‹ Contes vraisChapitre 1 sur 8 · Contes vrais · texte numérisé non relu

Contes vrais

jfipf-'.'j+'Vj^'W*' ^îf» vous anTV!8o guère cepeniïiirt:'}!' pJe et facile à raconter.

t'VWHe, ♦ t . < -t. peut-être un défaut ; lifi^'bavsrait. mHùire au mal, et c'est pent- ,. jjyj, yeux de quel-

Mon onuelc n*'êtîdft ni menteu/ ni ^rrivois. II : 1 ,. ^jyç . jj aimnit la plai-

!. .'. ' u;i-. ; , il dovmait un peu dans r* \';iijrr;itînn V'AiJ^fe le iûoîisonfço lui faisait UWi'^^ftt; ôtirt<:)tT'^ itand il se montrait nu.

Au reste, quand il m'a fait ce récit anodin, il arrivait de confesse. Cependant, comme s'il avait eu peur, malgré cela, de me trouver incrédule, il ajouta sur un toi"Vîi!<?î»ri«.l. '.

-— C'est vrai comme je le voi? là ;

Et il me regarda ûxemPuiyJf'M ''j^^*f(^'jÊ"^ d'une singulière façon . . .^ f'j jf\ \\f\

Tl louchait, mon oncle.

.J\v songe. Il ne me voya t peut-être pas du tout. Son oeil oblique dev'âîT fonibev sur mon voisin.

Que de serments et de iftCpiiJfif^jfifrrftP» %^^ ainsi peut-être, en obliquant, un .pj^ij^^ ob/io

Vous connaissez la rou^-.,d' jV ;-i ^lar-

tache, comme un chaînon .djin -^^W

ranp au bord de l'eau, toui .i.i)vS^t-%^{j-

biche, à la Vieille-églist. ;:,;: v.iviuY^'^i^^^)^ connaissez pas ? Vous nf'U%^^^f^^^v ^h*^^ HVfï? alors. jMais passons ; cela ne fait pa^,.fgrfi^4>' chose à l'histoire. r4

Cette route perce une boiâ sombre, au bout des^j,\j;,,s3i ,j^^ ^, L'eau diaphane d'un peti+^Jjp;ti;^ ;; ii, ,la.,c<MJ|p couune une épée d'argent. Jl Cjgv' '"'''

ment:, le petit ruisseau, dans un lit étroit, sous les feuillages et parini les fleurs, au milieu de la forêt ombreuse ou de la prairie ensoleillée, un peu partout où le caprice le pousse. Les oiseaux y baignent leur^ ailes, et les bêtes à cornes d<^^ clos voisins y viennent boire à la tiie

En haut de la route, dans une maisonnette noircie par la pluie et la vétusté, habitait une feuiiue passée f^eur, bien qu'elle fut, en apparence, dans toute la splendeur d > sa virginité.

C'ebt que, d'après mon oncle, il aurait fallu inie certaine hardiesse pour se glisser dans l'intimité de cette espèce de . . . Cherche un mot, 1( ci< ''-T.

JKIIe était assez grande, assez grosse et rudcnieul ébauchée. Se- bras durs et bronzé-; pouvaieut sembler appétissity/ts quand ils se bahuiçaient nus le long de ses lia.nches ; mais au bout de ces bras s'épanouissaient des mains gercées qui tapaient ferme. Elle avait des yeux •bleus pleins de maHc*? et luie bouche large pleine de jurons.

En été, une chemiee de toile hardiment échancrée, un jupon de droguet. ridiculement court et un chapeau de paille démesurément large composaient sa toilette ordinaire. En hiver, elle chaussait des bottes tannées retenues en haut des mollets par des jarretières de cuir rouge, endossait une capote grise agrémentée d'un caijuchon, et coiffait un casque de peau de chat muni de larges oreilles.

Elle n'était pas séduisante.

Elle s'appelait Marguerite Leelaire, et nous, les gamins de ce temps-là, nous l'appelions !Marguerite-le-boeuf.

Elle ]i'aimait pas ça.

