‹ Conteurs canadiens-français du XIXe siècle [microforme]Chapitre 22 sur 77 · TE HAE VUE · texte numérisé non relu

TE HAE VUE

IT me revient à la mémoire une de ses histoires, que je veux essaver de vous redire en conservant, autant que possible, la couleur caractéristique et pittoresque que Jos Violon savait donner à ses narrations.

Le conteur débutait généralement comme ceci:

— Cric, crac, les enfants! parli, parlo, parlons! pour en savoir le court et le long, passez le crachoir à Jos Violon! sacatabi sac-à-tabac, à la porte les ceuses qu'écouteront pas!

Cette fois-là, nous serrâmes les rangs, et Jos Violon entama son récit en ces termes:

— C'était donc pour vous dire, les enfants, que c't'année-là, j'étions allés faire du bois pour les Patton dans le haut du Saint-Maurice, — une rivière qui, soit dit en passant, a jamais eu une grosse réputation parmi les gens de chantiers qui veulent rester un peu craignant Dieu.

C'est pas des cantiques, mes amis, qu'on entend là tous les soirs!

Aussi les ceuses qui parmi vous autres auraient envie de faire connaissance avec le diable peuvent jamais faire un meilleur vovage que celui du Saint-Maurice, pour avoir une chance de rencontrer le jeune homime à quèque détour. C'est Jos Violon qui vous dit ça!

J'avions dans not’ gang un nommé Tipite Vallerand, de Trois-Rivières; un insécrable fini, un sacreur numéro un.

Trois-Rivières, je vous dis que c'est ça la ville pour sacres! Pour dire comme on dit, ça se bat point.

Tipite Vallcrand, lui, les inveutait les sacres.

Trois années de suite, il avait gagné la torquette du diable à Bytown contre tous les meilleurs sacreurs de

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Sorel,

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LOUIS FRÉCHÉTTÉ 151

Comme sacreur, il était plusse que dépareillé, c'était un homme hors du commun. Les cheveux en redressaient rien qu'à l'entendre.

Avec ça, toujours à moitié plein, ça va sans dire.

J'étions cinq canots en route pour !a rivière aux Rats, oùs’ qu'on devait faire chantier pour l'hiver.

Comme il connaissait le Saint-Maurice dans le fin fond, Tipite Vallerand avait été chargé par le boss de gouverner un des canots — qu'était le mien.

J'aurais joliment préféré un autre pilot, vous comprenez: mais dans ces vovages-là, si vous suivez jamais la vocation, les enfants, vous voirez qu'on fait ce qu'on peut, et non pas ce qu'on veut.

On nageuit fort toute la journée: le courant était dur en diable: et le soir, ben fatigués, on campait sur la greve — oùs qu'on pouvait.

Et puis, v avait ce qui s'appelle les portages — une autre histoire qu'a pas été inventée pour agrémenter la route et mettre les camarades de bonne humeur, je vous le persuade.

J'avions passé les rapides de la Manigance et de la Cuisse au milieu d'une tempête de sacres.

Jos Violon — vous le savez — a jamais été ben acharné pour badrer le bon Dieu et achaler ‘es curés avec ses escrupules de conscience: mais vrai, là, ça me faisait frémir.

Te défouis pas devant un petit torricux de temps en temps, c'est dans le caractère du voyageur: mais, tordnom! y à toujours un boute pour envoyer toute la sainternité chez le diable, c'pas ?

Par malheur, notre canot était plus gros, plus pesant et plus chargé que les autres: et — par une rancune du

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