‹ Contestation de l'élection de Berthier, mai 1878 [microforme]Chapitre 30 sur 56 · LED · texte numérisé non relu

LED

Q.— Etait-ce pour des raisons politiques ou personnelles, que vous et un grand nombre de vos amis, de la paroisse de Lanoraie, souteuiez sa candidature ?

R.—La majorité de Ia paroisse, dans le temps, l'ont fait par sympathie pour M. Cuthbert. Moi et quelques amis, nous avons soutenu M, Cuthbert, cuntre A1. Pâquet, pour des ruisons personvelles ; j'ai eu beaucoup de difficulté à faire voter les gens, et j'ai été moi-même en chercher pour les faire voter, qui s'étaient cachés dans le bois. !

Q.— Combien de temps ensuite vi nt l'élection entre messieurs Sylvestre et Tranchemontagne ?

R.—Je pense que c’est six mois.

Q.—A cette élection là, qui a suivi celle de M. Cuthbert, quelle attitude avez-vous prise, ainsi que vos autres amis de Lanoraie ?

R.—Nous avons voté pour M. Sylvestre,

Et le déposant ne dit rien de plus.

George Fréchette,

Cultivateur, de St Norbert, agé de 50 ane.

Lequel etc., ete., dépose et dit :

Je ne suis point intéressé dans l'évènement de ce procès.

Q.--Pent l'élection dont il est question en cette cause, tenue en avril et mai 1878, avez-vous eu occasion d'assister à la grande messe, les dimanches ou fêtes, et'd’y entendre des sermons ou instructions, faits par le Révd. M. St Aubin, curé de la paroisse de St Norbert, relativement à cette élection et à la politique dans ses rapports avec lu religion ?

Q.—Etiez-vous un électeur qualifié à voter à cette élection-là ?

R.--Oui, monsieur,

Q.— Avez-vous entendu M, le curé parler du libéralisme cathodique et du libéralisme politique, et qu'est ce qu'il en a dit ?

R,—11 u div que c'était la même chose ; que le libéralisme poli- ‘tique et le libéralisme catholique étaient la même chose,

Q.— Qu'est-ce qu'il a dit que l'Eglise pensait de ce parti-là, du Hibéralisme politique et du libéralisme catholique, qui n'étaient «qu'une seule et même chose ? A:t-il dit que c'était approuvé ou condamné par l'Eglise?

R.—1l n'approuvait pas le libéralisme catholique, sans doute,

Q.— Qu'est ce qu’il en a dit ?

R:—Je vous garantis bien qu’il y a un peu longtemps que c'est passé, et : ne me rappelle pas trop de tout ce qui s’est dit.

Q.— Dites ce que vous pouvez vous en rappeler ?

A.—Toujours qu'il a fuit des horreurs là dessus,

@.—Contre quel parti, a-t-il fait des horreurs ?

R.—Contre le parti du libéralisme, il a dit que l’autre parti était préférable.

Q.—A:til parlé du parti conservateur, et qu'est-ce qu’il en a dit après avoir parlé du libéralisme ?

R.—Il a dit que le parti conservateur était préférable au parti du libéralisme. # it

Q.—A:t.il dit lequel était le bon parti ?

R.—Oui,; il me l’a dit, à moi, à part des instructions publiques.

Q.—Racontez dons comment cela est venu ?

R.—J'ai eu affaire a alier le trouver sur différents rapports ; je me suis trouvé affligé dans le temps et j'avais besoin de son secours, j'ai été prendre des renseignements sur différentes affaires, comme étant oflligé, daus le temps ; il m'a entretenu en prêche passablement longtemps, j'ai été dans le’ cas d’endurer et de ne rien dire, je me suis soumis à toutes choses, j'ai écouté sans rien dire, et à la suite il m'a dit qu'il falluit faire des sacrifices, qu'il fuillait faire des sacrifices, Il y à deux systèmes, dans la cause, sur quoi il a entendu de me faire faire des sacrifices ; moi, je n'ai pas eu de dificulté pour un système de fuire uv sacrifice ; pour le dernier système, il an'a proposé qu'on était dans un temps d’éiection, et qu'il fullait faire

c'est

parti adit

parti

iques.