Pourquoi l'apjjelions-nous ainsi ? Pour un rien. Tout simplement parce que, le printemps et Tautomaie, après les semailles et après les récoltes, elle cbarroyait du bois de corde ou de Técorce de pruche, aux bateaux, sur la grève, avec l'intéressant animal qui répond ou ne répond pas à ce nom sonore.

Bien dompté, le boeuf de Marguerite allait à hue et à dia comme un vieux cheval de labour. Parfois, quand il avait mangé une por-

tion convenable, et que l'étrille avait lissé son poil roux, il se mettait à courir sur la routo avec une rapidité surprenaaite, et Weniblait tout fier des nuages de poussière que soulevaient ses pieds fourchus.

Marguerite passait pour sorcière dans notre canton, et elle se donnait garde de détromper les .naïfs. Ce n'est pas une mince satisfaction que d'être remarqué des siens, et il se trouve des vaniteux qui préfèrent une mauvaise réputation à l'oubli. On les regarde, on l&s salue, on les craint, penda.nt qu'on néglige l'honnêteté commune, et cela leur suffît.

Elle n'avait rien d'aimable et ne soupçonnait pas le plaisir d'une bonne action. On évitait de la contrarier de peur d'attirer sa vengeance. Elle pouvait changer en sang le lait pur d'une génisse, faire boiter tout à coup un cheval fringant, donner une couleur grise et un goût acre à la meilleure farine de blé, et si un jeune homme voulait so faire aimer d'une jeune fille, il n'avait qu'à lui donner un écu blanc, elle savait où cueillir le moureiller piquant dont le fruit rend amoureux . . .

J^es enfanta se eachiient dans les talles d'annes ou derrière les clôtures quand ilu la voyaient venir avec son boenf ensorcelé.

Or, il est bon de vous di.'e que Jouas Bernier, de la Rivière-Bois-C'lair, offrait un grand repas à se-s amis. C'était à son tour. Il avait dîné chez Louis Daigle, la semaine précédente, poupé avec les Trébfrt quelques jours après, réveillonné dans la famille Poudrier ensuite ; partout enfin où Ton avait festoyé un brin, pendant le carnaval, il avait eu sa place à table, et n'avait pas boudé la cuisinière.

Et le carême arrivait. Les petits enfants s'imaginaient apercevoir sa face blême dans les vitres fleuries de givre. C'était le souper du mardi gras. Un souper joyeux et tapageur. J^e bruit des couteaux et des fourchettes sur les assiettes de faïence, le tintement des cuillers sur les bols, la sonnerie des verres, les apostvojdie.s, les refrains, les éclats de rire, tout cela se mêlait pour faire la plus étourdissante des musiques et le plus original des tintamarres.^

C'était un regain île folle gaieté à la veille du jeiine et de la pénitence.

Marguerite entra.

Elle venait du village voisin, et sa voiture, traînée comme toujours par son boeuf docile, était remplie de provisions. Les mains s'étaient ouvertes, la bienfaisance n'avait pas lésiné.

Elle souhaita le bonjour aux hommes et aux femmes, et sa voix rauque se perdit dans les quatre coins de la salle. Il y eut un moment de silence.

— 11 fait meilleur ici que dehors, remarquât-elle en déboutonnant sa capote.

— Viens t'asseoir près du poêle, lui dit Jonas, en hiver le poêle vaut mieux que le soleil.

— Et si vous avez faim vous mangerez, ajouta Madame Jouas, par prévenance et pour la mettre de bonne humeur.

— Et si elle a soif elle boira, continua l'un des convives, en riant.

— Et elle chantera, fit un autre.

— Et elle dansera, continua un troisième.

Chacun disait son mot et le rire résonnait comme une cj'mbale. Personne n'avait peur.

La vieille Jamaïque soutenait les courages. Marguerite répliqua d'un ton mauvais :

— Vous autres, pesez bien vos paroles et n'essayez pas de vous amuser à mes dépens. . . Rira bien qui rira le dernier.

Cependant le joueur do violon lui demanda ^ par bravade :

— Veux-tu danser un menuet, je vais mettre mon instrument d'accord ?

