jamais leur promettre assez d'argent ni leur faire boire assez d'eau-de-vie... Et vous voyez ce qui en résulte. — Et vous, chère comtesse, vous voyez comme j'en suis touché. — Mais ce n'est pas la peine de vous dire, ajoute la dame, que ma Confiance n'est pas tout à fait désintéressée et qu'elle attend la vôtre. — En vérité, dit le comte, j'admire comme nos situations se rencontrent presque aussi juste que nos voitures, et vous serez étonnée de voir que mon his-

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toire est à peu près l'androgyne de la vôtre. — Contez-la-moi, quelle qu'elle soit, ne fût-ce que pour me distraire des inquiétudes que tous venez de me donner. »

Il allait commencer lorsque Martine arrive en courant. « Marraine, marraine, dit-elle tout essoufflée , venez , yenez donc voir la jolie calèche et les beaux chevaux qui sont là-bas 1 J'ai demandé au cocher pour qui; il m'a répondu que c'était pour M. le comte et M me la comtesse. — Voyez, ne dirait-on pas... — Oh! c'est vrai, .dit Martine ; il n'y a d'aucune chose comme ça qu'on dit d'abord et où ce qu'on ne pense qu'après. Ce n'est pas que ça ne serait bien joli , da... — Pardonnez-lui , monsieur le comte , reprend la comtesse : c'est une si bonne fille, et qui s'est tant dépêchée de vous aimer! Mais que signifie cette calèche?— Je vais vous l'expliquer: je me suis déjà vanté auprès de vous de ma nouvelle charge. — Laquelle, s'il vous plaît? — Celle de bourgmestre. — Ah ! le bon homme ! je n'y pense pas sans reconnaissance, et je serais vraiment fâchée de partir sans le voir. — Il ne tient qu'à vous. — Je lui sais si bon gré de sa passion soudaine pour vous! Elle me met à mon aise. Mais cette calèche? — Sachez donc qu'en sa qualité d'homme de confiance et honoré de l'intimité du seigneur d'ici, il commande en souverain dans un château que vous voyez de vos fenêtres, à une demi-lieue d'ici,

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au-dessous de la grande avenue. — Eh bien ! quel acte de souveraineté a-t-il fait? — Il amis château, jardin , parc , forêt , domestiques, voitures, chevaux, garde -chasses, chiens de chasse, fusils, que sais-je ? tout à ma disposition , pour être mis à la vôtre.— Qui est-ce qui aurait pu s'attendre à cela? dit la comtesse ; mais le seigneur en sera-t-il bien content ? — C'est ce qui doit le moins vous inquiéter. Il m'a répondu qu'il ne faisait que remplir les intentions du respectable comte qu'il a l'honneur de représenter, M... M... On m'a bien dit son nom; mais j'ai beau le chercher... — Comment oublie-t-on cela? — Que voulez-vous, quand on oublie tout? Ce que j'ai le mieux retenu, c'est que c'est un homme de la vieille roche , autrefois passionné pour les dames, aujourd'hui leur adorateur désintéressé. Il est malheureusement à cinquante milles d'ici, en Bohême, je crois, ou en Silésie ; et, quand il apprendra quelle déesse ( c'est le galant bourgmestre qui parle) est venue briller un moment dans ces lieux , il ne se consolera point de ne s'y être pas trouvé pour l'adorer. — C'est dommage que le temps nous manque. — Si c'est dommage, dit le comte en souriant, le temps ne vous manquera pas. — L'ouvrage de la voiture est-il bien avancé? — Il avance. — Mais il n'est pas fini , n'est-ce pas ? — Non , et même il durera tant que vous voudrez. — Mais je vous prie de croire que je suis très-pressée ; n'allez pas vous y