ts ; je cours, mme ssa bledire, et à la re des tendu boulté me, il it faire

un sacrifiee ; que j'avais toujours été libéral, que j'avais toujours été comme rebelle et que ç1 pouvait être une punition, les afflictions que je pouvais avoir; qu'il fallait faire un sacrifice pour obtenir de la Providence une guérison ; mais, je n'ai pas été capable de faire un sacrifice duns ce sens-là ; moi, je n'ui pas été capable de fuire ce sucrifice, parceque j'étais tout persuadé que, pour taire un sacrifice et en avoir le mérite, il fallait ne pas avoir la croyance et la foi de croire autrement ; moi, qui avais la confiance dans ce que j:: faisais, j'avais toute idée à croire que ce que je faisais pouvait être bou, et en fuicant le sacrifice d'une affaire qui me semblait être bonne, il me semblait que j* ne pouvais pas obtenir aucune grêce vis-à-vis une affaire comme cela, par laquelle je votais cumme j'avais ordivuire de voter.

Q.—Pour quel parti aviez-vous toujours ordinaire de voter ?

R.—C'est pour le parti de monsieur Sylvestre que j'ai toujours voté,

Q.—Pour le parti libéral ?

R.—Oui, mou-ieur. ;

Q.—Quel sacrifice M. le curé vous demanduit-il de faire ?

ÆR.— C'était de voter pour l'autre parti.

Q.—C'était d’abandouuer votre parti ?

R.— Oui ; de voter pour l'autre parti,

Q.—Quelles étaient les affictions dont il voulait parler en disant. que la Providence vous avait affligé de cela ?

R.—C'était un de mes fils qui était comme troublé, dans Je moment, qui avait l'esprit fatigué ; de mauière que j'avais été à Jui pour demander un reuseiguemeut sur la manière dont je devais m'y prendre pour obtenir sa guérison,

Q.—Vous lui demandiez des avis spirituels ?

Q.—Vous a-til dit en punition de quoi cette afliction-là vous avait été envoyée ?

R.— II a dit que j'avais toujours été rebelle contre l'Eglise sur différents rapports; qu’il avait passé en collection pour quelques af-

um 0 Bi

faires, et que je n'avais pas voulu’contribuer, et que l’unet l’autre occasionnaieut que je fusse puni dans le moment,

Q.—A:t-il parlé, aussk, dans le même temps, de votre politique, dans le pussé, de votre parti ?

. 2.— Certainement que oui; puisqu'il a dit que j’avais toujours été libéral et contre l’église,

Q.—Daus les sermons que vous avez entendus, a-t:il parlé du iauvais parti, et at-il dit lequel était le mauvais parti ?

R.— Certainement que oui; il disait que le parti libéral n’était pas un bou parti à suivre ; il nous disait, de temps en temps, dans ses sermons, que ce n’était pas directement les électenrs qui étaient dungercux, que c'était la tête du parti qui était dangereuse ; qu’il ue fallait pas la suivre; il uous l’a dit bien des fuis, duns ses sermous, que ce n’était pas directement les électeurs qui étaient dangéreux, que c'était la tête du parti qui était dangérense, qu'il ne fallait pas la suivre ; il nous l'a dit bien des fois dans ses sermons,

Q.—Dangéreuse, pour quoi ?

À.—Dangéreuse pour notre religion.

Q.—A-til parlé du Premier Ministre, M, Joly, et a-t-il dit qu'estce qu'il était ?

l#,— Oui ; ilen a parlé assez souvent.

Q.— Qu'est ce qu'il disait qu'il était ?

Æ.—Si je me rappelle bien, il ne semble de lui avoir entendu dire que c'était un protestant,

Q.—Eo chaire ?

R—Oui ; il me semble au moins que c'est en chaire ; il l’a dit dans d’autres places aussi parcequ’il est prouvé qu'il a fait rencontre de M. Sylvestre ; quelques fois il a pris sa place sur le Austing, je n'ai pas trop bien saisi les mots et je ne sais pas s’il ne l'avait pas dit en chaire aussi bien comme à ; mais il l’a dit bien des fois,

* Q.— Généralement, lorsqu'il montait sur les Anstings, disait-il à peu près les mêmes choses qu'il avait dites en chaire.

R—A peu près.

Q.—A:t-il dit à quoi ua électeur faisait dommage en supportant le parti libéral ?

R.—II peut se faire qu’il l'aurrait dit, mais je n'ai pas tout: saisi les mots, et il y a un peu longtemps que c'est passé, je.ne m'en rappelle pas. EL

Q.— Lui avez-vous entendu parler du chemin de à l'enfer LA

R,—S'il l'a dit, je ne m'en rappelle pas.

Q.—D'après vous, quel effet ont eu les prédications de M, le curé St Aubin, sur lo résultat de cette élection-là chez vous ?

