‹ Contes sans prétentionChapitre 33 sur 41 · BATAILLE D'AUSTERLITZ · texte numérisé non relu

BATAILLE D'AUSTERLITZ

Quand un homme comme Napoléon se lève parmi les nations, tant qu'il vit et qu'il y marche, les agitant toutes ensemble du moindre de ses mouvements, aucun jugement n'est possible sur cet homme : l'admiration est réputée flatterie, et la sévérité s'appelle haine . Un jour arrive cependant où l'homme, quelque prodigieux qu'il ait été, doit passer sous un niveau qui le ramène à la hauteur de la plus misérable humanité ; ce jour, c'est celui de sa mort ; ce niveau, c'est la tombe. Alors les nations, débarras- 'sées de cette vie importune, incapables de lever les

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yeux jusqu'au front du colosse tant qu'il a été debout, se prennent à mesurer le cadavre à l'aise quand il ôst gisatit par teire \ alors qudqaefois elles s'étonnent de la petitesse de ce qui les a dominées, et quelquefois aussi de l'immensité de ce qu'elles ont méconnu. Ainsi ftit-il de Napoléon. Ge fiit le jour qu'il mourut qu'on vit la place qu'il tenait dans le monde ; ce fut à l'heure qu'il tomba que ses œuvres grandirent autour de lui ; et l'on pourrait dire de cette innombrable quantité d'actions éclatantes, de nobles institutions et de bienfaits qu'il nous a légués, qu'on ne les a aperçus, comme les étoiles au ciel, que lorsque le soleil a été couché.

De toutes les gloires qui ont couronné ce nom, celle du guerrier a été la plus éblouissante. Elle est

aussi la plus chère aux Français, car c'est celle à laquelle ils participaient le plus. Ils étaient les soldats vainqueurs du capitaine vainqueur ; l'éclat qui rayc»nait autour du chef éclairait au loin jusqu'au dernier de ses compagnons ; et pour les enfants de la FYancei

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il avait Êdt de leur nom un titre de noblesse, car chacun pouvait répondre hant^nent à Vienne, à Madrid ou à Berlin : Je suis Français, comme autrefois il eût dit : Je suis gentilhomme. Avec lui toute cette gloire n'est pas tombée, et si quelque guerre se rallumait entre nous et TEurope, elle serait le premier rempart de nos frontières et l'avant-garde de nos jeunes bataillons. •

C'est pour donner uîie idée à nos jeunes lecteurs des merveilles de cette gloire militaire, et de Tivresse qu'elle produisait, que nous leur raconterons eiï quelques pages une de ces immortelles batailles dont le nom est populaire dans toutes les langues de l'univers.

Le 24 septembre 1805, l'empereur partit de i^aris.

Le ai octobre, après les combats de Wertengen, de Guntzburg, d'Albeck, d'Elchingen, de Langenau; de Neresheim, et là capitulation d'Ulm, il adressait cette proclamation à ses soldats :

« Soldats de la grande armée !

^ » En quinze jours nous avons fait une campagne ; ce que nous nous proposions dé faire est rempli. Nous avons chassé de la Bavière les troupes de la maison d'Autriche et rétabli notre allié dans la souveraineté de ses Etats.

» Cette armée qui, avec autant d'ostentation et d'imprudence, était venue se placer sur nos frontières est anéantie.

» Mais qu'importe à l'Angleterre ? son but est rempli : nous ne sommes plus à Boulogne, et son subside ne sera ni plus ni moins grand.

» De cent mille hommes qui composaient cette armée, soixante mille sont prisonniers. Ils iront remplacer nos conscrits dans les travaux de la campagne.

». Deux cents pièces de canon, tout le parc, quatre-vingt-dix drapeaux, tous leorg généraux, sont en

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notre pouvoir. Il ne s'est pas échappé de cette armée quinze mille hommes.

» Soldats, je vous avais annoncé mie grande bataille; mais, grâce aux mauvaises combinaisons de l'emiemi, j'ai pu obtenir les mêmes succès sans courir aucune chance ; et, ce qui est sans exemple dans l'histoire des nations, un si grand résultat ne nous affaiblit pas de plus de quinze cents hommes hors de combat.

