‹ Contes vrais [microforme] (volume 2)Chapitre 1 sur 39 · MARGUERITE · texte numérisé non relu

MARGUERITE

Je commence par une petite histoire de mon oncle Placide.

J'ai peur qu’elle ne vous amuse guère cependant, tant elle est simple et facile à raconter. Elle est vraie, et c'est peut-être un défaut ; elle ne saurait induire au mal, et c’est peutètre une naiveté . . . aux yeux de quelques-uns.

Mon oncle n’était ni menteur ni grivois. Il

avait bien le mot pour rire ; il aimait la plaisanterie inoffensive ; il donnait un peu dans l’exagération ; mais Je mensonge lui faisait horreur, surtout quand il se montrait nu.

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Au reste, quand il m'a fait ce récit anodin, il arrivait de confesse. Cependant, comme s'il avait eu peur, malgré cela, de me trouver incrédule, il ajouta sur un ton solennel É

l’est vrai comme je te vois là !

Et il me regarda fixement, tout en souriant d'une singulière façon . . .

Il jouchait, mon oncle.

J'y songe, Il ne me voya:t peut-être pas du tout. Son oeil oblique devait tomber sur mon Voisin.

Que de scrments et de promesses on élud2 ainsi peut-être, en obliquant un peu |!

Vous connaissez la route de glaise qui rattache, comme un chaînon d'acier, le deuxième rang au bord de l’eau, tout près du Saut-à-labiche, à la Vieille-ég'ise ? . . . Vous ne la connaissez pas ? Vous n'êtes pas de chez nous «lors. Mais passons ; cela ne fait pas grandchose à l'histoire.

Cette route perce une claire trouée dans le bois sombre, au bout des terres en culture.

L'eau diaphane d’un petit ruisseau la coupe come une épée d'argent. Il coule paresseuse-

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ment, le petit ruisseau, dans un lit étroit, sous les feuillages et parmi les fleurs, au milieu de lä forêt ombreuse ou de la prairie ensoleillée, un peu partout où le caprice Je pousse, Les o!seaux y baignent leurs ailes, et les bôtes à cornes des clos voisins y viennent boire à la file.

En haut de la route, dans une maisonnette noireie par la pluie et la vétusté, habita’t une femme passée feur, bien qu'elle fut, en apparence, dans toute la splendeur d: sa virginité,

C’est que, d’après mon oncle, il aurait fallu une certaine hardiesse pour se gl'ser dans l’intimité de cette espèce de . . . Cherche un mot, lecteur.

tile était assez grande, assez grosse et rudcment ébauchée, Ses bras durs et bronzés pouvaient sembler appétissants quand ils se balaneaient nus le long de ses hanches : Mais au

bout de ces bras s'épanouissaient des mains gercées qui tapaient ferme, Elle avait. des yeux bleus pleins de malice et une bouche large pleine de jurons.

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