R.— Pour moi, ç1 ne m'a rien Ôté, vous savez, parceque si je n'avais pas été dans le cas d’avoir une idée, etcroyant de bienfaire, peu-têtre que j'aurais écouté les avis, et voyant que j'étais une personne affligée, duns le temps, comme il disait que ga pouvait porter remède en faisant un sacrifice ; mais comme je vous: l'ai: répété tout à l'heure, moi je prenais pour dire, qu'un sacrifice, ‘on ne pouvait en avoir du mérite que quand notre foi nous y portait, mais il me semblait que ma conscience ne me portait pas JA

Q.—En vous disant qu'en faisant un sacrifice çA1 pourrait porter remède à vos affictious, qu'est-ce que vous aves compris qu'il voulait vous donner a entendre qui arriverait si vous changiez de parti ? Etait.ce la guérison de votre fils ? LUE

R.--Certainement.

Q.—- Pour d'autres électeurs de la paroisse, savez-vous si ça.eu quelque résuitat, soit d'empêcher les partisans de M. Sylvestre de voter pour lui, soit d'en faire changer de parti ?

R.--C'est se que je connais,

Q.—-Lequel des deux partis avait l'habitude d’avoir la mrioté dans les élections antérieures ?

R.—Depuis une couple d'élections, le parti libéral en avait nn le parti conservateur était plus fort depuis deux ou trois élections, je pense,

Q.—E!, à cette élection-ci, at-il été encore plus fort qu'auparævant ?

R.— Oui ; je crois que le parti conservateur a été plus fort qu’il avait ordiuaire d'être, il me semble qu’il a pris quelques voix.de plus. * dues

Q@—A quoi attribue-t-on généralement cette perte du parti Libé.

æwél'ou cé renfort donné au parti conservateur depuis quelques éle ctivus ?

B.—J'ai entendu dire bien des fois, par plusieurs, que ce n’était es aisé dé suivre ce parti-là, voyant que c'était contre le clergé ; j'ai entendu dire cela par plusieurs que ce n'était pas aisé de suivre le parti libéral, que ce n'était pas aisé dese mettre contre le parti æouservateur voyant que c'était se mettre contre la religion; je l’ai æatendu dire, si je me rappelle bien, par quelqu'uu du parti libéral qui se mettait conservateur.

Q.—Et qui disuit que c'était pour cette raisnn-là ?

B.--Jo ne sais pas s’il eu avait d’autres, mais au moins il disait que c'était la raison,

Q.—I1 ne mentionnait pas d'autres raisons, quand il vous disait ‘œcla ?

&.—Pas à moi.

TRANSQUESTIONNÉ PAR LE DÉFENDEUR

©.—Voulez-vous nommer ces personnes-là, qui vous ont dit cela ?

dè,—Vous les nommer nom par nom, c'est un peu difficile, mais je l'ai entendu dire par quelques-uns.

Q.—Vous ne pouvez pas les nommer ?

R.—C'est un peu difficile de vous citer un tel pu un tel,

Q.— Vous n'êtes pas sûr qu’on vous l'ait dit ?

ÆR.—Oui,; il y en à qui me l'ont dit.

©.—Des libéri ux ?

Æ.—Des personnes qui étaient de ce parti-là,

©Q.—Y avait-il longtemps qu'ils avaieut changé, ces gens-là ?

R.—Comme je vous l'ai dit,on a eu les élections assez rapprochées depuis deux ou trois élections, et elles avaient changé pendant ces #Slections-là.

Q.—Elles n'avaient pas changé dans cette élection-là dont il est question maintenant ?

Elles étaient changées dans le temps, elles uvaient changé avant.

Q:-—- Vous avez dit que le parti conservateur avait augmenté

dans la paroisse, depuis quelques élections ; n'est-il pas vrai que, lors de l'élection dont il est question en cette cause, le parti conservateur a eu un peu moins de votes dans St Norbert qu'à l'élection précédente, et n'est-il pas vrai que M. Robillard a eu moins de votes à cette élection-là que M. Cuthbert à l'élection précédente ?

Æ.— Pour M. Cuthbert, je ne le sais pas; mais le parti de M. Cutkibert et le parti de M. Robillard c’est pus la même chose.

Q.—Vous avez dit que le parti conservateur avait augmenté à chaque élection, et qu'à la dernière élection il était encore plus fort qu'aux autres élections ; je vous demuvde si à l'élection dont il est question en cette cause le parti conservateur n’a pas eu moins de votes qu’à l'élection ?