» Soldats I ce succès est dû à votre confiance sans bornes dans votre empereur , à votre patience à supporter les fatigues et les privations de toute espèce, à votre rare intrépidité.

» Mais nous ne nous arrêterons pas là : vous ^tes impatients de commencer une seconde campagne.

» Cette armée russe, que Tor de l'Angleterre a transportée des extrémités de Funivers, nous allons lui faire éprouver le même sort.

» A ce combat est attaché plus spécialement Thonneur de Tinfanterie ffançais^ .? c'est jà que V5i s^

Mf6 contés POUR LES RlirÂlfTS.

décider potir là seconde fbis cette questicfti qui Pâ déjà été uûe fois en Suii^ et en Hoflaiide, si Vbï^ fiinterie fràni^se est la première bu la sec(mdë de PÈOropfè.

h H tfy & p9s là de gënéràtûc cdîitre lesctueb je pÈssé avoi^ dé ht gloire à àeqùérir : tout inbo soin sfèrà d'bbtétHr M vièto«*é avec lé moins pos^ble d'effUsion de sàiig. Mèà i^ldàts sont tiiés èa&ûts. 0

Quelques jours après, Napoléon était à Munich, II àtait eiâèaté le passage de YtÉH, Ivrté lèsi coâibats de Riëd, dé Lambach, de Lover ; pàSi&é l'Ens, battu lés èniièmis au combat d'Amstettèn; le 13 novembre il était à Vienne ; encore quéJqiieS jloilrs il s*avâricé en Mbravîe, è( te 2 décèiiibi^ il tenait parole à sQïi àrmiée à Austerlitz.

L'avdnt-telUè il lui adresse cette proclamation :

« Soldats I

» L'armée russe se présente devant vous pour vedgèr l'armée àutric&iénùe d'Ultn ; ce sont ces mè-

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mes batâffl6n<5 que votis avez battus à Hottabrutin, ôt qiie depuis vous avez poursuivis constamment

jusqu'id. Les positîotis que rioùs occupons sont formidables, et, pendant qu^iîs marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc.

» Soldats I je dirigerai moi-mêide vos bataillons : je me tiendrai lôiri du feu, Si, avec votre bravoure, accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis ; maïs si la victoire était un moment indécise, vous verriez votre empereur s*ex- • poser aux premiers coups ; car la victoire ne saurait hésiter, dans cette journée surtout, où il y va de Thonneur de Tinfenterie française, qui importe tant à l'honneur de toute la nation.

» Que sous prétexte d'emmener les blessés, on ne dégarnisse pas les rangs, et que chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu'il faut vaincre ces stipendiés de l'Angleterre, qui sont animés d'une si grande haine contre notre nation.

» Cette victoire finira notre campagne, et nous

pourrons reprendre nos quartiers d'hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France ; et alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi. »

Le soir môme, l'empereur, voulant juger de VeSet qu'avait produit cette proclamation, se rend à pied dans tous les bivouacs pour les visiter incognito ; mais à peine y est-il arrivé qu'D est reconnu par les soldats : les premiers s'imaginent, pour éclairer sa marche, de rouler la paille sur laquelle ils couchaient et de l'attacher comme un flambeau au bout de leurs baïonnettes; mais dès que quelques-uns ont accompli leur dessein, tous les bivouacs imitent cet exemple, et près de 50,000 fanaux ainsi allumés montrent à l'empereur son armée debout devant lui ; tandis que ces flambeaux s'agitaient dans l'air, d'enthousiastes acclamations accueillaient Napoléon sur son passage.

Un des plu^ vieux grenadiéA s'approche de lui, et lui dit, en faisant allusion à sa proclamation : « Sire,

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tu n' auras pas besoin de t'exposer ; je te promets^ au nom des grenadiers de Tannée, que tu n'auras à combattre que des yeux, et que nous t'amènerons demain les drapeaux et ^artillerie de l'armée russe, pour célébrer l'anniversaire de ton eouronnement. »

— Ce sera notre bouquet, s'écrie-t-on de tous côtés.