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méprendre, vous l'êtes aussi. — Plus que je ne voudrais, moins que je ne devrais. — Eh bien ! profitons de la calèche. Voulez-vous que nous partions sur-le-champ? —A vos ordres; permettez seulement que j'aille donner un coup d'oeil à votre voiture. — Toujours, et toujours cette voiture! Elle commence à m'ennuyer. — Moi, au contraire, vous n'imaginez pas comme je l'aime dans son repos. — Et vous ne cessez d'y faire travailler, qui plus est, d'y travailler vous-même, pour la mettre plus tôt en campagne. — Si je m'en croyais, j'y travaillerais toute ma vie ; quelquefois même la petite malice de Pénélope me vient dans la tête. Mais, si je cédais à la tentation, que dirait votre impatience conjugale? — Conjugale! répète la comtesse en haussant les épaules; j'essayerais de la dissimuler. — Allons, partons... » Les voilà dans la calèche , et en moins d'un quart d'heure ils arrivent à la lisière d'un bois dont la sombre majesté les frappe et les arrête au premier pas. Jamais encore ce reste auguste des antiques forêts des druides n'a connu les outrages ni du temps ni des hommes , et sa vigueur, que les siècles paraissent accroître, promet à vingt générations encore l'ombrage qu'il a déjà donné à vingt générations disparues comme ses premières feuilles.

« Salut, vénérables contemporains de nos fiers aïeux , dit le comte hors de lui-même , qui n'avez comme eux obéi à aucune volonté! Vos formes

variées suivant les caprices mystérieux de votre nature, et vos racines qui touchent aux entrailles du monde, et vos cimes qui se baignent dans les nues, et vos flottantes chevelures que jamais le fer n'a profanées, et ces membres robustes que l'art ni la force n'ont fléchis ni redressés, réveillent en moi le souvenir de ces nobles compagnons d'Arminius demeurés libres au milieu des nations subjuguées et défiant encore l'orgueil des Romains! »

La comtesse applaudit à un enthousiasme qu'elle partage; puis, après avoir parcouru lentement ce bois jadis religieux, pénétrés tous les deux de ce respect inné dans l'homme pour tout ce que le temps a respecté, ils trouvent des jardins variés, des bosquets, des vergers, des potagers, des parterres, établis par terrasses sur la pente d'une riante colline exposée aux plus doux rayons du matin, entre une foule d'arbres rares et de jolis arbustes dont chacun retarde encore leur marche. Enfin on découvre les balustres de la plate-forme d'un château bâti à mi-côte sur un terrain aplani, mais irrégulier dans ses contours, et où l'art a toujours conservé quelque respect pour la nature. Ils y arrivent par des chemins tournants, entre des haies fleuries, et ne voient d'abord rien de magnifique ; mais ils jugent bientôt que c'est pour que tout soit agréable, car le goût et le faste sont malheureusement presque toujours ennemis. L'architecture de l'édifice ne se montre qu'à moitié

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au milieu des roses, des lilas, des jasmins qui l'entourent, mais qui, en cachant une partie de son élégance, ne laissent pas de lui en prêter. Une infinité de sources, plus vives, plus pures les unes que leâ autres, viennent par différentes cascades se réunir dans un joli étang qui baigne les murs du château, et continuent ensuite leur route vers une belle prairie où elles se divisent en mille rigoles tracées de cette main invisible qui vaut celle de tous les maîtres. Les regards se promènent au loin sur cette vaste étendue, entre des groupes d'arbres qui en varient l'aspect et de nombreux troupeaux qui lui prêtent le mouvement et la vie, jusqu'à une chaîne de coteaux éloignés où des bois, des vignes , des clochers , des hameaux , des châteaux disposés, assortis pour ainsi dire à la fantaisie de l'œil, ne lui laissent rien à désirer.

La comtesse, émue, comme toutes les belles âmes, à l'aspect des touchantes beautés de la campagne , qui offrent en effet tant de poésie et tant de philosophie à qui sait les comprendre, demeure quelques moments comme ravie en extase; puis, se laissant aller à son admiration : « Convenez, dit-elle au comte, que tous les jardins anglais font pitié quand on a vu celui-là : c'est la nature, c'est le génie inconnu des choses qui a pris soin de l'arranger, ou plutôt qui l'a laissé s'arranger de soimême*; les hommes, à côté d'elle, sont des enfants qui gâtent tout; leur main est à la fois faible et

