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Marcel écr vit à Héloïse :
“La mort ne nous fait point peur, Ceux qui nous tueront seront plus À plaindre que nous, car ils seront maudits, un jour, et nous, un jour, nous serons bénis... La liberté fleurira sur nos tombes... Les tyrans auront peur d’une autre révolution ..Ïls nous rendront nos droits peu à peu, et nous de iendrons forts... Il faut que nous luttions... C’est sous le marteau que le fer se durcit... Il faut que nous soyons unis, si nous voulons devenir grands parmi les autres. Il faut aussi que nous nous affirmions. La soumission aveugle prépare au joug. L’esciavage est le ch4timent des peuples lâches...”
Des bribes ardentes qu’il avait probablement retenues des discours de Papineau ou de Nelson,
Il ajoutait : |
“Nous n'avons pas assez de fusils.
Nous n'avons pas d'argent... Nous serions deux fois plus nombreux, si l’on pouvait donner des armes à tous ceux qui
en demandent, Il] Y a beaucoup de patriotes qui n’ont que des fourches et deg faux pour attaquer ou se défendre. Moi, Comme tu sais, j'ai le vieux fusil de grandpère. Il n’a Pas coutume de rater ; et gi je puis casser une tôte de chouayens avant -.. de le passer à un autre, je mourrai content. Prie pour moi.”
À quelque temps de Jà il se répandit Chez nous un bruit singulier, Personne .ne voulait y croire. Héloise, la fière Héloïse,, comme on l’'appelait, oubliait déjà le petit Poudrier, et se mariait avec le veuf naguère repoussé,
— Bah ! disait-on, elle ne pouvait longtemps résister à Pappât de l'argent...
Elle n’attendait que léloignement de Marcel... Les absents ont toujours tort ...Maintenant il Wavait plus, le mal.
heureux garçon, qu'à se aire embrocher Par une épée anglais. cela raudrait
autant que de revenir pour être témoin du triomphe de son vieux rival.
Alors Marcel, soldat dans l’armée des patriotes, à Saint-Denis, reçut une lettre un peu mystérieuse.
— Mon cher Marcel, disait cette lettre, moi aussi je suis capable de sacrifices. Tu m'as appris comment il fallait aimer gon pays... Tu l’aimes jusqu’à la mort sur le champ de bataille, moi je l’aime jusqu’au martyre pendant toute la vie... Dans quelques jours je t’enverrai autant d’argent que tu en voudras pour acheter des armes... Dieu et patrie !
HÉLOïsE.
Des armes ! murmura Marcel, et un souffle d’ent!'ousiasme lemporta un instant loin de la froide et triste réalité.
Il vit apparaître devant ses yeux éblouis, comme un rideau mouvant, une file ondoyante de fusils meurtriers et d’étincelantes baïonnettes. Ja surprise et la joie allaient être grandes parmi les soldats,
et les chefs Proclameraient son nom avec orgueil, en face de tous les patriotes. ..
— “Moi, je laime jusqu’au martyre Pendant toute Ja vie... Il rétomba des hauteurs où l'avait enlevé un premier élan généreux. Que signifiaient donc ces paroles solennelles et amères ?...
D'où viendrait cet argent béni ?.,., I] se mit à creuser Je sens de ces paroles, à chercher la main prodigue qui allait s'ouvrir ainsi, Tout à coup une angoisse profonde étreignit son. âme. Maïs le clairon sonna l'appel, un appel! ardent, et la cloche se mit à tinter Suppliante et grave dans le clocher. Des hommes accouraient, traînant un vieux Canon, d’autres s’alignaient, le fusil au bras, Il courut prendre place dans les rangs, et ne songea plus qu’à délivrer Ja patrie de son douloureux esclavage,
Gore arrivait à Saint-Denis: Gore avait vu la trahison de Waterloo, et il était prêt à river les fers de la colonie fran-
Guise, Il allait passer comme un torrent sur cette contrée audacieuse, et les insensés qui avaient osé lever la tête et jeter le défi à leürs maîtres, seraient anéantis à jamais, C'était son espoir,
Nelson choisit ceux qui étaient les mieux armés, et les mit en embuscade sur 1n route du colonel ;anglais, dans une maison de pierre. Marcel était entré l’un des premiers, Papinean se trouvait là. O’Callaghan aussi. Ils vovlaient se battre, se faire tuer pour la cause sainte,
mais Nelson ne le permit pas. Leur mort eut été l’anéantissement de toute espérance. Ils devaient vivre ; Papineau surtout, car il était la lumière qui éclairair le peuple, le souffle qui renversait la tyrannie,
Gore vint se briser honteusement contre le faible rempart des insurgés, Markham, le bouillant capitaine qu’il lança contre une distillerie où s'étaient cachés quinze patriotes résolus à mourir, Markham, à son tour, fut vaincu. I] tomba couvert de blessures, ;
Ah! si les patriotes avaient eu des armes, S'ils avaient eu des chefs, s'ils avaient eu, surtout, la permission de se faire tuer pour nne cause grande et sainte, la victoire de Saint-Denis n'aurait été que le prélude d’une série de victoires, et les héros qui sont montés sur l’échafaud auraient été portés en triomphe sur les épaules de leurs concitoyens !