Lorsque l'empereur rentra à la mauvaise cabane de paille que ses grenadiers lui avaient construite» il dit aux généraux qui l'entouraietit : a Messieurs, voilà la plus belle soirée de ma vie. »

Si les Russes avaient pu être témoins de ce spectacle, sans doute ils eussent perdu de leur jactance, et ils n'eussent point parlé aussi légèrement qu'ils le faisaient de cette armée qu'ils devaient, disaient*ils, anéantir du premier choc, et conduire prisonnière en Russie. Mais la fortune leur devait la terrible leçon qtfils reçurent dans cette occasion. D'ailleurs Savary, envoyé à l'empereur Alexandre, avait été

fVO COKTËS fOCR LBS ËtlFâUfS.

lémoki de la fatuité de leurs jeûnes officiâtes et en tvait rendu compte h Napoléon, qni Iiii-mênié avait reça Faide de camp rilsse Dolgorowki, dont Timpertinenee Feût sans doute indigné si elle ne lai eût bit pitié.

Napoléon, au contraire» ménagea cette sotte cc»ifiance des Russes en leur supériorité. Des démonstrations de crainte et d'embarras furent habilemot ménagées en présence de l'armée ennemie, et le i décembre arriva.

A use heure du matin, l'empereur monta à cheval et parcourut luinméiBie tous les postes, lâ'informant partcmt de ce que les grandVgardes avaient pn apprendre de l'armée ennemie. Il sut que les Misses avaient passé la nuit dans Fivresse, et qu'ils traitàrâvt avec le plus profond mépris le peu d'Autrichiens qui, échappés à b première campagne, leur cGnsellbdetnt un peu de circonspection.

Enfin le solol se leva, et alors commença cette fitinease l;atàiUe que les soldats ont appelé^ long*

temps k bataille de& trois empereurs (Ijf, que d'autres fiommaient la bataille de l'imniversmre^ et qui a gardé le oofu de bataille d'Austerlitz, que Napoléon lui a imposé.

L'empereur, ^tquré de tovis ses fiaafédiau^t attendit que le jour fut tout à &it éclairci pour dQQ<ner ses dentiers qrdres. Biçfttôt les brquiOards flu matin se dissipent, cbacua des maréchaux s'approche de TeBo^ereur, re(ok s^s iastruçtionsj et paît ensuite au galop pour rejoindre son corps, entouré lui-EBème d'un fiQt d'oÇ&ciers et d'aides de ^iqp»

Lannes court pi^eadre le poznmand^mept 4e 4^ gauche de rarinée ; U avait avec lui Suehet et C<a£abrelli. Barnadotbe est appelé à diriger le centre ; les généraux Rivaud et; Drouet commandent sous luL EïïM l'empereur confie la droite de son armée au maréchal Soult, dont le corps d'armée se compose des divisions Vandamme, Saint-Hilaire et Legnmd.

(4)'NBplôOQ^ refflj^rdur 4 'Autriche fit celui éb Ruttiie,

872 CONt£$ POVt^ tE6 Etf^AN^lS.

Murât réunit toute la cavalerie sous son commandement, et se place entre la gauche et le centre.

L'empereur, avec Berthier, Junot et tout son étatmajor, reste en réserve ^vec dix bataillons de sa garde, dix bataillons du général Oudinot et quarante pièces de canon. Bientôt il s'élance lui-même au galop, passe sur le front de la plupart des r^;iments :

« Soldats 1 leur dit-il, il faut finir cette campagne par un coup de tonnerre qui écrase l'orgueil de nos ennemis. »

Au 28« de ligne, presque tout composé de conscrits du Calvados, il dit : « J'espère que les Normands se distingueront aujourd'hui I » H dit au 57* : « Souvenèz-vous que je vou^ ai surnommé le terrible. » Ainsi il enflamme tous les esprits.

' Partout les cris de vive l'empereur ! lui répondent, et le signal du combat est donné.

