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LE SUFFRAGE UNIVERSEL DES BÊTES

A Alphonse Karr.

Un beau jour, fatigués de l'état monarchique, Les animaux, signant un contrat solennel,

Décrétèrent la République

Et le suffrage universel, Universel selon la formule française, C'est-à-dire parfaite égalité des droits Pour l'animal immonde et pour le fils des rois, Pour l'Ane et le Lion, pour l'Aigle et la Punaise.

On peut supposer que plus d'un, Pour capter à son gré la vile multitude,

Se fit courtisan et tribun :

Les deux mots ont toujours impliqué servitude.

Le Suffrage universel des bêtes. 167

Nombreux furent les candidats, Beaucoup parlant beaucoup, et point ne parlant pas.

Quand on examina les titres,

On songea d'abord aux meilleurs ; Mais la majorité des cuistres, des bélîtres,

Porta ses recherches ailleurs.

Le Tigre et le Lion, comme souches royales, Par conséquent rivales,

Furent mis d'abord à l'écart.

Ainsi de la Panthère , ainsi du Léopard.

Le Sanglier est un sauvage Qui n'accepterait pas le mandat de servage* L'Éléphant est trop gros, le Coq est trop petit.

Le Loup a beaucoup d'appétit.

L'Ours est un paysan ; il manque de manières i C'est un indépendant qui vit dans des tanières; Le Renard est habile ; oui, mais Renard, dit-on,

A trop d'esprit et de finesse $ Lé Paon trop de fierté, le Singe trop d'adresse. Le Chien est un ami de l'homme ; le Mouton

Poitr le vêtir se laisse tondre :

C'est un niais, un clérical;

Il ne lui manque que de pondre.

Quant au Cheval, On le tua d'un mot : « C'est un noble animal ! »

Récits.

Bref, les impératifs écartèrent d'avance Ceux qui représentaient la force, l'élégance, L'affection ou la bonté.

Le talent ou l'indépendance, L'habileté, l'utilité, L'esprit, la grâce, la finesse, La vertu, la beauté, la fierté, la noblesse.

Ils élurent donc le Baudet,

Le Cochon, l'Oie et... Bilboquet.

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