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loin. La prudence est la mère de la sûreté... Ils avaient leurs bêches et leurs pioches... Quand un homme est en colère, il frappe quelquefois avec ce qui lui tombe sous la main... Scholastique a continué d'avancer, Un homme ne lui fait pas peur, deux non plus. Elle leur a crié :
“ Allez faire des fossés chez vous !”
“Le garçon s’est approché alors. Un gars robuste et fort comme le père. Vous le connaissez, monsieur le juge. Il ne m'a rien dit d’abord, mais je devinais à son air, ce qu’il avait envie de dire. Nous avons parlé tranquillement, après nous être regardés dans le blanc des yeux. Scholastique allaït toujours. Elle ne devinait pas ce qui devait lui arriver.”
-— Moïse, ne va pas plus loin à mon sujet!
s’écria tout à coup madame Fontaine.
— Crains pas, Scholastique, je connais la réserve, répondit le brave homme en verve.
— Est-ce tout ce que vous avez à ra-
conter, à l'égard du fossé ? demanda le juge de paix.
— Oui, monsieur le juge, je vais parler de l’autre affaite, maintenant.
— Moïse, la langue te démange, hein ?
gronda de nouveau la femme aride et longue.
— Aimez-vous mieux : conter vousmême la malice de l'accusé ? suggéra le juge.
— Moi, raconter une abomination pareille ! je mourrais de honte, exclama
madame Fontaine, :
7 —Il faut pourtant bien savoir ce qu’il a fait ; je ne puis le juger sans cela.
— Mais si je vous affirme, sur mon honneur, qu’il m’a traitée indignement ?
— Je vous croirai, madame, mais le magistrat n’en saura rien. Il faut tout dire, comme à conferse.
— Parle, Moïse, moi je n’ose pas.
— C’est que, vois-tu, Scholastique, je n'ai rien vu... j'avais le dos tourné, et je causais avec Joseph.
Les auditeurs riaient, riaient.
— Le défendeur vous a-til embrassée ?
demanda le juge qui voulait agir à lu manière des confesseurs, par suggestion.
— M’embrasser?... j'aurais bien voulu!
répondit madame Fontaine, toute hai-
‘neuse..
— Est-ce que vous ne pouviez pas fuir ?
— Fuir?.,. Oui!... comme une peureuse !... Avec cela qu’il me tenait serrée comme dans un étau.
— Vous a-til battue ?
Elle se redressa :
— Battue ?... Oui, battue ! comme un lâche qw’il est !
— Vous ne portez toujours pas de marque, observa le père Boisvert.
Scholastique lui lança un regard foudroyant.
— Pas de marque ?.., La marque est sur mon honneur,
Un loustic lança un mot qui fit éclater de rire la salle entière.
— Enfin, reprit le magistrat, l'accusé a-t-il manqué à la décence ?
— Grand Dieu! #il a manqué à la décence !.., Heureusement que personne u’a vu...
— Les oiseaux effrayés fuyaient à tired’aile, recommença le loustic..
— Voulez-vous que je fasse évacuer la salle ? vous serez plus à l'aise, proposa le juge de paix.
— I! est bien te1..ps, maintenant qu’ils ont tout entendu !
— Encore une fois, madame, vous n’avez rien précisé... quant à Pimmoralité.
— Vous êtes juge et : vous ne devinez pas où il m’a frappée ?
Etienne Biron, écuyer, faisait ur effort suprême pour ne pas rire,
— Îl s’adressa à l'accusé :
—Alors, monsieur Boisvert, vous avez battu une femme ?... madame Fontaine, la plaignante ?
— Je lui ai donné le fouet, comme on fait à une enfant maussade, monsieur le
juge. Tout le mal a été pour moi, car les 08 sont proches et la jupe est mince, Au reste, elle m'avait provoqué. Voyez, je porte des merques, moi. Mon oreille est à moitié déchirée... Elle a failli me tuer avec une pierre... Je ne me suis pas vengé, j'ai voulu la rendre ridicule, rien de plus.
— Je vais garder la cause en délibéré, déclara le juge de paix.
