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insurgés; le sang avait même coulé, lorsque Henri se rendit prompte ment sur le lieu du combat. 11 manda sur-le-champ devant lui une députation des révoltés; il la harangua avec bonté et dignité, et obtint d'elle et sur l'honneur la promesse de dissiper aussitôt le rassemblement tumultueux et d'engager chacun à rentrer chez soi ; mats la députatiou n'avait pas encore rejoint les insurgés , que Henri apprit qne les paysans attaquaient le* deux compagnies. Il importait beau^ coup au nouveau préfet de ne pas signaler son avènement par l'effusion du sang. On ne peut nier qu'une attaque un peu sérieuse eût facilement mis en déroute une foule d'individus la plupart ivres et qui n'avaient pas la moindre notion de la tactique militaire; les officiers mêmes demandèrent l'ordre de riposter vigoureusement; mais le préfet renvoya la troupe à Liestal, et se rendit à cheval, escorté seulement de six militaires, auprès des rebelles. Il était minuit; on écouta ses explications avec calme; on promit encore d'obéir. Cependant à peine quelques insurgés s'étaient -il s retirés, que d'aulres plus nombreux arrivaient ; ce n'était pas le moyen de voir cesser te désordre. Le colonel Dolder, qui faisait partie de l'escorte du préfet, voulant empêcher les paysans de stationner sur la grande route, se vit attaqué par eux; on tira sur lui et sur f escorte , heureusement sans blesser personne. Henri' ordonna aux soldats de se retirer à Bâle sans commettre aucune violence , persuadé qa'il était que le sommeil triompherait bientôt de la rage des campagnards. Il ne s'était point trompé. II envoya un rapport à Berne sur ce qui s'était passé; il annonça ensuite aux insurgés l'approche de l'infanterie française, en leur ordonnant, sous peine de mort, de remettre leurs armes avant deux jours. Les armes furent remises , et les principaux révoltés prirent la fuite.
Aux frontières de la France } non loin de Bâle , on recom-
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aienca te trafic honteux des blés, qui donna lieu dans la Satsse Italienne à tant de scènes sanglantes; le général français Àmey fit même arrêter les convois de blés aux portes de Bile par des factionnaires apostés. Cette violation inouïe snr k sol helvétique , où l'importation des blés n'était pas défendue , décida le préfet , après avoir fait toute espèce d-ob* servations amicales, à faire arrêter 1rs factionnaires français la première fois qu'ils se permettraient cette illégalité ; et , décidée opposer une résistance énergique, il rassembla tous le* bourgeois en armes sur la place de Munster, sous les fenêtres mêmes du général. 11 les passa en revue , et eut une conférence avec Amey, qui prétendait avoir reçu des ordres supérieurs et avoir demandé de nouveaux avis à Moreau. Cependant les Français cessèrent leurs actes arbitraires.
A partir de ce jour la tranquillité publique ne fut plus troublée, et le préfet» dont la conduite fut d'abord suspectée, jouit bientôt dune confiance illimitée et exerça une influence bienfaisante.
Après la paix de Lunéville il eut la satisfaction de rencontrer ptatieurs généraux français, tels qne Moncey, Loison, ftenumt et quelques autres dont il avait gagné l'amitié pente! les temps orageux, et q*i rentraient alors en France.
Cependant , malgré tous ses efforts pour calmer les paslions» il tit avec douleur les distillantes civiles se prolonger* et il prévit le triomphe prochain de ceux qui, au mépris ta passé , voulaient rétablir tous les abus qui avaient miné la fédération helvétique. S'il pensait lui-même que la sévère unité dans la constitution et une législation générale étaient contraires à 1» nature et au bonheur des différentes peuplades des montagnes * il était bien loin do supposer que l'ancien égdfetne et la puissance arbitraire des cantons pussent éenrir l'indépendance de la Suisse et contribuer à sa gloire H à son bonheur. Mais , ta lutte s'étant de nouveau engagée
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dans la nuit du 27 au 28 octobre 1801 , et le parti vainqueur ayant renversé l'ancien gouvernement et donné les places à tous ses partisans, Henri ne pouvait mentir à sa conscience et se faire le complice d'un pouvoir dont il réprouvait les actes; il donna donc sa démission , qui fut acceptée après quelques observations de pure forme, et il quitta Bâle le 34 novembre 1801.
