DS
“ La persécution commençait, cruelle, impitoyable . . . Nou: fümes traqués comme des fauves. Les uns prirent en pleurant le chemin de l'exil, les autres montèrent sur l’échafaud, eomme des eriminels . . . Des criminels, mes enfants ! ces hommes honnêtes, ces soldats valeureux qui avaient trop aimé leur pays !... Trop aimé, non, on n'aime jJama's trop, même quand on aime jusqu’à la mort ! . . . Demandez au Crucifié.
Le vieillard, ému, resta silencieux pendant quelques instants, puis il reprit :
# Je me tenais caché, depuis quelques jours, à une petite distance du village, dans un bois épais. À part ma famille, un ami, un seul, connaissait ma retraite ; c'était le brave qui avait décroché la carabine de son père pour tuer les despotes . . .
Tomber sur un champ de bataille, dans lardeur du combat, enivré de haine ou d'amour.
c’est bien. Etre fait prisonnier après une lutte sans merei, blessé, épuisé, c’est encore bien. Mais se faire pincer comme un serin, quand l'épée est au fourreau et la fumée des canons
disparue, c’est absurde, mes enfants ! . . . et Je voulais garder ma liberté.
Un jour, je faisais ma prière du mat'n, à genoux sur un tronc renversé, dans un rayon de soleil qui glissait à travers les rameaux. — Car les rebelles priaient comme les autres, et mieux peut-être que les lâches pour qui tous les jougs sont faits, — J'entendis un bruissement de feuilles inaccoutumé. Je me levai, regardant fiévreusement vers l'orée du bois, car c'était de là que venait Je bruit. Je reconnus le froissement des branches sèches, des mousses et des fougères par des pieds pesants. Je crus bien que ma cachette était découverte et J'éprouvai un amer découragement. L'hiver approchait, je ne pouvais pas m'enfoncer loin dans la forêt, Il faudrait sorte de temps en temps pour trouver des aliments et me tenir au courant des choses politiques. Je savais que Ja justice — comme ils disaient — avait mis aux fers plusieurs des nôtres, et je me sentais de plus en plus tr'ste dans ma solitude. Je crois que j'avais même des remords,
mes enfants ! et je sentais le besoin de partager les souffrances de mes compatriotes.
Le silence se fit tout à coup, et Je n’entendis plus que le chant des oiseaux et la chute des feuiiles. Je me dis que j'avais eu peur de quelque renard fripon, ou, peut-être, d’un ours grognard, allant à la curée, et je commencçais à reprendre ma qu étude, quand un pas précipité retentit de nouveau, et presqu'aussitôt, J'aperçus dans le fouillis des branches, la silhouette de mon ami.
—Tu m'as fait peur, m'écriai-je . . .
Quelles sont les nouvelles ? . . . Y a-t-il danger ?
Il arriva. Il essayait de sourire, mais il y avait de l’amertume dans les plis de sa bouche. Il était pale, haletant.
—Ta cachette est découverte, fit-1l . . .
— Découverte ! . . . Comment ? . . . Par qui ?
—Jes Anglais vont arriver . . . Ils arrivent . . . sauve-toi !
—Qui leur a révêlé l'endroit où je me cache ? . . . Le sais-tu ? . . . Ce n'est ni
mon père, ni ma mère, assurément . , . Pas toi, non plus . ,
[Il perdit contenance.
—Îl serait peut-être plus sage de te rendre, balbutia-t-il , . Ils ne te feront certaine:
ment pas mourir . . .
—Et comment le sais-tu ? Pourquoi ce conseil ? Pourquoi n’es-ty pas prisonnier to’même ? .., Ne savent-ils point que tu es un rebelle comme moi ?
—Îls savent tout, fit-il d'une voix sourde. . . Jmpossible de leur échapper . . , Il vaut mieux se soumettre, cela les désarme et ils se montrent généreux.