Pleins d'espoir, grisés par le SuUCCès, n08 valeureux soldats voulurent poursuivre leur marche glorieuse, Ils ge dirigèrent vers Saint-Charles. Ioi les attendait un don'oureux échec. Ils furent écrasés par le nombre,
Les champs désolés burent lentement le Sang de nos braves. L'heure de la délivrance n’était pas encore Sonnée, Cependant le Sang versé fut comme une semence mystérieuse, où germèrent des espérances nouvelles et des idées généreuses, Les patriotes que la mitraille avait épargnés regagnèrent tristement leurs foyers,
LEZ
Marcel s’en revenait meurtri et légèrement blessé, Quelques-uns de ses com- Pagnons cheminaient avec lui, les pieds alourdis par lo fatigue, la tête penchée sous le poids des chagrins ; d’autres, moins heureux encore, ne reviendraient jamais, Côte à côte dans une même fosse, ils’ dormaient le sommeil des martyrs au cimetière de Saint-Charles.
Ils arrivaient. A quelque distance, un bouquet d’arbres gris fermait la route comme un large rideau, et ge prolongeait en ligne sombre et tortueuse à travers les prairies nues, Une trouée sinistre ouvrait ces arbres sans feuilles, et, au fond, à une grande profondeur, son: les replis obscurs de la falaise, un ruisseau coulait parmi les cailloux, dans une bordure de givre, étincelante comme une dentelle d'argent.
D'un côté, le chemin descendait, en tournoyant, jusqu'à un petit pont de bois, de l'autre il montait un escarpement raide,
— Enfin, nous arrivons, fit Marcel en
Poussant un long soupir, voici Ja côte à Boisvert,
Les autres relevèrent la tête et sourirent,
— Si nos Pauvres ami étaient avec nous ! reprit Marcel,
— La n’ont Pas eu notre bonheur. ré pondit une voix.
Ils descendirent la côte et s'arrêtèrent Un moment sur le Pont, comme ils faisaient enfants, pour regarder, appuyés au garde-fou, l'eau noire qui passait toujours, Tout à Coup ils entendirent une clameur, Un moment après retentit, sur la rout:!, Je galop d’un cheval] emporté. En face d'eux :
la côte s'élevait dénudée, à cause d’un ébouli qui s'était fait pe”dant le dége] du printemps, et Je Chemin longeait l’arête de la falaise avant de s’enfoncer, par la si.
rale sablonneuse, jusqu’au petit pont du ruisseau,
Un attelage passa comme un trait.
Deux hommes se camponnaient à ]1a voi.
ture : une calèche à la chaise massive,
[x n'avaient pas osé se jeter en bas tant l'allure était rapide, Maintenant île atteignaient un endroit dangereux, Une roue effleurn le vide, mais elle ne tomba point, et le cheval s'élançn dans la côte tournante, Tout disparut aux yeux des jeunes gens effrayés,
Quelques secondes seulement s'écoulèrent et un bruit étrange sortit de ln route cachée, C'était un choc violent, un craquement de bois qui se fend, un sanglot d'homme et de bête qu'on assomme, Les Patriotes accoururent au lieu de lac.
cident. Le cheval se débattait, embarrassé dans les bandes du harnais et les débris de la calèche, L'un des hommes se releva, il ne paraissait pas avoir de blessures graves ; l’autre restait immobile, la face contre terre.
— André Mathurin ! s'écrin Marcel, à la vue du jeune homme qui se remettait sur piad en se tâtant les côtes.
— André! firent également les autres,
Et lui, André, tout abasourdi par le
choc, #e mit à regarder ceux qui vennient ainsi à lui tont à coup,
Tiens : Marcel !. .. Tiens! Frin Sois !.,, et Lazare ?. . th! mes amis, Je l'ai échappé belle! Je crois que ce Pauvre Augustin Lefonré s'est tué, Il ne bouge pus,
— Augustin Lefouré » reprit Marcel], fort étonné, Et ils s'approchèrent du malheureux, toujours immobile sur le sol gelé,
— Où le conduisais.tu done ? demanda Pun des volontaires,
Avant qu'André Mathurin put ré.
pondre, plusieur Voitures arrivèrent,
s'arrêtant tour à tour dans ln pente de ]n côte, à l'endroit fatal.
