PAT
En été, une chemise de toile hardiment échancrée, un jupon de droguet, ridiculement court et un chapeau de païlle démésurément large composaient sa toilette ordinaire. En hiver, elle chaussait des bottes tannées retenues en haut des mollets par des jarretières de cuir rouge, endossait une capote grise agrémontée d’un capuchon, et coiffait un casque de peau de chat muni de larges oreilles.
Elle n’était pas séduisante.
Elle s'appelait Marguerite Leclaire, et nous, les gamins de ce temps-là, nous l’appelions Marguerite-le-boeuf.
Elle n'aimait pas ça.
Pourquoi lappelions-nous a‘nsi ? Pour un rien. Tout simplement parce que, le printemps et l'automne, après les semailles et après les récoltes, clle charroyait du bois de corde ou de l'écorce de pruche, aux bateaux, sur la grève, avec l'intéressant animal qui répond ou ne répond pas à ce nom sonore.
Bien dompté, le boeuf de Marguerite allait à hüue et à dia comme un vieux cheval de labour. Parfois, quand il avait mangé une por-
PES, JP
t'on convenable, et que l’étrille avait lissé son poil roux, il se mettait à courir sur la route avee une rapidité surprenante, et kemblait tout fier des nuages de poussière que soulevaient ses pieds fourchus.
Marguerite passait pour sorcière dans notre canton, et elle se donnait garde de détromper les naïfs. Ce n’est pas une mince satisfaction aue d’être remarqué des siens, et il se trouve des vaniteux qui préfèrent une mauvaise réputation à l'oubli, On les re rurde, on les salue, on les craint, pendant qu'on néglige l'honnéteté commune, et cela leur suffit.
Elle n'avait rien d’aimable et ne soupconnait pas le plaisir d’une bonne action. On évitait de la contrarier de peur d'attirer sa vengeance, Elle pouvait changer en sang le lait pur d’une génisse, faire boiter tout à coup un
cheval fringant, donner une couleur grise et un goût âcre à la meilleure farine de blé, et si un jeune homme voulait se faire aimer d’une jeune fille, il n'avait qu’à lui donner un écu blanc, elle savait où cueillir le moureiller piquant dont le fruit rend amoureux . . .
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Les enfants se cachient dans les talles d'aunes ou derrière les clôtures quand ils la voyaient venir avec son boenf ensorcelé.