PILIER DE CAFÉ I
tement, — méfiez-vous de Patmosphère surchauffée des estaminets, en hiver ; un chaud et froid, en sortant, et votre affaire est faite, — lors donc qu'il mourut, sa veuve ne lui accorda qu'une quantité de larmes assez raisonnable et fut rapidement consolée. Elle avait de l'aisance, — vingt mille livres de rentes, sans compter la maison de commerce dont la vente produirait une forte somme, — elle venait seulement d'atteindre sa trente-sixième année, et son armoire à glace lui présentait l'image d'une forte brune, encore très appétissante, malgré son soupçon de moustache. Avant l'expiration du délai légal, M mo Râpe caressa le projet de se remarier.
Or, le premier commis de la maison était un certain M. Rozier, bel homme, ancien sous-officier, avec cet air mauvais sujet qui plaît aux dames. Du vivant même de feu Râpe, la patronne, dans sa prison vitrée, regardait parfois avec bienveillance ce
solide gaillard. Veuve, elle le considéra comme un parti très convenable. D'abord, plus besoin de vendre le fonds et de renoncer à des gains légitimes. Le commis était plus jeune qu'elle, soit. Mais l'armoire à glace, la flatteuse armoire à glace, affirmait à la belle droguiste qu'elle pouvait encore être aimée. Et puis, voyons, « Madame Rozier » , cela sonnait mieux que « Madame Râpe ». Et c'était la même initiale pour le linge et pour l'argenterie.
Treize mois après l'enterrement du droguiste, où se remarquait une couronne avec cette inscription : « Les habitués du Café du Gai », la veuve convolait en secondes noces; et, sur l'enseigne de la boutique, au-dessous de la mention : « Maison Râpe » , le peintre en bâtiment eut bientôt fait d'écrire : « Rozier, successeur».
Tout marcha bien, pendant les trois jours de lune de miel, à Fontainebleau. Mais, dès