VI ESQUISSE
sachant combien ces sortes de notices sont imparfaites aux yeux du lecteur le plus bienveillant , Fauteur ne croit pas hors de propos de dire à son sujet tout ce qui lui paraîtra instructif et capable d'intéresser le public. Il y a plus d'un inconvénient sans doute à se peindre soi-même, car on laisse toujours ignorer si c'est l'abnégation de sa personne , le dépit d'un instant, ou bien l'égoïsme qui a fait entreprendre le portrait; mais, comme il s'agit moins ici de l'homme intérieur que des formes extérieures qu'il revêt, la tâche devient plus facile. L'auteur, comme tous ses confrères } se révèle dans ses écrits le plus souvent à son insu.
Henri Daniel Zschokke nnquit le 22 mars 1771 à Magdebourg. 11 fut le dernier rejeton d'une famille pieuse , riche et honorée. Il perdit sa mère, Elisabeth Jordan, dans la septième semaine de son existence , et resta confié aux soins de Godefroi son père, qui, maître juré des drapiers, agrandit considérablement sa fortune sous Frédéric II , grâce aux nombreuses livraisons de drap qu'il fit à l'armée prussienne pendant la guerre de sept ans. Ce bon père affectionnait beaucoup le jeune Henri, qu'il destinait à la carrière des lettres. Malheureusement il ne put accomplir son projet : la mort le frappa subitement le 18 avril 1779. Henri , devenu orphelin à huit ans , resta confié aux soins de ses frères et sœurs , qui se chargèrent de son éducation. Comme tous les enfants de cet âge, il n'apprécia point d'abord la perte jfu'il venait de foire; mais à une autre époque , lorsqu'il se vit isolé dan* le monde, qui le méconnaissait, plus d'une fois il regretta ses parents , et ce fut toujours les larmes aux yeux qu'il contempla le bonheur de ses camarades qui jouissaient des douceurs de l'amour paternel. Biea souvent, hélas! le malheureux enfant, en quittant sa couche, s'agenouilla dans sa petite loge pour demander à Dieu une seule apparition de son pèrel Étranger au milieu d'iule société dont il aurait
BIOGRAPHIQUE. Vil
fûuIu ép*e aimé, et qui le repoussait; abandonné à lui-même, il acquit cette fermeté, celte indépendance de volonté, et cette haine contre toute espèce d'oppression , qu'il conserva le reste de sa vie.
On l'envoya d'abord à l'école du couvent de Notre-Dame t qui florissait alors sous la direction du vénérable prévôt 11. Roettger ; mais , en dépit du temps assez long qu'il y passa, il n'en retira aucun fruit pour son instruction : anssi déclara- t-on qu'il n'avait aucune aptitude pour les sciences supérieure s, et on l'attacha à une école plus élémentaire. Le vieux chantre Capsius, professeur de la nouvelle classe que suivit Henri , découvrit bientôt son heureuse mémoire , et son imagination parfois trop vive. Il le prit en amitié , et l'initia aux beautés des langues anciennes* Après Capsius, il est nn homme qui eut aussi des droits à l'affection de notre orphelin : c était un vieillard nommé Rrappe , qui avait été marin , nous le croyons du moins, et qui était au service de la sœur de notre jeune enfant. Chaque soir, après son travail , à ta lueur des étoiles , cet ex navigateur, entouré de Henri , de ses neveux et de ses camarades , se plaisait à raconter les voyages des aventuriers les plus hardis , tels que Robeft Pierrots et Robinson Crusoé. Le naturel des récits du Vieillard, le feu qu'il y mettait, échauffa l'imagination de notre pune enfant, qui se crut de la vocation pour la vie aventureuse de Robinson. Il rêva sérieusement au plaisir 4'alier habiter dans une tle de la mer du Su.(|. Afin d'atteinte le but qu'il se proposait, il se livra avec un nouveau zèle à l'étude de l'histoire et de la géographie ; il se mit à rédiger nn album qu'il se nattait de pouvoir bientôt remplir du récit d'événements extraordinaires. Cet album, commencé par l'enfant de douze ans, a été continué depuis et sans interruption, mais sous nn point de vue bien différent, par le Jeune homme et par l'homme fait.