Aussitôt Soult s'avance et coupe la droite de l'ennemi. Lannes marche sur sa gauche, s'échelonnant par régiments comme dans un jour d^exercice. Murât

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s'élauce avec sa cavalerie. Une canonnoade de deux cents pièces s'engage Siir toute la ligne; deux cent mille hommes en viennent aux mains : c'était un bruit horrible, un choc immense, une épouvantable, lutte. Cependant un bataillon du h^ de ligne se laisse eutbncer par la garde impériale russe à cheval. L^Einpereur le voit : a Bessières, Bessières ! dit-il rapidement, tes invincibles à la droite, a 11 dit, Rapp ce met à leur tête, et en peu d'instants les deux gardes impériales à cheval sont faceà face : ce ne fut qu'un moment. Au bout de quelques minutes, colonel, artillerie, éljendard, tout était au pouvoir de Rapp.

La garde impériale française à pied voit ces exploits et murmure. Quatre fois elle demande à grands cris à se porter en avant, mais l'empereur la maintient, et, malgré leur amour, les grenadiers le maudissentalors. (« Il n'y a jamais rien pour nous, » s'écrie un soldat en pleurant de rage et en jetant son fusil, . '•— Soldats, vous avez aussi votre gloire, restez calrne§! VoUe immpbilité combat et triomphe.

te

ilé CONTES POUlt LES ËNPAlftS.

Bientôt Rapp reparaît le sabre brisé^ coirrert dé poudre et de ftamée; il mène à sa suite le prince Mpnln, quil vient de faire prisonnier.

Cependant, des hauteurs d'Austerlits, les empereurs d'Autriche et de Russie voient la défaite de leur garde ; ils tentent de la faire secourir, mais Beraadotle s'avance à son tour, et la victoire n'était déjà plus douteuse. Le corps de Fennemi, qui avait été chassé de toutes ses positions, se trouvait à ce moment dans un bas-fond acculé à un lac qu'il passait en tumulte sur la glace ; l'Empereur s^y porte avec vingt pièces de canon, a Faut-il les mitrailler? deniand Berthler? — II fout les anéantir, » répemd l'Empereur. Et aussitôt, d'après son ordre, les canons au lieu d'être dirigés sur les troupes, sont pointés sur làglace : ite la brisent pas larges glaçons ou des compagnies entières flottent un moment et s'abtment en ^ suite ; dix mlBe hommes périssent ainsi, pousssmt éliôrribles cfis» maudissant les imprudents souverains qui les ont exposés à la colère française 4

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L'Empereur apprit ainsi le lendemain le résultat de sa victoire à la grande armée :

« Soldats,

» Je suis content de vous; vous avez, à la journée , d'Austerlitz, justifié tout ce que J'attendais de votre intrépidité. Vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de cent mille hommes commandée par les empereurs de Russie et d'Autriche a été en moins de quatre heures ou coupée ou di^rsée; ce qui a échappé à votre fer s'est noyé dans tes lacs.

» Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de trente mille prisonniers, sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie, tant vantée et en nombre supérieure, n'a pu résister à votre choc, et désormais vous n'avez plus de rivaux à redouter- Ainsi en deux rams cette tnàsième coalition a été vaincue et dis-

soute. La paix ne peut plus être éloignée ; ma. comme je l'ai promis à mon peuple avant de passer le Rhin, je ne ferai qu'une paix qui nous donne des garanties, et assure des récompenses à nos alliés.

» Soldats, lorsque le peuple français plaça sm' ma tête la couronne impériale, je me confiai à vovs pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du pnx à mtë yeux. Mais dans le même moment, nos enneoii^ pensaient à la détruire et à l'avilir ; et cette couronne de ter, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m^obliger à la placer sur la tête de nos p^us cruels ennemis; projets téméraires et insensés, que, le jour même de l'anniversaire du couroonenaent de votre empereur, vous avez anéantis et confondoi>- Vous leur avez appris qu'il est plus facile de noib braver et de nous menacer que de nous vaincre.

» Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France. Là, vous

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