‹ Contes vrais [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 39 · ER · texte numérisé non relu

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Jui tiendrait pas compte de cette distraction. Elle savait bien que rien n'arrive sans qu'il le veuiile . , , Elle lappelait bon, misér'cord'eux, juste, Il ne permettrait pas le malheur terrible dont la pensée la désolait si fort en ee nomment . ,..

“ T[te, missa est ”, chanta le prêtre.

Déjä ! pensa-t-elle + + + La messe est finie ! Mais je n'a! pas eu connaissane: de l Agnus Dei ” . . . ni de P Oremus ” ! à Bon Jésus, quelle distraction !

—Allons-nous attendre les vépres ? lui demaada son mari, en sortant de léglise :

Mon Dieu ! non . , Je suis inquiète des enfants. Aïlons-nous-en vite.

IT la regarda curieusement.

Les enfants, tu les ac déjà laissés . . | Avec la petite Pérusse, ils sont en sureté, ,. J'aurais quelqu'un à voir.

— Fa’s comme tu voudra. Je ne sais pas ce que j'ai. C'est de la folie, je crois bien.

Il la regarda de nouv “au, Elle était très pile.

—Tu n'es pas bien, chère femme ; il fallait le dire tout de suite. Allons.

Quand ils arrivèrent, les deux petites filles jouaient avec du sable, au sole:l, devant la porte.

—-Où est votre petit frère ? demanda anxieusement la Jeune mère.

—Nuis pas, fit la plus âgée, en jetant en Pair une poignée de sable qui retomba comme une poudre d’or sur ses beaux cheveux.

Mailame Dubosquet se précipita dans Ta maison. En même temps, la petite Pérusse entrait par la porte de derrière, Elle avait un air consterné.

— Le petit ? demanda de nouveau la pauvre > femme.

—Je le cherche, répondit la gardienne. I était avec les autres, il n'y a pas un quart d'heure, Mon Dicu ! s'écria la malheureuse mère, en se tordant les bras, j'avais un pressentiment !. ..

-- Voyons, chère, il n’y a pas lieu de se désespc"er, observa Dubosquet. Nous allons chercher, Il ne peut pas s’être perdu. ’ Ile l'appelèrent en vain, en vain ils le cher-

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chèrent, Il n'était pas tombé dans le puits Ê le puits était fermé par un couvercle solide. Le ruisseau ne le gardait point dans ses fiques peu profondes, Il n'y avait point de 'aAVINS, et la côte boisée descendait par une pente fort peu raide.

Quelques-uns dirent qu'ils avaient vu, Je malin, voguer, le long des battures, un grand au0t rempli d'hommes et de femines — peutêtre des sauvages.

La pauvre mère voulut mourir. Elle souffit des douleurs indicibles et son existence devint un martyre. La pensée que son enfaut vivait, qu'il allait grandir lon d'elle et l'eublier, la torturait comme un eauchemar audit, Elle aurait mieux aimé qu'il fut mort 1, dans son petit lit blanc. Elle pourrt aller porter des fleurs sur sa tombe : ello pourrait, dans ses longues et tristes nuits, le voir voltiger comme un ange au-dessus de sa tête alourdie !

Dix années passèrent ainsi, La prière et la foi eommencçaient enfin à calmer de leur baunic divin la blessure encore saignante. Le

sourire revenait parfois sur cette bouche qui avait bu tant de larmes . . .

Quand les saltimbanques vinrent p'anter leur tente sur la place publique et se promener dans le village, au son de la musique, avec un singe qui fa'sait des grimaces à tout le monde et passait le chapeau comme un homine, les enfants s’attroupèrent et suivirent en erlant, riant et battant des main« Ils promirent d’être sages, d'étudier, d’obéir, da prier, de se coucher de bonne heure, tout ct que l’on voulut enfin, si on leur permettait d’ailer à la représentation du soir.