“ Pendant que je réfléchirai, pensez bien, vous autres aussi... Pensez que vous êtes des voisins, que vous êtes d’anciens amis, que vous êtes des chrétiens. Vous devez donc user de bonté les uns envers les autres, Le bonheur de vos familles dépend de votre bienveillance et de votre accord.”
Quand la foule fut dispersée, les plaideurs soi cirent, Boisvert fils passa près de Fontaine.
—Je pense que le juge de paix a raison, dit-il, nous ferions mieux de vivre dans laccord et l'amitié.
— Je le veux bien, mon garçon, mais tu paieras les frais,
— Avec plaisir... si je puis espérer devenir votre gendre,
— Hum ! je ne sais pas, fit Moïse avec un bon sourire. Si tu allais tenir de ton père, et donner le fouet aux femmes ?...
— 1 n’y aura rien à craindre. .. Si elles ne me jettent pas la pierre,
Ils s’éloignaient, Je n’ai pas entendu la suite,
Illustrations de Georges Delfosue,
Je revenais de Sainte-Croix par le Platon. Ce n’est pas le chemin le plus court, mais il longe, ce chemin, des hauteurs si pittoresques, il offre des échappées de vue si ravissantes, il perce des bois si sombres, qu’il donne aux Jeux une fête toujours nouvelle, et qu'on ne se lasse jamais de le parcourir.
J’arrivais chez le père Marcel Poudrier.
La maison dressait son pignon rouge au milieu des peupliers verts, droits comme des I, drapés élégamment dans leurs écharpes de branches montantes. La porte et les fenêtres étaient ouvertes, et faisaient, dans le carré blane, des taches noires où s’estompaient des silhouettes de jeunes filles et d'enfants,
Tout à coup un vieillard s’avança sur le seuil. Il était mis comme le dimanche, Pour Ja messe, I] descendit le perron d’un Pas assez léger, en s'appuyant un peu sur sa grosse canne de cenellier, se retourna vivement, jeta une bouffée de rire, et s’écria d’une voix vibrante ;
— La jambe vaut le cœur, allons-y !
Une femme très âgée aussi, grande et l'air digne, parut à son tour dans la porte, Elle semblait une enluminure de sainte femme dans un cadre antique. Elle dit :
— Tu vas te fatiguer, peut-être: attends donc la relevée, tu prendras la voiture,
—Tut! tut! tnt! à quatre-vingt-cinq ans on n'attend plus, Si j'allais trépasser avant de voter !
— Sais-tu bien Pour qui voter, au moins ?
Le bonhomme trottinuit tout allègrement,
Elle se mit à rire en le regardant aller.
Ces deux beaux vieillards avaient leur histoire. Une histoire bien simple et bien
courte, mais enfin qui n’était pas sans Offrir quelqu'intérêt, Voulez-vous l’entendre ? La voici.
LEE 1
Il y a longtemps de cela,
Le monde a marché depuis, et, s’il n’est pas meilleur, c’est que le progrès n'implique pas la vertu, c’est que le cœur et l'intelligence ne vont pas toujours de pair.
Il n’est pas étonnant qu’il en soit ainsi Puisque l’homme est libre. Il est libre, mais ayec un fort penchant à l'esclavage.
Pas à l'esclavage politique, peut-être, II pousse, de temps en temps, un cri de révolte contre ses oppresseurs, et, de temps en temps aussi, il les broie sous son talon. Mais il aime les jougs qu'il se façonne lui-même, Un gucux gémit, dans Sa paresse, sous les tortures de l'envie ; un avare se dessèche d'amour et de terreur devant son or entassé ; Un ambitieux rampe devant la foule qu’il méprise; un libertin se traîne aux genoux de toutes les belles impures,
Et tout le monde est en route pour le ciel !
Drôle de monde et drôle de chose !
Il y a encore des âmes nobles, Ilya des vertus qui surnagent et des dévoñments qui planent, Mais les jours de paix sont souvent des jours d’abaissement, L’esprit se détend alors, l’imagination ferme ses ailes, le cœur s’amollit, I] n’en est pas ainsi dans les jours d'orage et de danger.
Le sentiment du devoir se réveille, l'amour de la patrie s'affirme, le citoyen se relève, et l’homme grandit, .