— Est-il mort * criait-on. Est-il sans
connaissance seulement ?,,,. Tu n'as Pas trop de mal, toi, André ?... Tiens !
les patrioies !... quelle rencontre ! Vaut mieux tomber sur le champ de bataille que dans cette affreuse côte...
On releva le malheureux Lefouré. Il
avait du sang dans les cheveux, dans les narines, dans les oreilles, dans la bouche.
Il ne donnait plus signe de vie. Le cœur ne battait plus.
— Dites aux femmes de ne point descendre, ordonna quelqu'un.
— Surtout, que la mariée ne vienne pas, ajouta un autre,
— La mariée ? demanda Marcel, un peu angoissé,
— Oui, ton ancienne... Héloïse,
—Héloïse !... Héloïse !.… répétat-il d’un ton amer, et inclinant la tête, il remonta la côte à pas lents.
Augustin Lefouré fut porté dans la maison de José Auger, son ami, à deux pas de là, et il eut une tombe pour lit nuptial.
Les gens de la noce s’en retournaient en devisant tristement, eux qui, l'instant auparavant, s’en venaient en jetant des éclats de rire, en éparpillant des couplets badins. Marcel Passa près de la voiture où se trouvait la fiancée. Il ne leva pas
les yeux. I] éprouvait un mortel serrement de cœur, et, poussé ‘par cette invincible besoin de faire quelque chose pour dissimuler son affaissement, machinalement il changea son fusil d'épaule, et allongea le pas.
Une voix surprise et profondément émue laissa tomber, comme involontairement.
— Marcel ! Marcel !
Il ne se détourna pas.
Héloïse, dans un élan de patriotisme, avait, à l’exemple de Marcel, sacrifié son amour et son. bonheur. Elle épousait Augustin Lefouré, le veuf riche et vieux d’abord repoussé. Mais elle l’épousait à la condition qu’il mit, dans la corbeille de noce, une large somme d'argent : cet argent serait dévosé sur l’autel de Ja patrie, et les rebelles auraient des armes.
Le bon Dieu qui, dans ce temps-là, protégeait encore les amours et quelque fois les amoureux... les dévouements, je veux
dire, le bon Dieu sourit au sacrifice, mais ne voulut pas qu'il fut consommé.
LEE
Héloïse est libre de nouveau, et de nouveau, Marcel a repris le travail ardu mais calme des champs. Ils vont se rencontrer au réveillon de Noël, chez un ami de leurs familles, Est-ce un piège tendu à leur amour ? Je le crois. Leur âme, encore toute remplie des échos divins de la grande fête chrétienne, vibrera comme ces
lyres merveilleuses où passent les brises chantantes du soir. L'heure est bien
choisie pour la réconciliation...
Vous qui aimez ; vous qui nourrissez dans vos cœurs purs des sentiments nobles ; vous qui avez souffert à cause de vos tendresses profondes, et qui mettez votre plaisir à répanure la félicité autour de vous, jeunes filles douces et constantes, jeunes garçons francs et loyaux, qu’auriez-vous fait à leur place ?
Ce que vous auriez fait, ils l'ont
fait. Ils ont passé une longue vie ensemble à travailler et à prier, à souffrir et à chanter, à espérer et à aimer. Et c’est lui, l’heureux vieillard qui s'échappe par la route ensoleillée pour aller, une dernière fois,. déposer son honnête bulletin dans la boîte discrète, Et c'est elle, la vertueuse vieille femme, qui demande, d’une voix un peu goguenarde, s'il sait bien pour qui voter.
— Si je sais pour qui voter ? — répliquet-il en brandissant sa canne comme il eut fait d’un étendard — si je sais pour qui voter ?... Hourra pour...
Une bouffée de vent emporta le nom qu’il allait dire.
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Voyage autour d’une bibliothèque
ustrations de Jobxon Paradis,
C'était le soir. C'était un de ces soirs divins que parfument les fleurs blanches des pommiers, plantés le long des routes, comme pour faire naître le désir dans l’âme des Eves nouvelles qui passent parmi nous, ,
Sept heures sonnaient à toutes les horloges d’allure régulière et de tempérament réglé; mais ici, le timbre vibrait joyeux et dru, et à, ses notes semblaient tristes dans leur lenteur. On eut dit que la vie était rapide en certains endroits, moins pressée de finir en certains autres. J’aime mieux le marteau qui frappe lentement
les heures de mon existence ; il me donne le temps de songer au dernier coup.
