‹ Contes vrais [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 39 · PRIS PRES ÉPTPRR ERA DR · texte numérisé non relu

PRIS PRES ÉPTPRR ERA DR

—Tu m'as vendu ! m'écriai-je, et tu me livres ! . . . Judas ! Judas ! Judas !

me éntthe rs croi

en 4

—Sauve-toi ; tu peux échapper encore, répéta-t-il, presqu'à voix basie . . .

Et il disparut.

Les limiers saxons arrivaient, Je n’eus pas le temps de prendre mon fusil. Cétait mieux sans doute. Dieu l'a voulu ainsi.

Je fus entouré, saisi, écrasé sur le sol vierge par ces impurs. Îls me mirent des fers aux mains, et me poussèrent, impuissant, et désarmé, devant eux, à travers les grands arbres impassibles. Ils riaient et les oiseaux chantaient.

De nouveau, le bon vieillard fit silence, et l’on eut d't que son regard fauve se perdait dans ce lointain douloureux qu’il venait d'évoquer.

On savait qu’il avait été exilé aux Bermudes avec sept de ses compagnons, pendant que plus de cinquante autres patriotes étaient entassés dans lPentrepont des voiliers et transportés par delà l'équateur, aux antipodes, dans la terre encore presque inconnue de l'Australie . . .

# Mais la liberté germe vite dans le sang

des martyrs, et les grandes douleurs touchent le ciel. Une ère nouvelle commença, Les lois qui avaient été imaginées pour nous perdre devinrent notre bouclier, grâce au dévouement GL à lhabileté de nos hommes d'état, et après quelques années, les pauvres exilés purent revoir leur beau Saint-Laurent, leurs “AM paænes paisibles, leurs foyers bien aimés. L’exil n'était plus qu'un mauvais rêve,

“ Ce que vous ne savez pas, mes enfants !

reprit le vieux conteur, c’est. que mon retour fut douloureux comme mon départ. Je n'avais pas épuisé le calice des amertumes . . . Mon pauvre coeur devait souffrir à son tour des tourments nouveaux . . :

La jeune fille que j'aimais et qui devait être ma femme un jour, n'avait pas eu le courage de lattente, Un lâche l'avait circonvenue, ÏT fui avait fait croire que je ne reviendrais jamais, ou que je serais encore traqué comme un scélérat. TI lui avait dit . . . Ma's pourquoi rappeler ces choses qui ne vous intéressent nullement ? , . . Elle m’oublia. Elle

devint sa femme, à lui, à lui qui m'avait trahi et livré !, ..

Il acheva dans un sanglot.

Un fr sson de colère passa dans nos veines.

— Et le ciel ne l’a point puni ? demandai-je anxieux.

— Le ciel, répondit le vieillard, ne punit pas toujours en ce monde . . . Il ne punit pas souvent. C’est à la mort que les comptes se réglent, mes enfants ! . . . L'homme a pour lui le temps et Dieu a l'éternité . . . Cependant jugez. Eile n’a pas vécu longtemp:, auprè: de ce traître qu’elle méprisait.

Lui, c’est cet homme qui vient de sortir d'ici pour aller dormir dans mon lit . . .

D'eu veuille qu'il y repose bien !

Page 1