L'AIGLE ET LE MOINEAU
A Nathalie Boulanger.
N'ayant rien d'autre sous la serre, L'aigle fondit sur un moineau.
« Ah ! Sire, dit le pauvre hère, Je suis un bien petit morceau !
— C'est juste, répondit le sire, Mais le sort ainsi l'ordonna :
Quand on n'a pas ce qu'on désire, Il faut manger ce que l'on a.
J'accomplirai ce sacrifice, Qui n'était pas dans mes projets.
Il faut bien qu'un roi se nourrisse Du sang de ses pauvres sujets.
L'Aigle et le Moineau.
J'aimerais bien mieux pour pâture Un pigeon, un merle, un perdreau, Et, quoique sa chair soit bien dure, J'aimerais mieux même un corbeau.
Mais, si mince que soit la proie, Il m'en faut une : la voilà.
Va donc où le destin t'envoie. »
Ainsi parlant, il l'avala.
C'est la loi, l'usage, la- règle, C'est l'homme ainsi que chez l'oiseau :
Le moineau ne mangeant pas l'aigle, L'aigle doit manger le moineau.