Je descendis sur la rive de notre fleuve aimé ; j'avais besoin d'être seul, car je souffrais. Une inquiétude profonde troublait toutes mes joies, et je regardais l'avenir avec effroi. La mer montait, calme, sans bruit, mais implacable comme la mort, et tout disparaissait, sable d’or et cailloux gris, sous un voile éclatant de lumière, Le soleil, en effet, apparaissait alors sur une des cimes bleues des Laurentides, comme un ostensoir céleste sur l'autel du sacrifice. Des nuages blancs, bordés d’une dentelle de feu, s’élevaient mollement comme l’encens du sanctuaire, Et mon fie. bercée par la foi, montait comme eux vers le Dieu trois fois saint qui fit le monde si beau. Je me laissai tomber sur les feuilles et les mousses nées avec le printemps. Une grive solitaire se mit à chanter au-dessus de ma tête, en regardant les flammes du couchant ; un souffle tiède passa sur mon front brûlant,
et mes esprits s'envolèrent je ne sais où...
Alors un homme s’approcha de moi, Je l'avais vu déjà, et plus d’une fois il m'avait aidé de ses conseils Paternels. Ses yeux avaient les éclairs du génie, sa lèvre nue, Un peu dédaigneuse, souriait avec douceur, sa tête noble s’inclinait légèrement vers l'épaule, Il me tendit Ja main et me dit :
— Venez !
Je les suivis. De temps en temps je me détournais pour regarder la férie du
soleil et de l'onde, s'unissant dans un baiser de feu.
— Je ne vous arrache pas à la poésie, dit-il encore, mais j'ai pitié de vous et je vous sauve,
Et, quand nous eûmes longtemps marché par les chemins devenus sombres, il me fit entrer dans une demeure étrange où tout le monde venait, mais où personne n'avait son foyer, Nous traversâmes de longs corridors, et ceux qui nous rencontraient se découvraient en faisant de pro-
fonds saluts. I] souriait à tout le monde, et tout le monde Paraissait l'aimer, Il ouvrit une porte rouge et, me poussant dans une pièce immense, il me dit en riant :
— Poète, voilà tes amis désormais,
La pièce, c'était une bibliothèque, les amis, c’étaient des livres. Un trouble singulier s’empara de moi, et j'étais ému jusqu'aux larmes, Il me semblait que tous les livres étalés sur les rayons bordés d’une dentelle rouge, me regardaient avec
curiosité et m'interrogeaient, Je ne Pouvais surmonter ma timidité naturelle, et j'allais implorer le secours de mon bienfaiteur, quand un bouquin ridé, poussiéreux, s’ouvrit de lui-même et me fit lire, sur ses pages jaunies, ces Paroles remplies de sagesse :
— Choisis pour ton ami l’homme que tu connais le plus vertueux, ne résiste point à la douceur de ses conseils, et suis ses utiles exemples,
C'était Pythagore qui parlait ainsi ;
Pythagore, le plus extraordinaire des philosophes et le plus insatiable des savants de l'antiquité ; Pythagore qui découvre le carré de l’hypoténuse, qui ‘enseigne le premier que l'étoile du soir et celle du matin sont le même astre, qui tantôt précède le lever et tantôt le coucher du soleil; Pythagore, l’apôtre de la métempsycose, qui sauvait un malheureux chien des coups d’une bande d'enfants crues, en déclarant que l’animal était un de ses anciens amis; il le reconnaissait à la voix,
C'était Pythagore, qui, faisant dans un discours public l'éloge de la vertu, s’ex- Prima avec tant d’éloquence et toucha si profondément les cœurs, que les femmes les plus richement parées Coururent déposer dans le temple de Junon leurs bijoux les plus précieux. Quelle parole, aujourd’hui, pourrait opérer semblable merveille ?
Je crus qu’il allait commencer une de ces harangues admirables, qui sauvaient les Crotoniates de leurs ennemis et d’eux-
mêmes, et je prôtal l'oreille, Mais alors, Une voix montant ausai des profondeurs de l'antiquité, se fit entendre pleine d'avertissements, C'était la voix de Rias, Un autre sage ; de Bias qui croyait à uu Dieu unique, mais ne voulait pas que l’homme raisonnat sur l'essence de Dieu ; de Bias qui, après le siège de Priène par Oyrus, alors que les vaincus se retiraient avec le butin qu'ils pouvaient porter, sortit de la ville les maine vides, disant qu’il emportait tont.
Or, là voix de ce philosophe répliqua :
— Avec ses amis il faut agir comme sils devaient être un jour nos ennemis.
Et d’autres voix, éveillées par les pre.
mières de leur silence profond, montèrent de tous ces livres anciens pour m’instruire et me guider, C’était Confucius, le grand législateur de la Chine, qui disait :
— Avertissez avec douceur votre ami qui s’égare. Si vos soins sont inutiles, ne vous rendez pas ridicules par une vaine importunité.
Isocrate, le seul disciple de Socrate qui 984 paraître en deuil après la mort du maitre ; Isocrate qui murmurait :
— Vous connaîtrez vos amis à l'intérêt qu'ils prendront à vos diagrâces, et au zèle qu'ils montreront dans vos détresses,
Puis, des voix plus jeunes : Saint-Fvremond, Madame du Deffand, de Chesnel, La Rochefoucauld, Et les livres d’où sortaient ces Paroles, intéressantes, sembldient s’agiter sur les tablettes et se donner la réplique.