Madame Dubosquet céda comme les autres aux instances de ses enfants . . .

— Vous allez voir le prince de l'air, le favori des fées, criait le héraut chargé d>: la réeluine.

Le rideau se leva et un bel enfant de seize ans, blond comme un épi, svelte comme un jiene, souple comme un écureuil, se précipita sur la scène en tournoyent comme un soleil

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avec $Cs paillettes d'or AUX épaules et aux Jambes, grimpa sur Je trapêze et salua Ja foule d'un geste gracieux, Sos longs cheveux que reétenait un cordon d'argent se défirent toùt à coup et retombèrent en boucles soyeuses Sur ses épaules presque nues.

— Pardon, mesdames, fit-il. et SA Voix suave Vibrä comme un fil d'acier, pardon si je #efais ma toilette devant vous.

Et, debout sur la barre acillante, il attacha de nouveau avec le fil étincelant sa chevelure en désordre, Une femme assise au milieu de la salle ne put s'empêcher de dire tout haut À ses voisins qu’elle n’avait Jamais vu de si beaux cheveux. Le jeune acrobate répliqua en SCuriant qu’ils étaient tout de même un peu nuisibles, mais qu'il les gardait ainsi en souvenir de sa mère qui les aimait tant. Et il ajouta avec un profond soupir :

—Pauvre mère ! pauvre mêre ! , ,.

Üne voix d'homme, une voix de vieillard demanda, tremblante et forte :

—Ést-elle morte votre mère ?

—-Je ne le sais Pas, répondit le jeune gars,

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il y a dix ans que J'ai été enlevé à son amour.

—Tais-toi ! gronda quelqu'un, derrière le rideau.

Le vieillard s'était approché de l’estrade et fixait l'acrobate d’une facon étrange, cherchant à faire revivre des traits effacés, peut-être , ..,

Tout à coup, une femme se leva, criant d'unc voix déchirante où la crainte et l'espoir vibraient également fort

— Mon Dieu ! si c'était mon enfant, mon petit Albert-Victor ! . ..

Et brisée par la violence de l'émotion, elle s'afluissa sur son siège,

Le jeune acrobate sauta du trapèze et s’avança au bord de la scène. Il était pale et agité :

—Aïbert-Victor ? dit-il tout angoissé . . .

Je m'appelle Albert-Victor.

Et le vieux Piquefert, de plus en plus troublé :

— Je souviens-tu de grand père Baltha- BAT Lo à

—-Qui m'emmenait à la pêche dans un grand canot, ajouta l'enfant.

petit fils !. . . et il fondit en larmes.

} mn OÙ u — Mon petit fils ! elama le vieillard, mon Dubosquet, écartant tout le monde, s'était

précipité en avant, les bras tendus :

-— Mon enfant ! C'est mon enfant ! eriait-il. | Il escalade la rampe, prend 1 gars dans ses

bras, je couvre de baisers et. vient le déposer

sur les genoux de sa mère, qu: rit et pleure

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à la rois, dans le délire de sa félicité.

Le tumulte était grand. Tout le monde voulait voir, On montait sur les chaises et sur | y les banes ; on riait, on pleurait . . .

Le directeur de la troupe imposa $ lencee,

— Nous sommes heureux, dit-il, que notre jeune élève ait retrouvé sa famille, IT n'était pas né pour la scène , . . IT fera son chemin dans une carrière plus modeste et moins aceidentée . . . La représentation va continuer.

Vous allez voir ma'ntenant les prouesses d’un singe qui mériterait d’être appelé homme, tant il a de ressources dans son sae . . . T1

doit descendre de quelque fils d'Adam égaré dans les forêts du Congo . . .

Tout le monde sortit.

Le jeune acrobate d'alors, c’est le vieillard

d'üujourd’hui , , , Le voici qui revient. Vous

prendrez un verre à sa santé, ça lui fera plaisir . .

—Et à la vôtre . . Madame.

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