‹ Contes vrais [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 39 · TE È ER · texte numérisé non relu

TE È ER

les oiseaux qui souffrent ne chantent pas, et 1 : L]

l'homme seul peut trouver la consolation en chantant ses douleurs. Il a le souvenir et l’es-

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pérance ; il a surtout son âme et Dieu.

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l'out à coup, dans le lointain de la forêt, un \ |: gémissement prolongé s’éleva. Nous nous

regardâmes un peu surpris et la même parole nous échappa,

—Le hibou !

Nous l’'écoutâmes avee émotion, Il ululait d’une voix lugubre, et des échos non moins lugubres lui répondaient des bords escarpés de la rivière,

—Je ne sais pas s'il est réel, celui-là, fit Célestin en se levant.

Et ses regards demeurèrent longtemps fixés vers l'endroit de la forêt où se trouvait jadis là maison hantée, et l'on eut dit qu’il revoyait une horrible scène du passé,

Nous nous éloignämes de la mare dormante et des trembles palpitants. Sur la route quelques charriots passaient, chargés d'écorce de pruche pour les tanneries.

— Et ta fortune, demandai-je À mon ami, d'où vient-elle donc ? I] me tarde de le savoir.

—Ï na tenu qu'à toi, mon cher, de la partager, me répondit-il.

Pendant que je me plongeais dans l’étonneincnt, il continua.

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—Te souviens-tu que je t'ai dit en sortant de la masure : % Veux-tu revenir demain ? ?

et que tu n'as répondu : “ Merci bien, j'en ai assez. ? T'en souviens-tu ?,.. Je voulais en avoir le coeur net, de cette apparition... Je n'étais pas très rassuré, cependant, et je sentais des frissons courir sur mon épiderme, Je ine disais, pour soutenir mon courage, qu’on n’a jamais vu les morts faire du mal aux vivants. Il fallait y aller bravement, et ne pas se laisser effrayer par les cris, les plaintes ou les rires d’un fantôme, Et, s'il y avait de l'or, comme je serais récompensé |!

—Et tu t'en es allé seul, le matin, fouiller cette cave maudite ?

—KSeul, sans doute. Au reste, que feraient dix hommes contre un spectre ?

“ Je partis en voiture dès les premières lueurs du jour. Je ne voulais pas éveiller la curiosité. Le monde jase toujours assez. J’apportais une bêche, une pioclie, une hache. Je m'étudiais à demeurer ferme... Des rires, des cris, des plaintes, cela ne fait pas mal, que je me disais toujours...

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Je ne rencontrai personne. Mais quand je passai devant Ta maison d'Alphée Gagnon, tout près du bois, 1: vieux Elisé: rentrait d'une joyeuse sauterie, le violon sous le bras.

— Où vas-tu si matin, me cria-t-il 4

— Faire danser le diable... Et toi, d'où viens-tu Ÿ

— De faire danser la jeunesse...

[Il me dit autre chose, mais mon cheval trottait dru, mes instsuments da fer sonnaient fort, et je ne compris pas,

Je cachai mon attelage à cinquante pas du chemin, sous les broussa Iles, et, mes outil: sur l’épaule, je me dirigoai vers la maison hantée, Vrai, le coeur me battait vaillamment, Je me disais, pour me rassurer, que l’on n'eatendait rien, peut-être, durant le jour, La lumière, ea dissipe bien des mystères, et les ténèbres, ca cache bien des superchories, Et puis, le: trépassés ne sont peut-être pas libres de laisser comme cela à chaque instant leur nouvel emploi, pour venir ennuyer les vivants.

Le vieux plancher craqua sinistrement sous mes pieds. La porte de la cu'sine était fermée :

nous Îl'avions laissée ouverte, si je me souviens bien. |

—Je ne sais,dis-je, en Vinterrompant, je sortis le premier, sans regarder en arrière, Je pensais à la femme de Loth.

—J’ai toujours admiré ta prudence... et ta galanterie, fit-il d’un ton sareastique, et il continua :

Je fis tourner la porte sur ses vieux gonds rouillés, et je me trouvai devant un feu de cheminée qui flambait à merveille,

— Diable ! pensai-je, il y a quelqu'un

Te le dirai-Je ? Je crus un moment que c’était toi... Que J'étais devancé... joué.

J’appelai, rien ne répondit, Je m’approchai du foyer. La flamme montait sans pétillement et sans chaleur. Il n’y avait qu’un peu de cendre sur la pierre... Je ne pus me défendre dun grand saisissement, et je compris que la lütte allait être sérieuse.

Je fis le signe de la croix et le feu myitérieux s'éteignit aussitôt. Cela me rendit le

Sr,

= nana.

Courage. Avec ma bèche, j'enlevai ]a cendre et mis à nu la large pierre de l’âtre, Alors, j'entendis derrière moi un bruit de pieds lourds qui tombaient en mesure sur les planches vermoulues, comme dans une ronde infernale. Je ue détournai vivement et ne vis rien.

Je voulus reprendie ma besognie hardie, mais la cendre maudite était revenue sur le foyer, et elle paraissait rouge de sang maintenant. Je sentis un accès de colère me monter au cerveau. Je saisis ma hache et me mis à frapper de grands Coups Sur la pierre plate qui forma:t le fond de la cheminée, Je n'entendis pas résonner la p.erre, mais J'entendis des cris épouvantables, Cumme doivent en pousser les malheureux qu’on assassine, Je ne me laissai pas effrayer. Une espèce de fureur me possédait et je ne Craignais ni Dieu ni diable...

La pierre se fendit et j'en tirai les mor- CEAUX, avec ma pioche, C’est à dire que j'en tirai un morceau ; les autres tombèrent dans une cavité noire, étroite, horrible, Qu’'y avait-il là ? Je ne pouvais voir. Une clameur stridente

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monte de ee cachot obscur ; j'entends un dliquetis d’ossements secs qui paraissent se chercher et s'unir ; puis un spectre blane, petit comme un rachitique, avec des trous noirs à la place des yeux, du nez et de la bouche, m'apparaît tout à coup. Je recule d’épouvante,

— Pourquoi me troubles-tu dans mon enfer, vocifère-t-1l, de sa bouche sans langue ni lèvres ?

L'assurance et le sang-froid me reviennent à cette question :

—Qui es-tu ? lui demandai-je.

Tous ses os trépignèrent et claquèrent comme des castagnettes infernales.

— Parle, au nom de Dieu...

—Babylas, l’hôtelier...

—Babylas ?... Un grec ?...

—On m'appelait ainsi, mais j'ignore où j'ai vu le Jour.

— Et pourquoi es-tu dammné ?

— Pour avoir tué et volé.

—Quel est ton supplice ?

—Je compte mon or jusqu’à la fin de l'éter-

nité, avec des mains rougies qui laissent tom-

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