— Ï n’y a rien qui trouble si fort le repos que les amis, si nous n'avons pas assez de discernement, Pour les choisir, disait le premier,
— Les vieilles Connaissances valent mieux que les nouveaux amis, affirmait Madame du Deffand.
Et de Chesnel répliquait :
— C’est aux deux extrémités de la vie <u’on est le plus sensible à l'amitié,
Puis, d’un ton goguenard, et comme pour égayer un brin la conversation, La Rochefoucauld ajoute :
— Ce qui fait que la plupart des femmes sont peu touchées de l'amitié, c'est qu'elle est fade quand on a senti l'amour,
A ce mot d'amour, un frisson passa sur tous les livres, Quelques formats légers dégringolèrent de leurs casiers, en haut, Pendant que, en bas, des in-folios s'entr'ouvraient , lentem at. Puis il y eut, parmi Jes maîtres de la pensée, comme un fen d'artifice de brillantes paroles,
— L'amour est plus Lardi que la haine, dit l’un,
— On ne connaît Ja force de l'amour qu'au moment où on! l’éprouve, fit un autre,
Puis un autre encore, un infortuné peutêtre :
— L'amour nous trompe presque toujours.
— Îl n’y a guère de gens qui ne soient honteux de s'être aimés quand ils ne s'aiment plue.
C'était de La Bruyère qui faisait cette remarque,
Il me tendit lu main et me dit
La Pochefoucauld répliqua :
— Quand nous aimons trop, il est malaisé de reconnaître si on cesse de nous aimer.
Puis il ajouta :
— On est quelquefois moins mulheureux d’être trompé de ce qu’on aime que d’en être détrompé.
Un blasé s’écria :
— L'amour est une passion plus utile au théâtre qu’à la vie des hommes,
Et Madame du Deffar 1 :
Les imaginations vives aiment mieux de loin que de près.
Celui-ci observa :
— L'amour est comme la fortune : il est moins difficile de lacquérir que de le conserver, )
Un autre, un in-quarto pratique, sous Sa peau de chagrin :
— L'amour platonique n’est qu’une imposture...
— Malheur à la femme candide qui se laisserait prendre à un tel piège...
Un loustic juché haut lança ce proverbe :
— L'amour apprend les ânes à danser.
Mon Mentor, redcutant sans doute les suites de cette causerie, à cause de mon inexpérience et de ma curiosité, m’invita à marcher encore, Je m'éloignai avec peine, à pas lents et l'oreille grande :
ouverte aux échos de l’amour.
— C'est ici, me ditil, en me montrant des centaines de volumes au dos uniforme, c’est ici l'arsenal politique, Ici les candidats passés, présents et futurs viennent chercher des armes. Ici les lutteurs de la parole, en temps d'élections, trouvent ‘tout ce qu'ils veulent pour accuser et s’excuser, C’est un pandémonium légal. ‘Ces volumes s'appellent “statuts ” et “journaux.” Cest le recueil de la sagesse ou de l’ingéniosité de nos législateurs. Toute leur pensée est là. Le difficile, c'est de l'y découvrir. Là se trouve le droit de créer et de détruire, de me vendre et de vous acheter ; d’em-
Prunter et de ne point rendre, de taxer le Peuple et de le faire payer. C’est la preuve ‘: la richesse de la nation... ou de sa ruine. Le second volume amende le premier, le troisième amende le second, le quatrième amende le troisième, et ainsi jusqu'à la fin. — Ceci avec cela — I] montrait les journaux que l’on est convenu d'appeler politiques, littéraires, industriels et cætera — Ceci avec cela forme une source de renseignements où tons
les travailleurs de Ja plume viennent puiser. Ce qu'ils Y trouvent ressemble à la manne biblique, en ce sens que cela prend toutes les couleurs et tous les goûts, selon le caprice ou l'appétit d’un chacun.
— Nul endroit de la bibliothèque, observa mon protecteur, n’est mieux connu, ni plus étudié, Voyez !
Et je vis, en effet, un grand nombre de personnes, de tout âge et de tout rang, qui feuilletaient avidement ces énormes livres.
— Tous ces hommes, me dit mon guide obligeant, se prétendent animés de l'amour de Ja patrie, et du désir de faire du bien à leurs concitoyens, Faut-il les croire sur parole? Ils iront sur les tréteaux populaires, verser des flots d’éloquence sur la foule ébahie qui ne les comprendra guère, et s’amusera d'autant mieux. Notre Peuple aime les beaux diseurs, Il aime davantage, peut-être, les rudes diseurs, les violents, les féroces, car la charité chrétienne est encore bien peu répandue eur la terre, après dix-neuf siècles de culture.