En mil huit cent trente-sept il] y eut Pour nous un de ces réveils glorieux, La voix de Papineau sonna le glas de la tyrannie, et des héros surgirent sur nos rives Opprimées. Ils apparurent et passèrent comme des météores. Ils se perdirent au fond d’un horizon sanglant, La trace de leur passage se voit encore, étincelante et large à travers les nuages de notre ciel.
Suivons-la !
En mil huit cent trentesept, à l’époque des foins, le vieu. Gédéon Poudrier revenait de l’église avec sa bonne femme dans une “ petite charrette ” aux ressorts de frêne, On ne se berçait pas sur d'élastiques lames d'acier en ce temps-là, et les Carosses luisants qui promènent, de nos jours, tant de misères en toilette, ne soulevaient pas souvent la poussière de nos chemins. En retour, l'on dinait bien et l’on payait bonne dime au curé.
Le père Poudrier se tourna vers sa vieille :
— Dis donc, Mélonne, — elle s'appelait Mélonne, la mère Poudrier — dis donc Mélonne, as-tu <ompris les remarques de monsieur le curé à propos de Papineau ?
J'ai l'oreille dure, moi, et je n’ai pas bien saisi,
—L nous a conseillé de rester tranquilles, répondit-elle un peu sèchement,
Le bonhomme répliqua par deux petits
Mouvements de tête qui voulatent dire :
oui, ordinairement, mais qui n'étaient pas, dans la circonstance, J'une traduction facile,
Elle reprit :
— IL a recommandé d'être prudents, de ne pas se laisser endoctriner par des gens qui ont plus de langue que de tête...
— Tiens ! tièns !
— De rester soumis à l'autorité...
D'obéir à nos prêtres, comme eux-mêmes ils obéissent à leurs évêques.
— C'est juste !
— De ne pas se mêler de choses que l’on ignore,
— Afin de rester dans l'ignorance !
— De voir, d'abord, à bien cultiver la terre qui nous a coûté tant de sueurs..,
L’excellente chrétienne allait continuer, avec un entrain superbe, la répétition sainte,
— Prends les “ cordeaux,” que j'allume, grommela le vieux patriote.
Il n'avait pas l’air de bonne humeur.
La pieuse Mélonne prit les guide:
et retint le cheval qui voulait tr
père Gédéon tira, de 1n poche 4
veste,” une pipe, un “ba:
pierre et un morceau de tondi+. |
de la pierre des étincelles ui]
la tondre odorante, et {1 se mit À décustoy Avec une satisfaction profonde su pipe em lottée,
Cependant i] Y avait un nuage sur son front large coupé par une large ride, &a pensée était fixée sur quelque chose d’in.
visible, Sa femme Ini remit les guides, Il les prit machinalement.
— Toujours est-il, recommença-t-elle, que Marcel va se tenir tranquille, j'es.
père... Qu'il ne parle plus d'aller se battre pour Papineau,
— Tu voudrais qu'il irait prêter main forte aux chouayens, peut-être, .. Marche, Carillon,
li fit tomber la “ mise ” du fouet sur la croupe du cheval.
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— Je voudrais vien le voir se mêler aux Chouayens, grommela-t:il !... Un tas de malfaiteurs en habits, de voleurs titrée, de bourreaux en gants blancs ! On n’en verra pas de pareils avant cinquante ans, c’est sûr. .
Marcel s’en revenait à pied avec d’autres jeunes gens de son canton. Ils parlaient, tous ces gars, des troubles qui menaçaient d’éclater dans le district de Montréal, de l’assemblée de Deschambault, du grand Papineau qui était descendu à Kamouraska avec Girouard, Lafontaine et Morin.
Les uns approuvaient le mouvement, les autres le blâmaient.
— Nous sommes des peureux, dit Marcel, et nous aimons mieux les coups de bâton que les coups d'épée.
— Que veux-tu ? riposta le plus peiit du groupe, nous n’avons personne pour nous commander... Quand il n’y «a point de chef il n’y a point da snidats.
— Et Papineau ?
— Papineau, fit un grand mince, il ne se
bat point, il pousse les autres à se battre.
— Et tu crois que c’est une besogne
i facile que de décider des hommes à lever
la tête, à revendiquer leurs droits, et s’il
le faut, à mourir pour la liberté. .. surtout
quand ces hommes sont des Canadiens français ?