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grossière : celle de la nature est la puissance et la délicatesse mêmes. Ah ! comme elle sait bien, comme elle prépare bien ce qu'il nous faut ! Mais, pour la plupart, nous n'y croyons pas; nous ne savons point, nous n'osons point nous y attacher ! — Il y a plus, dit le comte, c'est que nous la fuyons; c'est que nous inventons mille moyens , mille prétextes, pour nous enchaîner loin d'elle. A la vérité, toutes ces chaînes-là sont imaginaires; mais notre servitude n'en est que plus réelle : c'est être soumis à des caprices au lieu de l'être à des lois. — Gardez votre philosophie pour vous, mon cher comte ; il n'appartient pas à une femme de s'élever si haut. Les mésanges ne suivent pas les aigles, ajoute-telle avec un peu de malice; mais qu'il ferait bon vivre ici , n'est-ce pas ? — Qu'il y fait bon , dit le comte, puisque vous vous y plaisez! — Mais vous, pour votre compte, qu'en pensez-vous ? Vous soupirez, qu'avez-vous? — Je m'attriste en pensant à cette belle et bonne nature à qui vous rendez en ce moment un si pur hommage , et qui nous présente à tous tant que nous sommes les seuls vrais plaisirs, les seuls vrais biens; et nous la quittons pour courir après des chimères ! Nous ne nous attachons jamais à ce qui nous convient, et souvent nous ressemblons à une personne sensible... » Il s'arrête et la regarde. « Vous n'achevez pas... — Qui laisse tout, qui renonce à tout pour... — Pour? — Aller épouser un inconnu à qui elle croit bon-

ne ment qu'elle se doit. — Encore cet inconnu que vous avez la bonté de ne pas aimer! — Oh! moins que personne... — A propos, vous me devez votre histoire; elle ne sera pas écoutée avec moins d'intérêt que la mienne. — Vous le voulez, comtesse? Au moins, elle ne vous ennuiera pas longtemps. Sachez donc que moi , le détracteur des inconnus, je vais aussi épouser une inconnue. — J'imagine que c'est pour me flatter que vous le dites, un sage comme vous ! — Ce sage , dont vous parlez bien à votre aise , en sa qualité de cadet d'assez bonne maison, a toujours été fort pauvre; mais un homme tout-puissant, un grand ministre, de tout temps ami intime de mon père , s'intéressait beaucoup à moi ; il ne prenait pas moins d'intérêt à la veuve d'un premier commis auquel il avait fait faire une immense fortune. Cet homme est mort, et sa femme, unique héritière de ses trésors, encore assez jeune, toujours très-jolie, à ce qu'on dit, a voulu avoir dans le monde un rang qu'elle avait toujours inutilement désiré : notre patron à tous les deux a vu d'un côté une fortune sans nom, de l'autre un nom sans fortune ; il a voulu procurer à chacun ce qui lui manquait, et, muni d'un consentement que ni elle ni moi ne pouvions lui refuser, il nous a réciproquement engagés par un écrit signé de chacun de nous, -r- Et c'est là pourquoi, dit M me de Blumm, votre voiture est venue avec tant d'ardeur se précipiter sur la mienne ! En vérité , je ne

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vous le pardonne pas. — Vous conviendrez du moins, chère comtesse, que cette ardeur-là était bien réciproque. Ah! si... » A ce mot, il rougit.

— Ah! si je ne vous avais pas rencontré! N'estce pas ce que vous voulez dire? — Je vous laisse le soin de l'expliquer, répondit-il en rougissant un peu plus fort. — Vous soupirez, parce que vous seriez déjà aux pieds de votre belle , n'est-ce pas ?

— Je ne dis pas que ce soit précisément pour cela. — Cependant, n'y eût-il que la belle fortune, c'est un genre de beauté qui tourne bien des têtes. — La fortuné pouvait me tenter il y a quelques mois; mais un vieux parent que je ne connaissais que de nom, et qui est mort au moment où je m'y attendais le moins , m'a laissé un superbe héritage qui m'a, de ce côté-là, mis au-dessus du besoin et même du désir : en sorte que tous mes empressements se bornent à celui de tenir ma parole. — N'importe, c'est toujours une folie que d'épouser sans connaître. Ces paroles, monsieur le comte, sont tirées de votre dernier sermon. — Hélas! j'ai dû prêcher avec bien du zèle, car c'était pour votre bonheur. — Et moi, le croiriez-vous ? je serais tentée de prendre la même liberté, car, ajouta-t- «He avec un regard de bienveillance, comment ne pas vous rendre intérêt pour intérêt? — Parlez, très- chère dame, parlez; toute mon âme vous écoute. — Tenez, cher comte, je ne connais ni votre ministre, ni votre dame, ni son premier mari,

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