Et, comme je regardais, uu peu ahuri, ces enfiévrés travailleurs occupés à fourbir leurs armes et à remplir leurs carquois pour les luttes électorales, j'entendis une voix grave qui disait :
— La politique est un véritable fléau Pour ceux qui s’en préoccupent à excès, lorsque leur rang ou leurs emplois ne leur en font pas en quelque sorte une obligation.
Qui parlait ainsi, je l’ignore. La voix semblait venir de loin. Et, comme encouragé par cette remarque, un autre penseur ajouta :
— Dans tous les: partis i] y a des gens qui {ont d” bruit et du mal sans y rien gagner.
— C’est Bacon, me dit mon protecteur, Je reconnais son accent sévère,
Approchons de l'endroit où il s’est retiré, nous entendrons d’autres observations qui pourront vous être utiles.
Et, en effet, aussitôt une parole amère frappa mon oreille.
— Comme parmi les hommes on est conveau que duper son semblable est une action lâche et criminelle, on a été chercher un terme qui adoucit la chose, et c’est le mot “ politique ” qu’on a choisi,
— En voilà un qui n’y va pas par quatre Chemins, m'écriai-je, ce doit être un dupé, un...
— Oh! que non! reprit mon maître, c'est Frédéric le Grand.
Je me mordis les lèvres jusqu'au sang.
Nous allions nous éloigner quand un autre livre, un livre portant couvert violet marqué d'une croix d’or, #’ouvrit à son tour. La page qu’il montrait était souillée d’une large tache de sang. Il disait :
— Le jour où un évêque prêchera une politique, même raisonnable, sa parole deviendra un objet de contradiction, et sa personne un objet de haine et de dédain.
J'étais presque scandalisé.
— Voilà un fier impie, remarquai-je
— C'est un martyr, répliqua mon protecteur en me jetant un regard de pitié, c'est Monseigneur Affre, archevêque de Paris.
Alors il se fit un bruissement semblable à celui qu'auraient produit des feuilles vivement tournées,
— Le prince de Talleyrand, ajouta ‘mon Compagnon : écoutons ce qu’il va dire.
Aussitôt nous cntendîmes :
— Les diplomates ne se fâchent pas, ils prennent des notes.
Un instant après :
— En politique il ne faut pas dire “ jamais,”
Et mon vieil ami, fixant dans le lointain de la pensée son œil réveur, murmura lentement un nom qu'il est inutile de répéter,
Alors ceux qui étaient penchés sur les feuilles politiques on les journaux de ja chambre, levèrent tout à coup la tête, les uns souriant, les autres paraissant ahuris, Puis, ils se mirent à parler entre eux si bruyamment, que, pendant plusieurs minutes, je ne pus entendre les réflexions de mes livres,
Je le regrette, car à voir l’entrain avec lequel ils s’ouvraient, se fermaient, tournaient leurs feuilles, trépignaient sur leurs tablettes, je devinais une discussion des plus animées et des plus amusantes, Comme ces livres, mis en émoi par la remarque de mon Mentor, étaient presque tous des livres bleus, j'en conclus qu'ils S’accusaient, et s’excusaient tour à tour.
Je m’avançai alors vers un endroit de la
bibliothèque, où plus d’un vénérable bouquin portait, sur son vêtement de cuir gaufré, une croix d’or.
Voici les vrais sages, me dis-je, il doit être consolant de les entendre,
Quelques voix s’élevèrent, graves et puissants, et, Par curiosité on par respect, les autres gardèrent un silence momentané. C'était Cicéron qui s’évriait :
— En écartant Ja superstition, c’ servons la religion inaltérable.
À quoi l'abbé Prévost répondait :
— C’est prendre une mauvaise voie, Pour arriver à quelque chose de certain en matière de religion, que de chercher des démonstrations et deg preuves, Les plus grands esprits ne sont pas communément les meilleurs chrétiens. La foi demande de la simplicité et de la soumission.
Puis il ajoutait après un moment :
— La religion apprend pas qu'il soit facile de vaincre les passions qu’elle condamne ; mais elle offre, à tous moments, des secours qui peuvent assurer la victoire,
Un autre reprit, et son accent était
sombre et sa parole lente ,
— Je n'entende Pas qu'on puisse être vertueux sans religion, J'eus longtemps cette opinion trompeuse, dont je suis très
désabusé, .
C'était le célèbre Jean-Jacques Roussean,
À peine avait-il fini qu'une voix ardente, mais Un peu aigrie, martela ces paroles :
— Quand Ja philosophie a voulu fonder un Etat sans religion, elle a été forcée de ri donner pour base des ruines : elle a établi le pouvoir sur le droit de le ren- Verser, la propriété sur la spoliation, la sûreté personnelle sur les intérêts sanguinaires de Ja multitude, les lois sur les ‘aprices,
Qui parlait ainsi ? L'abbé de Lamennais, qui ne sut Pas, comme son ami Lacordaire, dompter son orgueil, et mourut en reniant une religion qu'il avait Si vaillamment défendue, quand son illustre ami mourait en la bénissant.
