‹ Contes suissesChapitre 11 sur 159 · XXIV ESQUISSÉ · texte numérisé non relu

XXIV ESQUISSÉ

de petites républiques qui formaient alors le territoire du Tessin. Il fut admirablement secondé par Deuz de Coire, son disciple à Reichenau, et devenu son secrétaire, et par le chef de bataillon Aufdermauer de Schwyz , auquel il donna la charge de commissaire des guerres. Des améliorations , il faut en convenir, devenaient bien nécessaires dans la plupart des prévôtés italiennes, qui portaient encore les marques du joug «que leur avaient imposé des gouvernants faibles autant que corrompus. Dans des sites enchanteurs où la nature étalait ses richesses on ne rencontrait qu'un paysan abruti, superstitieux et cruel. Ce fut alors que le commissaire de la Suisse, comprenant le rôle que lui imposait son titre de dictateur, fut forcé d'opposer la- plus grande sévérité à la foreur populaire. N'appartenant à aucun parti , il n'avait la con6ance de personne; le parti soi-disant patriote lé dénonça comme agent salarié de PAngle terre et de l'Autriche; mais, sans prêter l'oreille aux lâches propos de la calomnié, il sut maintenir ta concorde et la légalité; en séjournant alternativement à Lngano, Bellinzone et Locarno.

Au milieu du tracas de ses fonctions souvent orageuses il reçut une lettre de son précepteur, le vénérable Steinbart de Francfort-sur-FOder. Cette lettre lui causa une satisfaction bien douce. Ce bon vieillard, croyant, sur de faux rapports, que son disciple, fait prisonnier par les Autrichiens, languissait dans une forteresse du Tyrol , avait été sur le point de s'adresser au gouvernement prussien pour obtenir sa délivrance , avec l'intention de se désister en sa faveur de son professorat en philosophie; mais, prévenu par le conseiller ecclésiastique ïrwing que cette nouvelle était sans fondement , il se borna à témoigner à son disciple chéri sa joie aussi vive que sincère.

Afin de concilier le clergé aux intérêts de la république et de l'ordre général , le commissaire ajourna rétablissement

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de la constitution helvétique jusqu'après le paiement des (limes, dont une loi injuste avait privé l'Église. Ce ne fût qu'alors (en août) que les magistrats constitutionnels entrèrent en fonction et qu'ils arborèrent le signe de la liberté avec un grand cérémonial. — Aufdermauer, né à Naples , parfaitement versé dans la langue italienne , proclama au peuple assemblé sons l'arbre de Lugano la liberté et l'égalité. Malheureusement l'avidité sans frein du général Masséna faillit remettre tout en question.

Pendant que la plus grande disette régnait en Suisse par suite de la défense de l'exportation du blé pour la Suisse Italienne, Masséna le fit vendre par ses employés sur les marches de Loearno à des prix exorbitants. Toutes les réclamations auprès des magistrats français et cisalpins contre une telle oppression et une usure aussi révoltante ayant été sans résultat , Henri se rendit en personne à Berne (septembre 1800) pour demander que Ton mît un terme à de (elles exactions. Reinhard le mit en rapport avec Mathieu Dumas, général en chef du corps de réserve français. Il obtint une pleine et entière justice.

Il se proposait de retourner a Lugano; mais le refus bien prononcé des campagnards du canton de Bâle d'acquitter la dime et la contribution foncière, décida le conseil exécutif de la république à le nommer préfet de ce canton. L'exaspération du pétfplc était à son comble, et tout présageait un orage des plus terribles. Henri accepta donc , quoique regret, une place qu'il ne pouvait refuser dans de telles circonstances'. Il n'était que depuis quinze jours environ à Bille, et ne connaissait ni les personnes ni les localités, lorsque éclata (4 octobre) l'insurrection des campagnards aux environs de Gelterkindcn et de Sissach, Deux compagnies d'in* fanteric suisse statieunées anx portes de Liestal et un escadron de cavalerie en étaient déjà venus aux mains avec les

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