Æ.—Le parti conservateur n’a pas eu moins de votes qu'à l'élection précédente, je ne suis pas capable de trop vous dire s’il en a eu moins, mais le parti libéral, si j'ai été bien informé, en avait moios, ou me dit qu'il en avait moins qu'il avait coutume d’en avoir.

Q.— Vous n'en savez rien vous-même ?

R.—Non ; je n'ui pas ét6 dans le cas de savoir cela ; ça été par des rapports.

Q.— Lorsque vous êtes allé trouver votre curé, monsieur St, Aubin, pour lui parler de votre fils, vous alliez le trouver comme votre curé, pour avoir des cousolations, des conseils ?

H.—Oui, monsieur.

Q.—Vous lui avez parlé en confidence ?

R.—O ui, monsieur,

Q.— Vous lui disiez vos peines ?

Æ.—Oui, monsieur,

Q.—Et pensez-vous que monsieur le Curé vous a dit tout ce qu'il vous a dit pour que vous veniez le rapporter en Cour ?

R.—Je vous garantis bien que j'ai été bien mortifié à ce sujetlà d'être obligé de venir à la cour pour cela, Vous me permettres bien de vous dire ce qui en est; vous me faties une question qui ne m'a pas été faite par l’autre partie, et je vais vous le dire: j'ai été bien affligé sur ce ropport-là parcequ'il avait circulé des bruits, et

monsieur le curé St Aubin est venu me trouver, un jour, avec un écrit qui veuait de l'Evêque, tout en disant que c'était par mon rapport, par wou nom et pur mes forces que j'avais été envoyé à l'Evêque; j'ai été bien peiné de cela, et j'ai été bien mortifié en même tewpe, j'ai informé A. je curé St Aubia que ce n'était pas moi, il m'a demandé : c’est certain que vous u’avez pas été fuire an. eun rapport par afidavit à aucun endroit ? J'ai dit non, c’est certain, M. le curé, je n'y ai pas été. Il n’a demandé: avez-vous commissionné quelqu'un ? J'ai dit: non, M. le curé, je n'ai pas commissionné personne, c'est certain, [la dit: êtes-vous capable de me le dire demaio, en venant à la messe, après la messe ?——-Oui, M. le curé, quand vous voudrez, et je vous citerai que je n'y ai pas été ni que je p'ai pas donné rien de cela. Le lendemain, M. le curé m'arrête après l'Office Divin pour entrer dans sou presbytère ; j'entre, et il y avait deux messieurs avec lui, il m’a demandé encore les mêmes questions, j'ai dit: oui, c'est le cas tel que j'ai dit, je n’y ai pas été là ; il a dit encore : en avez-vous parlé à quelqu'un ? j'ai dit: M, le curé, on s’est counpris quand on s'est parlé, et il a resté là, et M, le curé a fait écrire par ces deuv hommes qui étaient là, je ne sais pas trop ce qui « été écrit ; mais moi, si M, le curé m’eut dit: est-ce que je vous l'ai dit, j'aurais dit: oui, M. le curé, vous l'avez dit ce que vous mentionnez là ; il y avait peut être quelque chose qui avait été enjolivé davs l'affaire, quelques fions de posés, mais, au moins, il y avait pas mal de mots qui s’adonnaient ; mais moi, si M. le curé m'avait d't : est-ce que je vous l’ai dit? J'aurais dit : oui, vous mc lavez dit, Il m'a demandé: si j'avais été chez un juge de paix donner un affidavit, j'ai dit: non ; il m'a demandé si j'avais donné commission à quelqu'un, et j'ai dit: non ; muis qu’on me prouve, comme cela, que je l'ai fait, c'est ce que j'aimerais à savoir.

Q.—Le curé vous à donné des conseils ?

R.—Oui monsieur,

Q.—II vous a fait certains reproches parceque vous n'écoutiez pas les enseignements de votré curé, que vous refusiez ce qu’il de.

mandait pour l'Eglise, et vous avez accepté ces reproches là, cn bon paroissien, dans le temps, sans résonner ?

R,—Je n'ai rien dit, je n'ai pas répondu.

Q.—Le curé ne vous a pas parlé que de politique ? ÆR.— Non; ilne m'a pas parlé rien que de politique, Q.—Vous at-il dit de faire faire des prières ?

H.— Oui, et de faire des sacrifices,

O.—T1 vous a parlé de votre conduite en général ?

Page 1