Après lui, un protestant d'une science profonde et d'une grande honnéteté, Guizot, affirmait avec l'autorité qu'on lui connaît :
En fait, il n'y a jamais en de gouvernement plus coñséquent, plus systématique que celui de l'Eglise romaine, La cour de Rome a tenu une conduite bien plus cohérente que la Réforme, Celle-ci n'a pas respecté tous les droits de la pensée humaine ; au moment où elle ;.
réclamait pour son propre compte, elle les violait ailleurs,
Et comme je m'éloignais lentement, je cueillis comme un dernier écho, cette guperbe observation de Mennechet : — On ne tue pas une religion de conscience, d'amour et de vérité En ui créant des martyrs, on l'épure, on la multiplie, on la conserve, on l’éternis. Le christianisme l'a prouvé,
Un flot d’harmonies qui n'était pas seulement un divin mélange de sons, mais
Une gerbe de Pensées hautes revôêtnes de brillantes Paroles, s'éleva tout à coup, et
je sentis un frisson de Plaisir courir dans tout mon tre, C’étaient Homère et Virgile
leurs sublimes épopées ; C'étaient Pindare et Horace qui chantaient leurs odes in.
comparables ; c'était Tasso, génie sombré dans dans un océan de douleurs, qui ra- Contait les merveilles des jardins d'Ar.
mide ; c'étaient Klopstock, Je pieux, et l'aveugle Milton, qui Célébraient en des ‘'ers magnifiques, l’un, Ja Chute de ‘homme, et l’autre, Je Messie promis et attendu ; le Camoëns, Je Plus. illustre enfant du Portugai, aussi étonnant par ses malheur que par son inspiration ; et d’autres encore, et par-dessus tous, peutêtre, Dante Alighieri, poète, sculpteur et Leintre, qui sur les ailes de son ardente imagination, avait osé monter jusqu'au ciel pour en Surprendre les joies, descendre jusqu'aux enfers pour en voir les tourments, et qui Maintenant faisait entendre,
en des stances merveilleuses, un écho des alléluias célestes et des imfernales imprécations, Et ces atrophos inspirées que le génie de chaque langue avait burinées pour les temps futurs, ces strophes montalent sans se confondre, douces où sé.
véres, gracieuses, souples, ondoyantes comme un tapis d'avoine blonde, ou sombres et désolées comme des temples en ruine,
Je marchais toujours, Je ne sais quelle fatalité m'entrainait : j'aurais voulu m'arrôter, écouter religieusement ces noëmes divins ; impossible,
Mais d'autres chants s'élevaient, d'autres chants ou d’autres récits, s’entendis
ces vers que vous reconnaîtrez bien : mais ce que vous ne saurez jamais, c’est l'accent plein de douleur et de colère du vieux Cor-
neille,
. Pleurez l'ivréparable uffront Que sa fuite honteuse imprime à votre front ; Pleurez le déshonneur de toute notre race Et l'opprobre éternel Qu'il laisse au nom d'Hornce !
Et, quand Julie ui répliqua tristement :
Que voules vors QUE 0e contre truite
Il eût fallu entendre le trossnillement de toute Ja bibliothèque à ce
mot sublime :
Qu monrér ?
Puis aussitôt Une voix onctue l'innocence murmurn :
use comme
Celui qui met tin fre in à la fureur des flot VOIE autant des méchante
arrèter les coniplot
outils avec je spect à sa vole
té sainte Je ornins Dieu, cher Abner,
et n'al point d'untre craint
Je reconnus Racine,
A ces paroles solennelles suceédèrent des rires et des trémoussements, C'était Mülière qui lançait
Comme des fusées som mots d'esprit, et se moquait des travers et des rid' les, en amusant ceux qui en étaient affligés. Cyrano de Berger
ac Jui
reprocha de l'avoir pillé, de s'être
appro
prié ses scènes les plus originales ; il l'ap pela même Plagiaire ; mais le joyeux censeur provoqua un nouvel éclat de rire, et ce (ut pour Ini le pardon.
Plus loin, sur Ja poussière des rayons,
un livre tout parfumé semblait dormir, et l'or de ses feuilles ‘ayonnait comme un nimbe,
— Ce fut une lyre vivante, observa mon guide, une lyre presque divine, Nul n’aima, ne jouit, ne souffrit autant que ce poète. Il semble avoir divinisé dès cette
vie la poussière dont tout homme est pétri.
J'avais deviné Lamartine.