' Il se retira à Berne, on son ami Reding, premier landamtnann , lui proposa d'aller à Ltmévitle pour traiter, au nom dé la Suisse, dès conditions de ta paix. Il refusa cette offre, désirant à l'avenir renoncer à la carrière politique pour embrasser la vie privée. Pendant l'hiver il se voua au culte de l'amitié et des muses. Au printemps (27 mars 1802) il se rendit à Àarau en compagnie de ses amis Louis Wieland et Henri Kleist A une lieue de; cette ville il loua une partie du château de Bibersteiu sur l'Aare, au pied du Jura , dans un site enchanteur, afin dé pouvoir observer le produit d'une ferme située sous se s fenêtres , de l'autre côté de la rivière, et qu'il se proposait d'acheter. Loin du monde et de ses vains plaisirs, il vivait heureux dans sa retraite, c'était presque un ermite; mais, lorsque dans l'automne un soulèvement général à Berne centre le gouvernement fit redouter les horreurs de la guerre civile, il sut échapper 4ux soupçons de tous les partis en faisant un voyage à Mulhouse et à Thann en Alsace. Napoléon fit promptement justice de cette espèce de levée de boucliers; et sa fermeté assura pour longtemps la paix à la Suisse ( février 1808). ' '
Sur ces entrefaites Henri ue resta pas oisif; s'apercevant que les cantons cherchaient à s'isoler de nouveau, il crut de son devoir d'honnête citoyen d'éclairer le peuple sur ses propres intérêts , et défaire son éducatiou politique. A cet effet il fonda , avec l'appui de tous les hommes de bien de presque tous les cantons, une feuille hebdomadaire qu'il in-
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titula le Messager heltétique (1804). O journal, qui sut à soo débat inspirer l'intérêt général et guider l'opinion publique, a toujours paru depuis cette époque. Aussi le rédacteur, malgré les désagréments de pins d'un genre qu'il éprouva, malgré les tracasseries qu'on lui suscita , le rédacteur, disons-nous, se flatte de n'avoir rien fait de plus digne des suffrages de la patrie. Plusieurs excursions qu'il fit dans les montagnes le mirent à même d'observer le dépérissement des anciennes forêts de la Suisse; il conseilla donc au gouvernement l'établissement d'une administration régulière des forêts. Ce fut alors que la république argorienne le nomma membre du département des forêts (août 1804), en même temps que la commune d'Ueken lui accordait le brevet de citoyen, sans doute afin de lier plus étroitement le citoyen des Grisons à l'Argovie. L'honneur que lut fit cette république, et plus encore l'amour que lui inspira une jolie et vertueuse personne , la fille du vénérable curé Nusperli , sur le Kiichberg, près d'Aarau, changèrent pour lui l'Argovie en véritable patrie. Le voyage qu'il fit à cette époque dans les Pyrénées (25 février 1805) fut une véritable fête nuptiale , grâce aux heureuses dispositions de son ami H. R. Sauerlander, et aux charmants couplets que composa l'aimable poète Hebel.
Deux ans après (1807) Henri quitta Biberstein , et alla se fixer dans sa maison à Aarau , où il obtint le. droit de bourgeoisie, que déjà en 1806 lui avait accordé Beromunster. Au sein de sa famille, an milieu d'amis sincères, il ne' vivait que pour ses devoirs de citoyen, les affaires publiques et les lettres. Rien ne manquait alors à son bonheur; mais il était trop grand pour pouvoir durer : la mort frappa ses deux fils, Guido et Hermann. Ah! laissons-le parler, et recueillons ce qu'il disait à ses amis : « L'homme qui n'est pas marié ne jouit que de la moitié de sa vie; l'homme marié jouit de sa
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vie entière. Cependant ee n'est que l'amour paternel qui lié noire cœur lu monde par des liens invisibles. Ce n'est pas tout ; il faut que la douleur causée par do grandes pertes vienne couronner la vie , et 4 en purifiant et sanctifiant notre essence , l'initier à l'éternité. « Que de philosophie ! que de résignation ! Aussi sa douloureuse ûactuatioueutre un monde idéal et lés contradictions de ta réalité s'évanouit à la fin devant une tranquillité d'âme qu'il devait à ses réflexions.
