LE PANIER DE FRUITS
A Eugène Tavcrnier.
Je portais un panier plein de mes plus beaux fruits, Des raisins que j'adore et des poires que j'aime, Mes plus chers espaliers, mes plus riches produits , Je les avais choisis et récoltés moi-même.
Là personne chez qui je portais ce cadeau,
C'était, si vous voulez, mon oncle... ou bien ma tante,
Et) tout en soulevant mon précieux fardeau,
Je disais : « Qu'on sera content!... » ou bien « contente! »
Le colis pouvait être un peu lourd; mais enfin Tout alla bien pendant cinq minutes peut-être. Cinq minutes après, je songeais à la fin De la route, et j'étais au premier kilomètre.
170 Récits.
Alors je commençai les changements de main, Les haltes; j'essuyai mon front brûlant et morne; Je m'arrêtai vingt fois et repris mon chemin; Enfin je me laissai tomber sur une borne.
Sur cette borne assis, je me mis à penser Qu'on ne sait pas assez à quel point on s'engage, Que les plus doux fardeaux finissent par lasser; Et puis cela me fit songer au mariage.
Ët je réfléchissais : «t Si dès le premier jour Un poids si doux au cœur déjà me terrifie, Qu/est*ce donc que l'hymen et même que l'amour, S'ils doivent tous les deux durer toute la vie? »