— Nous sommes soumis ; C’est une belle vertu que la soumission, paraît-il.
— Nous sommes à quatre pattes ; c’est une position un peu humiliante.
— Les Canadiens, observa un autre ça laisse les ordures s’amasser longtemps, mais une foie décidés, ça balaie net.
— Mais, rétorqua le grand mince, si on va à la guerre pour mourir, ceux qui nous tuent restent les maîtres,
— T'imagines-tu, clama Marcel, que celui qui fait d'avance le sacrifice de sa vie, se tient les bras croisés en face des canons ? C’est celui-là qu frappe le plus juste, et qui le plus sûrement jette l’épouvante dans les rangs ennemis...
— Vasy donc, te ba:tre, puisque tu trouves cela si beau.
— de vais y aller en effet.
— Tu ne fais pas comme Rémi Gaudon, toi, Rémi se marie peur d’être “commandé,” remarqua l’un de la bande.
® —Le remède est pire que le mal, observa un vieux célibataire.
— Eh bien! moi, continua Marcel, je devais me marier cet automne, et je reste libre pour faire le coup de fusil.
Le groupe diminuait, Chacun à son tour entrait chez soi, après avoir souhaité le bonjour à ceux qui allaient plus loin.
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22 dimanche soir la jeunesse se rassemblait. Il en est de même aujourdhui. Les curés ont beau prêcher contre les réunions, défendre les jeux, anathématiser la danse, il y a toujours un petit coin, dans la paroisse, où l’on vend du plomb sans dire ni: oui, ni: non, comme font les diplomates retors, où l’on
Cueille des cerises sur des joues rougissantes, où l’on fait trois pas d'amour, et quelquefois plus, où le violon chante ses gigues enivrantes, où les pieds, pris de vertige, emportent le cœur et la tête en d’étourdissants tourbillons. On a dit son chapelet bien dévotement pendant la messe ; on a entendu les vêpres sans trop de distractions, on peut bien s’amuser un brin, sous le couvercle de la nuit, sans que le bon Dieu se fâche, Si se fâche, ce sera €Antre les parents qui ferment les yeux trop tôt ou trop serrés.
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Marcel avait, en effet, sérieusement songé au mariage. $a fiancée, Héloïse Dubien, n'était Pas belle, mais elle était grande ct bien faite, elle avait de la grâce dans la démarche et de l'esprit dans la tête. On oubliait vite l'irrégularité des lignes devant l'éclat de ses prunell&. Son cœur était bon, mais des lèvres un peu serrées faisaient comprendre qu’il y avait de la résolution dans son caractère,
Elle avait été recherchée déjà par un citoyen du village, Augustin Lefouré, un veuf passablement cossu, très orgueilleux de ses écus, mais très désolé du poids de ses années, Elle avait préféré la solide jeunesse de Marcel. Et maintenant, voilà qu'un dimanche soir, Marcel se rendait auprès d’elle, profondément ému et l’âme remplie de tristesse.
Quand il entra, elle vit bien ce bouleversement inaccoutumé et elle se sentit douloureusement atteinte elle-même. Le pressentiment d’une amère angoisse la rendit muette, et elle tendit à son ami une main tremblante, Le père Dubien, qui était bureaucrate sans savoir pourquoi, et gouailleur par tempérament, lui cria, dès qu’il le vit entrer :
— Viens-tu nous faire tes adieux, Marcel ?
— Oui, monsieur Dubien, répondit le jeune homme, d’une voix qu’il s’efforçait de rendre ferme.
— Non, répliqua Héloïse, suppliante.
Le père Dubien reprit :
—$! tu es fatigué de vivre, mon garçon, tu n'as qu'à te rendre à Ja rivière Chambly ; il y a là une bande de fous qui se proposent de servir de chair à canon ; tu pourras te faufiler dans leurs rangs.
— Des fous comme ceux-là, il faut qu’il y en ait pour effrayer les tyrans,
— Toujours des grands mots: tyrans...
bureaucrates... martyrs.
— Oui, M .Dubien, martyrs !.., l’amour de la patrie vient immédiatement après l'amour de Dieu, et les martyrs de la politique ne sont guère au-dessous des martyrs de la religion.
Dubien éclata de rire.