Né au nord de l'Allemagne , Henri Ait adopté comme fils de la Suisse* U avait donc contrasté vis-à-vis de sa nouvelle patrie une dette ûnoVense à ses yeux. Il se croyait toujours au-dessous de ses obligations : aifcsi- l'a- 1- on vu se livrer avec un zèle infatigable au soin des affaires publiques les pi us diverses; et l'on sait qu'en Suisse les oharges sont presque toutes honorifiques, et exigent le plus souvent de la part de celui qui les accepte de grands sacrifices, tout en l'exposant à une responsabilité sévère. Pendant vingt ans il eut la rr«eetion entière des forêts etdas mine* dans le canton d'Àr* govie. En 1914 il Fut nommé membre du grand conseil , en 1820 membre du consistoire évnngélique et du conseil de ^instruction publique, en 1331 membre du comité de la bibliothèque,, el eu 1823 et 1824 membre de la direction des écoles du canton. U était de plus chargé de l'inspection spéciale de plusieurs écoles de campagne. Il ne voulut jamais refuser un emploi qui avait pour but l'intérêt général» Il donnait gratuitement à des jeunes gens d'Aarau , Soleure , Lucerne et Fribourg, des leçons sur l'exploitation des forêts. Nous nous arrêterions moins sur tous oes détails fort insignifiants par eux-mêmes 9 si nous n'avions en vue de rectifier les erreurs de certaines notices biographiques publiées ailleurs. On conçoit aisément que tant d'occupations diverses ne lui laissaient guère de loisirs pour se livrer sérieusement à l'étude des aeienees et des beuox-arts. Dans son ado-
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leseerçe H s'eat «tuapte è la poésie a* à la pfcileiophie» U fut bien longtemps avant de se connaître lui*méme ; il eoeir prit enfin quelle était sa spécialité* H se fit réducteur île plunews feojttes périodiques qui étaient le miroir fidèle du jour qui les noyait naître.
Bxoisé par la grandeur «laissante de la Bavière sons le règne paeihque du roi paternel Maximilien-Joseph et l'admi- BistraUon de l'excellent Mwtgelas, il composa l'histoire de ce pays» U eeasjjora dix aouties de sa vie à ce travail , pour lequel il rit trois voyages eu Bavière (1919, 1815 et 1«17>, et «procura par mie correspondance continuelle tous les docunehts nécessaires. S'il lui fut permis de s'en rapporter au témoignage des hommes les plus distingués de la Bavière, son travail ne fut pas sans quelque mérite, A son passage à Mtmieh, la roi le monda auprès de lui a Nymphenbourg pour lui Soigner sa bieuveillauee, dont plusieurs années après il lui. donna même des marques flatteuses.
Mais nul pays plus que la Suisse n'éprouvait le besoin d'une histoire -qui fît connaître au peuple les causes de la gloire et de ta chute de la confédération. Cédant aux conseils de ses amis, Henri se décida à publier celte histoire dans le Messager helvétique. Il fut trois ans à accomplir cette tâche, qni ne fnt pas toujours sans ennui pour lui ; car, qnetque facile qu'elle pût lui paraître d'abord, il sentit bien vite qu'il n'était pas aisé d'écrire une histoire qui devait être lue et du savant et de l'homme du peuple : son style était-il trop élevé, trop fleuri, ce dernier ne pouvait le comprendre; mettait-il au contraire son style au niveau de l'intelligence de ce même homme du peuple, le savant dédaignait de le lire. Il devait aussi prendre garde, tout en disant la vérité; de blesser les opinions politiques et religieuses. Cette fois encore il eut la satisfaction de voir son histoire
couronnée d'an plein succès; elle fat même traduite ei
français et en italien. ! .
Dans la suite Henri renonça aux compositions sérieuse) pour s'essayer dans le roman. Ces nouvelles occupations, en récréant son imagination , le sauvèrent de l'ennui de tout* ces petites querelles politiques qui étaient alors à Tordre di jour.
Religieux autant que philosophe , il disait que l'origine divine de notre espèce se Jasse de cette obscurité où l'orgueil et la tyrannie voudraient la retenir : l'histoire des temps passés et la destinée même de notre siècle nous en sont des garants bien sûrs. H disait que qui croyait en Dieu ne devait, en voyant opprimer le droit et la vertu , plaindre que l'égarement de l'oppresseur qui hasarde pour une chose bien impossible le mal possible. Hais l'oppresseur, c'est toujours l'homme de parti , de quelque côté qu'il soit , qui par l'amour du ciel devient un scélérat, par l'amour de la liberté un tyran , et par le zèle du bonheur public un destructeur impitoyable. C'est avec de pareils sentiments qu'il contempla le spectacle imposant des années qui venaient à peine de passer. 11 avait d'abord salué ta liberté naissante de la France avec un enthousiasme sans bornes; et lorsque plus tard il voulut détourner la vue de ce spectacle sanglant, de cette nation dissoute et combattante , alors la pensée l'arrêta : Le siècle, dit-il, vaut mieux devant Dieu que l'an, et l'humauité vaut mieux que l'homme. Il admira les exploits de Napoléon, le plus grand général et le plus grand homme d'jÉUt de son époque; mais, en applaudissant le héros» il n'avait en vue que l'élargissement du domaine divin , qui plane toujours au-dessus des idoles brisées. L'homme conduisit la charrue de fer; mais la main de la Providence jeta la semence dans le sol entr'ouvert.