— ^Mets-toi donc d'accord avec ta femme, lui répondit-elle durement, ce sei'a mieux.

Puis, s'adressant à Jonas Bernier, elle ajouta :

•^Jonas, no me laisse pas insulter dans ta maison, sinon tu le regretteras.

Mon oncle, qui se trouvait parmi les convives, lui dit d'un accent paternel :

— Marguerite, on ne se fâche pas aujourd'hui, mais on rit, badine, et s'amuse, car c'est le mardi gras. Demain, on se couvrira de cendre, on deviendra poussière et on dira : " Meâ culpâ "...

— Des " Meâ culpâ ", interrompit la virago^' ça ne m'a jamais défoncé la poitrine.

— Je le savais, affirma mon oiiiele, d'une voix onctueuse.

— Au reste, ça se voit, fit un écho.

Les jeunes gens passèrent avec le joueur de violon dans une pièce voisine et la danse com- ^ mença, vive, leste, entraînante. Jonas Bernier y se mit à pérorer. Il avait de la langue. Il parla longtemps à tort et à travers. Des éclats de rire s'élevaient quand il disait quelque chose de drôle, et s'il devenait ennuyant, on entendait le murmure des conversations intimes. Quand il vit qu'on ne l'écoutait plus, il prit ini verre et dit à Marguerite :

— Marguerite, approche.

— Pourquoi ? demanda-t-elle.

— Tu dois avoir soif, tout le monde est altéré ce soir ; tu dois avoir froid, le vent est sec et coupe comme une lame de couteau ; tu dois avoir faim, le grand air aiguise l'appétit . . .

Il fit couler dans le verre un filet de rhum d'or. La rude femme s'avança près de la table, la main tendue, la lèvre frémissante.

Pierre Biais, le tanneur, prit un gobelet d'étain et le x'emplit aussi.

— Je trinque avec Marguerite, annonça-t-il.

—J'ai déjà trinqué avec de plus drôles que loi ; n'importe, je n'ai pas de rancune, repartit la mégère en souriant.

La vue de la liqueur réchauffante l'adoucissait. Le verre et le gobelet se touchèrent joyeusement. Alors le jeune tanneur se tournant lentement vers les convives, clama d'une voix solennelle :

— A la santé de la jeune et tendre Marguerite-le-boeuf !

A peine avait-il lâché le mot. que le verre de Marguerite lui écorchait l'oreille et allait sa briser en mille éclats, avec un tintement clair, sur le mur tout blanc. Une bordée de jurons suivi de près. Ils défilaient encore, les jurons, quand retentit un beuglement formidable.

— C'est le boeuf de Marguerite qui chante ses ennuis, fit une voix moqueuse.

— C'est un avertissement, répliqua la vieille fille . . . On cherche le bonheur, on trouve la peine . . . Que ceux qui peuvent comprendre comprennent.

—Ce n'est toujours pas le ciel qui parle par la bouche de ta bête, obser^-a quelqu'un. . .

— Alors ton boeuf a le diable au corps, remarqua Pierre Biais.

— Et tu l'attelles à ton traîneau ... Il pourrait te mener loin, dit Trébert.

— Où vous irez tous un jour, répondit la femme exaspérée.

Plusieurs riaient. Elle reprit :

— Les rires se changeront en pleurs. Souviens-toi de cela, Pierre Biais ; et toi aussi, Adèle Dubé, souviens-toi de cela. . .

Or, Pierre et Adèle étaient des amourevix pour le bon motif. Ils devaient se marier entre les foins et l&s récoltes. Cette menace de la vieille hère les troubla.

Une lueur parut dans les fenêtres.

— C'est une cheminée qui flambe, supposa la femme Abel.

Quelques jeunes filles se mirent à fçratter le givre des vitres pour voir dehors. Alors une voix tremblante se fit entendre :

^Apportez de l'eau bénite !

— De IVaii bénite ! répéta la femme de Jonas.

Et elle courut prendre une petite fiole suspendue au chevet de son lit.

— Pourquoi ? demandait-on tout surpris.

