‹ Contes vraisChapitre 7 sur 8 · OU · texte numérisé non relu

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En effet, Mariette ne recevait plus qu'à <3e long:s intervalles les lettres tendres qui seules la consolaient dans ses ennuis. Elle suppliait le ciel de la prendre en pifo, mais le ciel semblait sourd, et le dé-espoir la tuait lentement. Sa mère voulait la distraire et pleurait avec elle.

Un jour, le médecin fut appelé. Il juj^ea le cas fort f?rave. Il se recueillit. Il inventoria ses p<^tits flacons, suspendit sa légère balance, pesa des poudres, ordonna du vin, et sortit sans laisser beaucoup d'espoir à cette maison affligée.

!Noel arrivait avec ses divines consolations et ses hymnes de reconnaissance. Dans toutes les maisons, il se fai>ait comme un réveil des allégresses passées, et toutes les voix chantaient le mystère adorable.

La malade allait s'affaiblissant toujours, et pour elle les choses de la terre para ssaient fluies. Cependant quand sa mère lui dit qii'on était à la veille de la grande fête chrétienne, e!le sourit d'un sourire angélique, ouvrit ses

grands yeux humides, les referma bientôt, et parut s'endoi-mir dans une vision céleste...

C'est alors que la porte de la maison s'ouvrit, et que deux hommes entrèrent.

Madame Verehamp s'avança au devant d'eux, surprise, agitée. Tout à coup :

— Mon enfant ! . . . Pierre ! . . . s'écria-t-elle. Mon Dieu, soyez béni.

A ce cri, la malade sortit de son rêve. Elle vit sa mère, son ami, son frère... Elle enten-^ dit des paroles affectueuses. Tout à coup elle se sentit soulevée ])ar une mystérieuse force et se dressa sur sa couche.

L'un des deux jeunes hommes s'approcha du lit :

— Mariette, fit-il ; je reviens pour ne plus te quitter.

Noël ! Noël !

Partie de l'orient en fleur, au milieu de la nuit profonde, une vague d'amour et de lumière s'est avancée jusqu'à nous !... Elle s'est avancée jusqu'à nous, et nos épaisses ne'ges et nos vents glacials ne l'ont point re-

froidie. Elle roule maintenant, pleine de mélodies suaves, vers le couchant éloigné qui veille dans l'attente. Sur son passage, tour à tour tressaillent les mers et les rivages, les peuples, tour à tour, se prosternent et adorent !

Noél !

Le ciel est sans nuages, et dans l'azur sombre, parmi les étoiles, la lune promène son croissant orgueilleux. Nul souffle ne bei'ce les rameaux, et des ombres étranges dorment fja et là sur la couche immaculée de la neige.

Noél ! Nocl !

Les cloches sonnent à toute volée dans les clochers étincelants, au-dessous des croix de fer qui les surmontent comme des étendards glorieux, et les échos des lointaines collines répètent de plus en plus mollement leurs appels sacrés. Ces voix de l'airain qui montent de partout graves ou légères, claires ou sonores, enveloppent d'harmonies nos campagnes pieuses et nos villes superbes... La terre qui porte Dieu fait homme s'en va chantant dans les espaces infinis, sous les regards des mondes étonnés !

Noël !

Ix^s voitures trottent à la file sur la route d'argent, entre les branches verdoyantes des jeune, sapins, et au cou des chevaux ou sur leur dos, ioveusement résonnent les grelots de cuivre, gaiement " tintinent " les sonnettes éveillées î

Noël ! Noël !

L'église s'illumine... Des reflets clairs, au bercement des lampes, passent comme des ailes d'ai^"^e dans la pénombre des arceaux... Les fenêtres jettent des gerbes chaudes sur la neige des toits voisins... Un murmure inaccoutumé s'élève et grandit .. . La foule se précipite comme un flot puissant !

Noël !

Les banderolles aux vives couleurs tombent gracieusement de la voûte, les cierges s'allument parmi les fleurs, l'encens fume devant l'autel, et le tabernacle adorable disparaît au fond d'une nuée lumineuse !

Noël ! Noël !

L'orgue frémit comme une âme dans l'allégresse, et la nef s'emplit de mélodies saintes. Le prêtre, vêtu d'or, s'avance pour le sacrifice ;

les hymnes niontviit à Dau, l'asse'.nh're s.? Iiiostenie !

iSoi-! !

CHiand se reposent les cliiints majestueux «lo la messe, des voix fraîches redisent les cantiaues anciens (|ui iaisiin'ul tMh)i<t'r nos ;i ucs au matin de la vie, et <lont les t'cho-< bé'.iis se répercutent de plus eu plus doux jusqu'en nuire vieillesse !

JMoel ! Noël !

On revolt toutes les années vécues. Elles défilent comme une procession de berceaux divins où s'éveillent et sourient les espérances cl les joies, comme une proeession de tombeaux mystérieux oîi s'endorment les douleurs et les regrets.

Noël ! ■ ',■ ■l'^'iyit

L'âme., touchée de l'amour de Dieu, pardonne et s'humilie ; l'esprit enivré d'espoir se soumet au mystère ; le coeur se dilate dans l'ivress-i d'une volupté divine, et tout l'être, un moment transformé par la j^râcc, prend son élan vers l'éternelle Vérité I

Noël ! Noël ! Noël !

rciulant qu'à résli>^e les fidèles arîornlent le Verbe fait homme pour sauver l'h omme, la jeune malade s'endormait d'un sonimed calme ol prolousé. Tout à coup elle se vit, comme à la Noël dernière, au milieu d'une foule de ieunes personnes qui louaient Dieu par des eantuiues. Lo prêtre distribuait le pain de vie à la pieuse multitude, et des mains palpitantes venaient tour à tour soutenir la nappe blanche de la divine agrape. On la pria de chanter. Elle se leva, regarda l'autel radieux comme inie constelkt"on, l'hostie sainte qui s'offrait en nourriture, et la crèche misérable où reposait l'enfant du Ciel si lonprtemps attendu, puis elle commença d'ime voix douce comme un sonjiir de fauvette :

O saint berceau (]u'environnent les anges... Elle chanta tout le cantitiue. Sa mère, étonnée, se pencha snr elle et s'aperçut qu'elle dormait. Alors elle tomba à ?••( noux en pleurant. Au dernier cou]) de la mes^e, un jeune homme était entré dans l'église, marchant d'un pas fier, un sourire dédaif^neux sur les lèvres. Il vit ces transports d'allégresse qui remuaient la foule, il entendit ces refrains débordant d'une

pieuse affection, ces couplets naïfs qui avaient charmé son enfance. La grâce descendit comme une rosée bienfaisante dans son âme aride. 11 pencha la tête et se souvint. Des larmes coulèrent sur ses joues, et il se prosterna.

Quand il fut de retour à la maison, il s'ap- Tjrocha de la jeune malade et lui dit tout ému :

— Mariette, j'ai prié, et je suis heureux.

Mariette sourit, et dans ses beaux j^eux presqu'éteints, on vit reluire un rayon nouveau. . .

C'était la vie qui revenait avec le bonheur.

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