— Et, près de lui, continua mon véné.
rable compagnon, sous ces feuillets innombrables qui frémissent et font jaillir des gerbes d'étincelles dans la nuit qu'ils crèvent, il est un génie littéraire iucom- Parable, mais un génie fait de lumière et d'ombre, Sa parole sonne comme un clairon, mais quelquefois elle sonne faux :
son invective frappe comme un marteau de forge ; ses idées éclosent comme la foudre. Il aurait voulu refondre le monde entier dans son creuset de diamant, Vivant, il a vu son apothéose ; mort, il est entré dans l'éternité comme le plus
humble d’entre nous, la conscience nue. He Vous avez deviné Hugo,
J'éprouvais une indicible émotion, Il me semblait que j'allais entendre, comme un écho mélodieux de l'autre vie, quelquesuns des vers immortels de ces immortels auteurs,
Ce fut Musset qui jeta d'un air un peu harquois, comme pour s'excuser de n'avoir
£üère cru, d'avoir beaucoup aimé l'alcove et le vin, cette Strophe joliment philoso-
phique sous son costume badin :
L'âme et le corps, hélas ! jt
Tant que le monde ira, pu
Cotime s'en vont les vers © bœufs,
L'un disant : tu fais mal! .., et l'autre c'est ta faute !
8 iront deux à deux,
’auvre Musset ! mort si jeune par la faute de son âme et de son corps...
Pauvre Musset ! lun des plus grands déjà, et le plus grand de tous, peut-être, s’il eût voulu...
Je vis un Peu à l'écart, sur des tablettes encore modestement garnies, des noms chers à notre jeune patrie, Tout à coup plusieurs volumes, des petits encore
timides, des grands déjà prétentieux, se groupèrent autour d'un vieux compagnon, un humble, un infatigable travailleur dans le champ de l'histoire, Garneau. Et lui, il se mit à leur raconter d'une voix vibrante d'émotion, et avec une fidélité que rien ne pouvait intimider, la longue suite
de nos luttes sur les champs de bataille ou dans l'arène politique, nos sacrifices, nos douleurs, nos espérances et nos gloires.
Après lui Ferland, grve et replet dans son habit sacerdotal, prit la parole et raconta aussi les choses de notre histoire, qu'il avait longuement méditée. Hélas !
il n'avait pas eu le temps de finir son œuvre
Mon guide me dit :
— D'autres viendront qui rempliront toutes ces places vides. Notre jeunesse commence à travailler et ses aptitudes Sont remarqnables. Le goût de l’histoire et des lettres, de l’industrie, des sciences et des beaux-art. se réveille chez nous comme il s’est réveillé, un jour, chez les
UN
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nations plus grandes, Nous aurons notre heure,
Et je vis, comme à demi perdus encore dans une brume lointaine, des groupes nouveaux qui célébraient les sciences, les ‘lécouvertes, la marche de l'humanité. Les uns vantaient les révolutions qui guérissent les sociétés par le fer et le feu, comme le chirurgien fait d'un membre gangrené ; les autres regrettaient les âges glorieux, où les grands capitaines donnaient à leurs Souverains des royaumes et des esclaves, Ceux-ci demandaient des jours de paix et des chefs sans ambition, afin de laisser le laboureur à sa Charrue et le savant à ses livres ; ceux-là “imaginaient qu’un jour, sur la terre, il n'y aurait qu'un peuple, qu'une langue et qu’une religion. D'autres, plus curieux et plus audacieux, se P'omettaient de voir bientôt ce qui se Passe chez nos voisins de l'infini.
J'aurais voulu m’attarder plus longtemps, désireux de m'instruire,et de mieux connaître les hommes au milieu desquels
je devais vivre, Ils M'auraient sans doute ouvert des horizons nouveaux, dés trouées lumineuses dans les ténèbres de l'avenir ; mais je me sentis touché au bras par une main pesante, Je me détournai vivement, Mon protecteur aimable était dispatu, et devant moi se dressait, impassible comme un masque, un homme de haute stature, I] portait une barbe grisonnante, caressée souvent : et cette barbe dissimulait un peu le travail des ans Sur la joue de marbre qui se creusait, Son maintien était fier et son regard qui aurait voulu paraître doux, peut-être, s'allumait d’un rayon d’orgueil.
— Mon ami vénérable n’est plus là ?
fis-je avec inquiétude,
Il ne me répondit point ; mais son bras s'étendit majestueusement et son doigt me montra une tombe.
Et comme j'allais m'agenouiller, l'âme serrée par une angoisse amère, la porte aux deux battants rouges, par où j'étais
ertré, s'onvrit de nouveau, et le doigt im-
placable me fit signe de sortir.
Je poussai nn sanglot et...
La grive solitaire dessus de ma tête, flammes passait esprits reve
m'éveillai, chantait encore auen regardant les du couchant ; un souffle tiède sur mon front brûlant, et naient je ne sais d’où.
mes