On se précipita dans les châssis et vers la porte.

Le bla.nc rideau de frimas qui voilait les fenêtres, laissait passer des lueurs indécises et molles. Seuls les dessins capric'eux de la gelée Fur le verre, foupères et ramilles. briHaient d'un éclat vif, et paraissaient des bruyères en feu. Cependant les bouffées de chaudes haleines eurent vite fondu les jolis tableaux, et plus d'un oeil curieux se colla sur les vitres froides. Quelques femmes reculèrent épouvantées.

—C'est le démon, disaient îe^ unes.

— Il porte des cornes de feu ! remarquaient les autres.

— La colère de Marguerite va tomber sur moi, gémit Adèle Dubé ... -Te sens que je suis sa victime. . . Mes amours seront malheureuses !• . . Mon mariage ne se fera peut-

être jamais !. . . . Mon Dieu ! que va-t-il m'arriver ?

— Comme aux autres, va, prends courage, fit, d'une voix grave, la mère Poudriei-, une bonne vieille qui ne se laissait pas désemparer du premier coup.

Mon oncle Placide s'était précipité dans la porte en criant :

— Le taureau de Marguerite est possédé ! . . .

Le vaillant animal paraissait enveloppé d'un nimbe de feu, et son poil roux sombre se détachait singulièrement sur un fond de vive lumière. Il semblait aux hôtes épouvantés di^ Jonas un holocauste sur un bûcher. Il ne brûlait pas cependant. Il n'y avait pas de flamme, mais seulement une lueur aveuglante. La neige prenait une teint<) de sang, et les i-eflets de Pétrange foyer se fondaient avec les étoiles dans le ciel limpide.

Chose horrible, l'animal ensoi'celé se pi'it à danser sur la glace rouge que le vent balayait, et ses pieds de corne imitaient par leur cadence le rhythme rapide des danseurs dans la maison en fête ; et sa longue tête muselée secouait

]■ s boucles de sa bride comme des castagnettes infernales.

Il est sûr que la surprise, la ji^ur, l'ignorance ajoutaient des coideurs au tableau et lui doiuialent un piquant relief.

La scène diabolique ne dura pas longtemps, et bientôt tout rentra dans le silence et les ténèbres. Les étxjiles continuèrent à scintiller dans le bleu profond de l'infini, la neige reprit ta blancheur d'argent, et le boeuf demeura immobile sur son miroir de glace.

Quand tout le monde fut entré, Jonas s'apnrccha de Marguerite et lui dit sur un ton fort grave :

— Sorcière, jure de renoncer à tes pratiques coupables, ou sors d'ici et va rejoindre ta bête.

— Tu n'as pas besoin de sortir pour rejoindre la tienne, toi, répliqua-t-elle brutalement.

Ce fut un immense éclat de rire.

Satisfaite de l'émoi qu'elle avait causé sans ie vouloir, contente surtout de la malice qu'elle venait de décocher à son ami Jonas, elle se boutor.ne, enfonce son casque sur ses oreilles.

fourre ses mains dans ses mitaines et part y en maugréant.

Quand elle fut au bout du village, elîe aperçut, dans la route qui conduisait chez elle, un spectacle étrange. Les {>etits cèdres'^ux branches en éventail, les petits sapins à l'écorce embaumée, plantés deux à deux le long du chemin, brûlaient en crépitant, et leurs têtes se penchaient comme des chevelures de flamme sur le blanc manteau de la neige.

Elle s'arrêta d'abord. Elle eut peur, elle qui tout à l'heiu-e voulait effrayer les autres. Elle ]x^nsa aux feux-follets, à la chasse-galerie, aux boules de feu qui tombent du ciel ; mais les feux-follets sont petits, légers, remuants, et ne s'accrochent pas aux branches des ai'bres ; la chasse-galerie passe dans les nuages avec de-s jappements et des cris ; les globes de feu ne tombent pas du ciel pour brûler les sapins, mais bien pour avertir les gens de leur mort.

Alors c'était de la sorcellerie. Le diable se mêlait donc de ce qui ne le regarde pas. Il <>

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