Des voisins entrèrent. Ils venaient faire la partie de quatre-sept. Ils jouaient hommes contre femmes. La dernière fois, le sexe fort avait été d’une faiblesse désespérante, et il ne s'était pas sauvé du déshonneur. Il avait une revanche à prendre. Les jeunes amoureux voyaient avec plaisir la lutte ardente des joueurs.
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Ils étaient oubliés. Leur entretien fut tendre d’abord, mais il fut triste aussi, car Héloïse, plus d’une fois, essuya ses beaux yeux noirs.
Puis Marcel, dans un sombre enthousiasme, se prit à parler de la nécessité d’un soulèvement, C'est par là que les grandes révolutions commencent, Il proclamait le droit des citoyens à la liberté politique, et gémissait sur la position humiliante des Canadiens-français, les fils des défricheurs, les maîtres du sol autrefois. Il disait la morgue insolente des bureaucrates, le partage inégal des emplois, l’abaissement organisé de la race française, I] peignait, d’une voix vibrante mais comprimée, la gloire de ceux qui meurent en luttant contre la tyrannie et l'injustice, Il expliquait l’héroïsme de ceux qui sacrifient leurs biens, leur jeunesse, les ivresses de l'amour, les espérances d’une longue félicité, pour adoucir les souffrances de leurs semblables et relever l’honneur de la patrie,
L'image sanglante de la bataille passait devant les regards de la jeune fille, Elle voyait le fer meurtrier s’enfoncer dans la poitrine des patriotes, et les rangs décimés s’affaisser tour à tour comme Îles blés mûrs SOUS Ja faux, Elle eutendait les clameurs de l’airain, les piaffements des chevaux, les appels des blessés, les alléluias de la victoire, La poussière ouvrait son voile gris sur les chemins où serpentait l’armée, Des champs dévastés la fumée s'élevait comme un encens maudit vers le ciel implacable, Le Seigneur serait sourd à la prière des Persécutés, il resterait insensible à la souffrance de son peuple. Lex.
Piation n’était Pas encore finie, ou bien la félicité n’était Pas encore méritée,
Elle sentait son âme s'envoler dans une région nouvelle, Elle était emportée par un souffle ardent qui n’était plus Ja flamme énervante et douce des sens, mais un étrange élan vers l'idéal. L'amour de la patrie souffrante lui paraissait divin comme l'amour du ciel, La folie des sa-
crifices s'emparait de son imagination
vive, :t déjà elle cherchait un bûcher.
Qu: "Île se séparèrent, les deux jeunes
amu' «1 se firent un adieu touchant,
Com l’adieu des martyrs qui s’en
aHaient aux lions de l’amphithéâtre,
LEZ
Marcel partit, un matin d'octobre, avec quelques amis jeunes et inexpérimentés Comme lui, pour aller se battre contre les chouayens, La petite troupe se rendait
à Sorel. De là eile remonterait la rivière Chambly, cherchant les endroits où se ralliaient les soldats de la liberté. Ils ne connaissaient pas le pays, ces jeunes gens, et ils allaient guidés par les milie voix de la rumeur,
. Le fusil sur l'épaule, la casquette sur l'oreille, ils marchaient gaïiement, jetant un regard de mépris sur les peureux qui restaient avec les femmes ; et quand ils entendaient les enfants crier à leur mère que la “guerre” passait, ils se redtessaient
avec fierté malgré ln fatigue, et souriaient à la mort entreyne dans la fumée des combats prochains,
À mesure qu’ils approchaient du foyer de l'agitation, ils sentaient leur ardeur grandir et les regrets s’effacer, Les vieillards battaient des mains en les apercevant, et les femmes agitaient leurs mouchoirs, Cela les encourageait, Ils se grisaient d’orgueil,
— D'où venez-vous, les braves, leur criait-on ?
— D’en bas... tout Près de Québec...
— De si loin!... Hourra pour les patriotes !
— En vient-il d’autres ?
Ils secouaient la tête avec tristesse.
LEZ
Ils allèrent ainsi jusqu’à Saint-Denis, Ils virent Nelson, ils virent Papineau, et ils ne songèrent plus qu'à mourir glorieusement,
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANS! and ISO TEST CHART No. 2)
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